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Jeudi 28 février 2013 4 28 /02 /Fév /2013 22:48

Esquisse d’un commentaire sur « Le Triple du Plaisir » et « Clartés de tout »

Extrait du journal de Claude Lizt, 2011

La grande affaire de Jean-Claude Milner, JCM dans la suite, c’est la modernité. Qu’est-ce qui la différencie du monde antique, celui des grecs ? D’où son long dialogue avec Koyré, à propos de la coupure que représente la science galiléenne et a propos de ce qu’est la science galiléenne. On sait, sans doute, que JCM s’est constamment éloigné de Koyré en affirmant que ce qui caractérise la science galiléenne n’est pas tant la mathématisation que tout simplement, la « littéralisation », la mise en lettre et les rapports de structure entre les lettres, dont la mathématisation n’est qu’une modalité.

C’est ce qui oriente le court essai : « Le triple du plaisir ». JCM, en bon structuraliste et linguiste, s’interroge sur les relations qui existent entre trois mots, en français : « plaisir, amour, coït. ». Dans la relation entre ces trois signifiants, existe une coupure entre le monde antique et le monde moderne.

Le monde antique se caractérise évidement, tout d’abord, par le fait que les mêmes mots n’y ont pas le même sens puisqu’un mot comme « amour », se divise, en grec, en trois : éros, philia, agapé.

Dans le monde antique, la conjonction de « plaisir, amour et coït » est impossible. Mais tous les nouages deux à deux ne sont pas possibles non plus.

Ainsi pour les anciens, le plaisir est une incorporation. Il s’agit donc, fondamentalement, du plaisir de manger. Cela va-t-il jusqu’au plaisir de la dévoration ? C’est une question que le JCM ne fait qu’effleurer dans une note de bas de page de manière particulièrement énigmatique. Il qualifie en effet de ridicule, une remarque de Kant qui place la dévoration à l’horizon du plaisir sexuel. Rien n’est moins ridicule évidement, que cette question.

Le monde moderne a selon JCM une toute une autre conception du plaisir. Le plaisir est non pas l’incorporation d’un autre corps, mais « l’usage »  des corps. Et ceci accompagnerait les deux autres grandes ruptures de la modernité que sont d’une part la science Galiléenne et l’apparition du capitalisme, donc de la marchandise et de la valeur d’échange des valeurs d’usage, et d’autre part la découverte de l’inconscient. Ainsi le corps de l’autre est devenu « marchandise » et « fétiche » et c’est de son usage que vient le plaisir.

Une chose est sûre, JCM pose que le nouage des trois amour, plaisir, coït, dans leurs signifiants français, n’est pas plus possible qu’il ne l’était chez les grecs.

Les questions  de CL peuvent se résumer ainsi :

Incorporation et usage pour intromission ne sont-ils pas la même chose, avec pour horizon la dévoration ? Par exemple, ce rêve du jeune adolescent ou manger et baiser une belle femme c’est la même chose, baiser c’est la plus jouissive façon de manger, sans compter toutes les histoires d’ogres pour enfant….

Le nouage est possible (le prochain livre de CL tente de l’établir) et c’est même cela qui caractérise sinon la modernité, au moins une étape importante de la modernité et en particulier, une étape capitale du rapport entre les hommes et les femmes, dans son histoire anthropologique longue.

Ce nouage fait précisément du corps de l’autre, la seule chose susceptible d’échapper à la marchandisation universelle, et puisqu’il existe, sinon un rapport sexuel, du moins un rapport des plaisirs, nous échappons aussi au fétichisme. Pure illusion entend-on maugréer le freudien….

Voyons cela plus en détail

 

Premier commentaire : Clartés de tout (chapitre sur le plaisir), Verdier

Bien qu’il se place lui-même volontiers du côté des antiphilosophes, puisque son axiome est que l’ensemble des savoirs, et parmi eux naturellement la philosophie, est à réécrire entièrement après Freud et Lacan, dans cet essai qui résume de façon en effet très claire, « la clarté est mon symptôme » avait répondu JCM à Lacan lorsque celui-ci le félicita, de manière naturellement ambigüe sinon ironique, de la clarté de son exposé.

Néanmoins, dans ce texte JCM se comporte en philosophe, en particulier dans son développement sur le plaisir, l’amour, et le coït, qui donne « clarté de son livre » sur la question : « Le triple du plaisir ».

Il est philosophe en ceci qu’il laisse entièrement de côté la question de la différence sexuelle. Il parle de l’amour, du plaisir et du coït, comme si c’était exactement la même chose pour le sujet homme et le sujet femme.

Seules quelques allusions sont faites que l’on peut interpréter ainsi : JCM en est parfaitement conscient, mais il ne veut pas, au moins pour le moment, s’aventurer dans cette question.

Cependant JCM laisse parfois entendre que le point de vue qu’il expose est un point de vue strictement masculin, mais que le point de vue féminin pourrait être très différent, mystérieux, volontiers inconnaissable. Or inconnaissable est impossible pour JCM.

Nous avons déjà vu avec Badiou ( voir sur ce blog) cette incapacité à traiter philosophiquement de la sexuation, sans construire des systèmes sans aucun rapport avec l’expérience de la jouissance sexuelle, c'est-à-dire les systèmes qui n’expliquent en rien la sexuation des jouissances et de l’amour.

Second commentaire.

Il est une question sur laquelle à mon avis, JCM se moque du lecteur, ou plus exactement lui pose une énigme. Il y a, dit-il, une rupture totale entre les anciens et les modernes sur la question du plaisir. La question de la rupture entre monde antique et modernité est la question de recherche centrale de Milner qui choisit, en structuraliste, de l’aborder non en généalogie, comme Foucault, mais dans une logique diachronique : qu’est ce qui « fait système » dans chacun des mondes, dirais je simplement. Pour les anciens, le plaisir est incorporation. Pour les modernes il est usage (du corps de l’autre). La césure entre les deux a été opérée par le capitalisme, et son processus de marchandisation.

Mais JCM glisse à deux reprises et le fait que Kant (un moderne), parle du plaisir comme ayant à son horizon la dévoration. JCM taxe de ridicule cette remarque du grand philosophe que l’on dit vierge. Or n’a-t-on pas chez Freud la théorie des pulsions, qui rattache explicitement la pulsion sexuelle à la pulsion anthropophage dévoration, en passant par l’auto-dévoration ?

Milner ne peut pas l’ignorer. De quoi s’agit-il donc là ?

Voilà pour son information la description d’un sujet contemporain : corps et identité sexuelle de femme :

Elle- Que dire des rythmes et de la propagation, du déploiement des phrasés mélodiques des plaisirs ?

Il y a pour la femme un plaisir particulier à ressentir avec précision l’avancée en elle du sexe de l’homme : le va-et-vient de la pénétration est en soi un plaisir. Il la prend ! Et fomenteur de plaisir : la buttée au fond de son corps lance une onde forte de sensations. Intervient là le rythme de ce va-et-vient, qui doit s’ajuster à la longueur de l’onde : l’onde de plaisir doit s’être déployée complètement pour que le coup de butoir suivant soit accueilli avec le même plaisir. Si le rythme est idéal compte tenu des ondes ressenties, alors le plaisir d’ensemble va croissant. Seule la femme est en mesure de donner à son amant des signes quant au rythme désiré. Non seulement le va-et-vient complet a la vertu de ralentir ce rythme, laissant davantage de possibilités aux sensations de se déployer complètement et de laisser retentir tous leurs échos, mais de plus le renouvellement du ressenti de la prise constitue en lui-même un plaisir, comme si la femme ne se lassait pas de cet événement.

Pourrait-on dire du plaisir qu’il tient aussi quelque peu de celui que l’on ressent au cours d’un repas dont les mets apporteraient une profonde satisfaction de la faim -de la satiété- tout en répondant aux plus subtiles exigences du goût. Mais ce serait une satiété que l’on souhaiterait ressentir à l’infini, une satiété sans fin… Il y a là non seulement du délice, cela fait tout simplement du bien. Cette sensation de bien-être n’est parfois parfaitement accessible qu’au terme de quelques temps, pas immédiate. Faire l’amour exige de disposer de temps.

Que dire de la nature vibratoire des sensations ? Spontanément il a été question d’ondes, de phrasés musicaux, vocaux : le chant du corps. Rien n’accompagne, n’exprime en effet mieux ces sensations que les soupirs appuyés, de douces plaintes, de lents gémissements, tout le contraire des cris et autres démonstrations sonores des mises en scènes factices. Le corps vibre silencieusement.

Troisième remarque.

Elle porte sur l’opération de scission opérée par la marchandisation capitaliste.

Tout d’abord, JCM relève la question soulevée par l’évolution du mouvement gay aux Etats-Unis et tout particulièrement à San Francisco. C’est de là qu’est partie la révolte politique pour la reconnaissance des droits des homosexuels. Et en fin de compte, très peu de temps après, cela se termine par des marchés d’esclaves sexuels ou l’esclavage, même s’il est naturellement au départ librement consenti va jusqu’à tolérer des pratiques sadomasochistes extrêmes. On a même parlé de mises à mort. C’est pour JCM une énigme puisque selon lui, la marchandisation du monde n’a été possible que par l’exception au système de marchandisation du corps de l’homme, donc par la fin de l’esclavage. C’est ce qui fait que l’homme ne vend que sa force de travail, elle-même origine de la plus-value, elle-même origine de la dynamique du capitalisme qui consiste à extraire le maximum de plus-value etc. Etc. Certes la sortie de l’esclavage comme mode de production est ce qu’a opéré le capitalisme. On peut même penser avec Polanyi qu’il a ensuite détruit toute notre série, non pas le mode de production au sens marxien du terme, mais disons de système socio-économique dans lesquels il s’est déployé tel le fœtus dans son placenta. Mais le retour de l’esclavage…

Il n’est nullement contradictoire qu’une fois le capitalisme pleinement déployé, le corps de certains hommes ne puisse pas redevenir une marchandise. Simplement on ne peux les y forcer, sauf à les tuer, c’est d’ailleurs ce qu’on fait pour marchandiser les organes. C’est absolument essentiel. Dans le capitalisme, on est libre de vendre sa vie. Et quant à la question de l’esclavage, il faut prendre au sérieux ce qu’en disait Marx : le salariat est l’esclavage moderne.

C’est que Milner, en philosophe refusant de pénétrer dans la question de la sexuation, se refuse dans le même mouvement à comprendre que dans cette affaire il s’agit de pousser à l’extrême un imaginaire, puisque il s’agit d’un faux esclavage. Même s’il va jusqu’au meurtre, il va jusqu’au meurtre consenti ou accidentel auquel cas ce n’est pas un meurtre. Ces pratiques homosexuelles poussent à l’extrême la représentation d’un imaginaire de domination précapitaliste multi millénaire : celle des hommes sur les femmes.  Et cela ne marche que parce qu’il y a des homosexuels  à corps d’homme mâles et des homosexuels à corps d’homme femelles. Ceux qu’on s’échange sur la scène jouée du marché des femmes des boites de SF sont des femmes à corps d’homme.

La seconde remarque sur cette question du « corps marchandise » est qu’en effet quelque chose du corps est devenue une marchandise. Mais soyons précis et ce qui est devenu une marchandise est ce qui du corps est numérisable c'est-à-dire ses images, ses sons. Ce genre de marchandise est évidemment omniprésent et il est étrange qu’un aussi averti critique de l’actualité et des opinions que l’auteur n’ait pas réfléchi aux conséquences sur le plaisir de cette marchandisation numérique du corps.

Selon CL, cela se traduit par des stéréotypes concernant les manifestations extérieurs du plaisir. Image de baise, avec l’accompagnement sonore, pamoison orale, cris, hurlement etc. Le point est que ces représentations semblent conduire un très grand nombre de sujets, tant dans la position masculine que féminine, à prendre pour le plaisir cette représentation du plaisir, à commencer de la feindre, pour finalement éprouver que c’est cela le plaisir et s’en convaincre. Une pratique pascalienne en quelque sorte on fait les gestes, on dit ou plutôt on éructe les râles et on y croit.

Ce qui fait que le véritable plaisir, tant chez l’homme que chez la femme, résulte d’une rupture. La plupart du temps cette rupture est une surprise, survient par accident, c’est un évènement. Et bien évidemment cet imaginaire qu’est l’amour n’y est pas pour rien. Pour la femme c’est l’opinion commune, mais pour l’homme il faut aussi y regarder de près.

Un point semble également absent de l’analyse de JCM concernant la marchandisation, c’est que le rapport des jouissances masculines et féminines est précisément quelque chose qui échappe totalement à la marchandise. Pour la raison très simple suivante : jamais une professionnelle ou un professionnel ne fera jouir autant qu’un homme et une femme désirant. C’est pourquoi les professionnels (elles) miment le désir et le plaisir.

Soyons même plus radical. La position femme aime le plaisir, la position homme aime donner du plaisir, et ceci se fait dans un coït qui est une incorporation dévoration.

Parlant du coït. JCM ne mentionne d’ailleurs jamais que c’est une opération dissymétrique : foutre / être foutu. Où se retrouve l’ambigüité fondamentale du plaisir féminin : foutue / foutue. En français, remarquons que l’acte sexuel, c'est-à-dire le coït, est désigné soit par « faire l’amour » ce qui est un curieux assemblage puisque l’amour n’est pas un acte mais un sentiment, soit par « baiser » terme polysémique puisqu’il signifie  : des baisers / baiser et baisée / trompée, soit par foutre, également polysémique, etc….

 

 

Par claude lizt
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Jeudi 28 février 2013 4 28 /02 /Fév /2013 21:50

 

Notes sur Catherine Millet et  Roman Polanski ( Lune de Fiel)

 

Extraits du journal de Claude Lizt 2011

 

Dans un entretien à Rue 89 dans le numéro annuel 2011 sur la sexualité (Entretien reproduit et transformé en « Entretien imaginaire avec Claud Lizt, » sur le blog ) Catherine Millet dit : « Mon corps, ce n’est pas moi ! »

 

Elle - :  Il y a là une différence fondamentale et indépassable : en ce qui concerne une foule d’autres femmes et sans doute quelques hommes aussi : « mon corps, c’est moi ! » Si le vôtre est un objet quasi utilitaire dont vous faîtes vous-même un usage utilitariste, vous ne voyez, c’est clair, pas de gros inconvénients à prêter aussi cet objet si disponible à quelques autres, de passage, d’autant qu’il n’est bien évidemment pas exclu que vous en retiriez quelques jouissance. Votre corps, objet utile, sert à jouir, à s’offrir du plaisir, à soi,  à d’autres, à un autre aimé à qui on a donné son corps, engagement somme toute limité puisque ce corps, ce n’est pas soi… Voilà qui éclaire sous un jour tout à fait particulier la question du sexe et du rapport à son corps et à celui de l’autre, puisque que se sont là des objets à produire autant de plaisir que possible physiquement -capacité du corps-et tous plaisirs. De là à imaginer que ce serait une posture enviable, une attitude moderne, une solution éclairée pour résoudre les questions des rapports sexuels, il y a un monde… de perplexité, pour ne pas dire que cela peut très précisément apparaître comme une incomplétude de l’être, une possession partielle de sa propre identité, une dichotomie pathologique ou du moins bien spécifique : un handicap de la relation à soi et de la relation aux autres… Que vaut en effet, eu égard à la rencontre de l’autre, cet échange utilitariste des corps ? Le temps à la disposition de l’individu pour approcher l’autre, jouir de cette rencontre et se donner du plaisir étant somme toute limité, quelle est la valeur de ces rencontres en série, qu’apporte cette manière utilitariste de se servir de l’autre pour jouir ? Une acception plus exigeante de la rencontre de l’autre, de lui vraiment incarné dans son corps, dans un corps à corps qui entraine aussi l’esprit, l’intelligence, la sensibilité, le désir de connaître l’autre et de se connaître soi-même à travers l’autre aussi pourrait présenter quelque intérêt plutôt que ce rut indifférencié quad bien même il serait allégeance à un maître adoré : ne vaudrait-il pas mieux lui donner alors un corps qui serai moi ?

 

 

 

Note sur  Lune de Fiel, film de Polanski.

 

Elle -  Je suis être extrêmement frappée de ce que vous avez tiré du film de Polanski, Lune de Fiel, à savoir que, pour un homme, la scène qui provoque à la fois le sommet de l’horreur et le sommet du plaisir est celle où l’homme, cloué à son fauteuil, entend sa femme râler en faisant l’amour avec un autre homme, à côté.  Je ne comprends pas comment il peut en être ainsi…

 

Lui - Je vous rappelle la proposition de base : ce qui fait le plus jouir, est ce qui fait le plus horreur dans le réel. On pouvait alors se poser la question symétrique et se demander : qu’est ce qui fait le plus horreur à la femme ?

 

Elle - Etre entièrement asservie à l’homme…

 

Lui - Par conséquent, par exemple, pouvoir être donnée par un homme à un autre. Ne pourrait-on dire que c’est cela qui lui donne le plus de plaisir ? Il apparaîtrait donc bien que, pour les deux c’est : donner sa femme à baiser par un autre qui la fait jouir, se faire donner par son homme à d’autres, qui apparaît à la fois comme l’horreur suprême et le plus grand plaisir.

Cela peut être relié très simplement à la castration. La castration du fils consiste à l’empêcher de faire l’amour avec sa mère : la scène la plus horrifiante et la plus jouissive est une réminiscence de la scène primordiale où il a entendu sa mère jouir de son père. La femme qu’il donne à baiser est sa mère et l’homme à qui il la donne est son père.

De son côté à elle, la castration consiste à ce que le père la refuse comme objet sexuel, et par conséquent la jette sur le marché des femmes, la donne à un autre homme, c’est là encore le résultat de la castration. La castration par le père qui fait à la fois le plus horreur et le plus jouir.

Il y aurait donc unité des deux processus.

On pourrait néanmoins faire remarquer qu’elle jouit de l’asservissement total uniquement dans l’imaginaire, alors que l’homme est ici supposé jouir de la scène réelle.

Bien évidemment, nous sommes ici dans le cas de quelqu’un qui, pour jouir, a voulu faire basculer dans le réel ce qui, chez un autre serait resté dans l’imaginaire : la jalousie due au fantasme de la plus belle queue. C’est ainsi qu’on peut relier l’imaginaire masculin qui fait jouir à cette scène.

Il est incontestable qu’un imaginaire jaloux de ce type, « un magnifique géant  à la queue énorme qui donne tellement plus de plaisir à votre belle qu’il asservit et vous prend », il faut reconnaître que cet imaginaire stimule le désir et probablement amplifie le sentiment de plaisir que donne la position olympienne.

De même que pour elle, amplifie incontestablement le plaisir le fait de se : « donner, abandonner », et de s’approcher ainsi de l’asservissement total où elle serait donnée à d’autres. Néanmoins, selon elle, le passage  au réel, comme chez C.M., est pathologique et signe un bilan d’insatisfaction de la phase où ce plaisir n’est qu’imaginaire, de la phase de centration.

 

Lui en convint : le passage au réel pour l’homme est aussi pathologique en ce sens seulement : il n’a pas truvé le plaisir quand cela restait dans l’imaginaire.

 

Que la scène pour la femme se situe dans le monde réel, c'est-à-dire que l’homme la donne effectivement à d’autres, fait qu’il prend la figure du père castrateur et qu’elle ne peut donc plus jouir de lui, elle ne peut jouir que des hommes qui viennent sur le marché des femmes dans lequel il l’a rejetée. Ce qui d’ailleurs fragilise évidemment sa relation avec lui, et donne raison à son angoisse qu’elle le quitte, précisément avec l’un de ces beaux fouteurs.

La deuxième remarque, c’est que chez l’homme qui passe par la réalité, et ils y passent tous les deux ou aucun des deux, ça peut s’analyser comme être resté en enfance, puisque ce qu’il veut c’est entendre papa et maman faire l’amour.

Il rappela néanmoins la scène intermédiaire entre l’âge adulte, où ceci ne se jouait que dans l’imaginaire, et l’enfance de la scène primitive, une scène à l’adolescence où le son de la femme jouissant avait plongé le jeune homme dans un ravissement.

Et c’est sans doute la mémoire de ce ravissement qui, dans l’imaginaire cette fois, exprime cette proximité à la scène primordiale et le plaisir qu’elle engendre, quand on (imaginairement) se trouve dedans, dans le rôle de l’acteur, dans le rôle du père.

 

Amour et plaisir

 

 Elle - C.M. fait une deuxième coupure frappante, liée à la première : être/corps, c’est : amour/plaisir. La thèse de la coupure amour/plaisir est qu’on n’aime pas nécessairement l’autre qui vous donne du plaisir. On peut avoir du plaisir sans aimer. Ce qui n’exclut pas d’avoir du plaisir de celui qu’on aime. Ceci est rendu possible par la séparation de l’être et du corps. L’amour relève de l’être et le plaisir relève du corps.

La séparation amour/plaisir, appelle comme une explication possible la séparation être/corps, le plaisir relevant du corps et l’amour de l’imaginaire. Une première difficulté est qu’évidemment le plaisir relève du corps ET de l’imaginaire. Et que donc, pour assumer la séparation, il faut considérer que l’imaginaire ne fait pas partie de l’être mais du corps.

Mais il apparaît aussi que la séparation être/corps est plus radicale. Elle ouvre en effet toute une série de possibilités.

La première déjà évoquée est de supporter le viol : c’est le corps qui subit la violence, pas l’être.

Puisque le corps n’est pas l’être, pourquoi pas ne pas l’utiliser pour gagner sa vie par la prostitution, ouvrir les cuisses en regardant au plafond et fumant des cigarettes ?

Puisque le corps n’est pas l’être, l’être peut aimer un autre pour ce qu’il lui demande, de livrer son corps à d’autres hommes. Cas en effet de C.M.

Mais à nouveau, pourra-t-on dire que l’imaginaire qui la fait jouir (à savoir qu’elle est donnée par un homme aimé à un autre bon fouteur, imaginaire qui comprend donc ces deux individus dans ces positions respectives, et elle au milieu) peut être considéré comme faisant partie de son être ou de son corps ?

Evidemment chacune de ces situations, dont elle peut jouir dans l’imaginaire,  ne serait pas dans le réel tolérable à une femme pour qui aimer et plaisir ne font qu’un, car on aime qui vous donne du plaisir, et on aime à en donner. Une femme pour qui par conséquent corps, puisque le plaisir est aussi le plaisir du corps, et être ne font qu’un. Pour une telle femme, viol et prostitution sont des horreurs absolues, ainsi que d’être rejetée physiquement dans le marché des femmes.

Ce n’est que de manière imaginaire, avec son homme magnifique, qui est magnifique en ceci qu’il l’a élue, mais qu’il peut toujours la rejeter dans le marché des femmes, ce qui actionne l’imaginaire, qu’elle jouit.

Clairement, C.M. n’est pas de ce type.

Le franchissement de la barrière qui fait pratiquer dans la réalité le don d’une femme par un homme à d’autres qui la baisent devant lui, on peut montrer que c’est pour les deux une représentation de la castration dont l’approche conduit au plaisir le plus haut.

 

 

C.M. est-elle une femme-homme ?

Elle - Une question qui se pose est de savoir si C.M. est une femme-homme, du moins dans la période où elle couche avec les hommes que lui désigne son mari-amour. On peut tenter d’y répondre en la contournant par la question réciproque : et que peut-on dire de l’homme qui fait cela ? Une première interprétation serait que l’homme qui fait cela est l’homme qui veut reproduire la scène primordiale où il a vu ou entendu plutôt son père baiser sa mère et celle-ci jouir. Il rejoue donc, puisqu’il assiste impuissant à la scène, il rejoue donc la scène de sa propre castration. Tandis que dans cette vision des choses, la femme elle, joue la scène primitive où, rejetée par son père dans le marché des femmes, elle trouve un homme qui la fait jouir. Par voie de conséquence si elle accepte cela, l’homme qui lui ordonne prend la position du père, elle ne peut jouir avec lui. Ce qui rend naturellement fragile son attachement à lui, sauf si l’attachement est fondé sur un imaginaire où elle ne peut jouir que si elle est réellement dans cette situation.

Dirions-nous que cet homme a beaucoup de féminin ?

Oui, si l’on considère que le masculin a comme l’une de ses caractéristiques que son plaisir est de donner du plaisir à l’autre. Dans cette situation il délègue ce côté féminin à un autre. On peut aussi considérer, et cela renforce l’hypothèse de sa féminisation, qu’en faisant ainsi baiser sa femme par un fouteur, il exprime le désir d’être lui-même baisé ainsi. D’où la figure des films pornographiques, où cet individu, sodomise sa femme mais se fait sodomiser par le fouteur qui, éventuellement auparavant se fait sucer par elle et a un peu foutu sa femme pendant que le premier se branlait. On a donc bien là une variante de la figure fondamentale qui, comme on l’a repéré, est la figure de l’homme qui donne sa femme à d’autres hommes, c’est en effet la figure du père qui donne sa fille aux autres hommes. Ceci pour la fille. Et pour le fils, c’est la figure du père qui baise sa propre mère devant le fils.

C’est ce qui fait dire d’ailleurs que l’homme dans cette situation est resté en enfance.

C’est ce qui fait dire aussi qu’avec la relève de l’adolescence cela va un peu devenir en vérité l’imaginaire qui fait jouir. On est à la place du père en train de baiser sa mère, on provoque désormais soi-même ces sons ravissants.

Le partenaire de C.M, cette figure de l’homme qui rejoue la scène initiale avec le père, se féminise donc. Examinons en quoi C.M. se masculinise-t-elle ? On peut tout d’abord considérer, même si elle ne les choisit pas, que jouissant avec différents hommes, elle se comporte d’une certaine manière comme ayant à sa disposition un marché des hommes, à ceci près qu’il est désigné par lui. Attitude par conséquent masculine.

Mais l’histoire ultérieure de C.M., dévoilée dans son second témoignage, fait état de ce qu’elle devient très jalouse de son mari qui se met à la délaisser et à lui-même aller chasser sur le marché des femmes. Elle prend alors la position de l’homme jaloux qu’il n’avait pas. De l’homme jaloux de ce que sa femme aille sur le marché des hommes. Mais là, il s’agirait plutôt d’une inversion des rôles. Dans ce cas cependant si l’on considère que lui se re-masculinise en cessant de jouir de la voir baisée par d’autres et en allant lui-même en baiser d’autres, elle devrait se féminiser. Elle devrait se féminiser donc devenir une femme-femme, plus féminine et jalouse, et qui ne pratique plus sa polyandrie que pour éventuellement se venger quand elle redevient provisoirement une femme-homme. Dans ces conditions on peut donc conclure que la bonne réponse est qu’elle se masculinise parce que, même si ce marché est désigné par un parmi les hommes, celui avec qui elle ne jouit plus, car il est dans la position du père castrateur, elle est masculine parce qu’elle baise avec  plusieurs hommes. Ensuite, quand il se masculinise elle se féminiserait plutôt.

 

Donner sa femme.  

 

Lui - C’est ce qui expliquerait pourquoi cette scène, l’homme qui amène sa femme à baiser par d’autres, semble tellement importante dans l’imaginaire érotique masculin. C’est parce qu’elle représente la plus grande proximité, pour lui, à la castration puisque c’est une reproduction de la scène primitive, où il assiste impuissant au plaisir de sa mère baisée par son père, et pour elle de la domination, puisqu’elle est refusée par son père et rejetée par lui dans le marché des femmes où les hommes la baisent comme ils veulent. C’est parce qu’elle représente l’extrême proximité de ce qui à chacun fait le plus horreur, que cette scène a cette importance, cette scène ou bien sûr ses avatars, puisque comme les mythes, les imaginaires se caractérisent par des avatars, par des variations.

A cette importance oeuvrent ces avatars dans le plaisir tant féminin que masculin. Sous la forme, pour l’homme de se prendre un instant comme le dieu olympien qui est à la place du père, et qui comme le père baise de plus belle mortelle et la plus jouisseuse qu’était sa mère. Et pour la femme, d’être prise dans un abandon à l’homme magnifique, et dans une telle dépendance du plaisir qu’il lui donne, qu’il pourrait peut-être la rejeter dans le marché des femmes, voire lui demander de se donner à d’autres hommes.

La Femme très Féminine ne peut pas franchir cette limite, mais s’y tient au plus près en s’abandonnant totalement, en se « défaisant » ( « je suis défaite ») sous l’homme magnifique. D’autres femmes la franchissent. Et il apparaît à la discussion précédente que ce sont des femmes-hommes.

Si c’est le cas cependant, il faudra sans doute rajouter que l’évolution presque inéluctable, est soit qu’elle devienne une femme-femme à l’occasion de la « masculinisation » de son homme, soit qu’elle devienne une femme-homme plus affirmée en tant qu’homme, au fur et à mesure que son homme se féminise. Après tout s’il ne la baise plus, pourquoi se contenterait-elle de baiser avec ceux qu’elle lui désigne ? Pourquoi ne chasserait-elle pas pour son propre compte. Et c’est la deuxième évolution possible du cas C.M.

Pour terminer sur ce cas, nous pouvons même imaginer l’inversion presque totale, où le cas C.M. devient une femme-homme qui s’envoie de bons fouteurs et qui fait foutre par eux son ex mari, devenu ainsi une femme à corps d’homme. Quant à la distinction entre celles qui franchissent ou qui ne franchissent pas la barrière, il est apparu dans des notes antérieures de juillet, que dans un cas on avait l’illusion d’être dans une spirale ascendante, et par conséquent profondément satisfaisante. Une vision plus réaliste consisterait à dire que dans cette spirale, il n’y a pas véritablement d’ascension, mais comme on oublie à chaque fois les sommets qu’on atteint, on a l’impression de monter chaque fois plus haut. Alors que dans l’autre évolution, celle où l’on franchit le pas vers le réel, on avait fait l’hypothèse d’une insatisfaction, de la poursuite sans fin d’un horizon qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on avance, qui pouvait à ce moment là conduire à rechercher d’autres imaginaires, sadomasochistes par exemple.

Il faudrait se garder toutefois de caractérisation trop normative de ces configurations.

On revient donc à cette thèse que pour toute femme, il existe une barrière  infranchissable entre ce qui, du marché des femmes, peut se rencontrer dans le réel et ce qui ne peut  survenir  que dans l’imaginaire et fonctionner alors comme matière de plaisir. C’est une  véritable barrière évidemment, comme  celle qui existe entre le viol et le plaisir de l’amour. Il se trouve des femmes pour qui cette barrière se situe relativement haut, c'est-à-dire qu’elles ont une acceptation réelle du marché des femmes qui va très loin, qui  peut aller jusqu’à devenir l’esclave au sens physique d’un seul homme, et qui en jouissent. On peut trouver dans ce cas C.M. Mais jouit elle ? Ce n’est pas parce qu’elle pleure en ayant du plaisir, pleurer c’est l’émotion, cela touche peut être quelque chose de malheureux, ou d’extrêmement heureux. Le plaisir en lui même est une émotion, qui n’en appelle pas d’autres.

En comparaison, C.L.-Elle a un niveau extrêmement bas. Ce qu’elle a, très difficilement,  supporté de  l’existence réelle du marché des femmes a été la révélation de son  infidélité, « cela est déjà beaucoup trop et  cela suffit amplement ! » ajouta-t-elle. Tout le reste ne relève que de l’imaginaire.

Par claude lizt
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:50

Qui est cette femme ? Le Jeu et une réponse de Claude Lizt.

© Claude Lizt, Septembre 2011

 

 

Marianne L’été 2011 a apporté son lot de numéros spéciaux et de grands reportages sur le sexe chez les français. Ils n’ont naturellement rien appris aux vrais amateurs, comme Claude Lizt. Il en commentera cependant quelque uns prochainement.

 

Pour commencer, un petit jeu à partir du dessin ci contre, publié par Marianne dans un article sur les fantasmes des français.

 

L'image montre  donc une femme, en guêpière, bas à jarretelles, mais encore en slip, portant un loup et menottée au dos du lit .

Elle crie  à « son » homme :

« Vas y domine moi ! Je suis ta chose !

Puis elle ajoute plus tard : « par contre n'oublie pas que c'est à ton tour de descendre la poubelle ».

 

 

   

   

Jeu :

Premièrement : Qui est cette femme ? Caractérisez la.

Deuxièmement : Imaginez ce que diraient d'autres types de femmes, après les avoir définis.


 

Une réponse de Claude Lizt.

 

Qui est cette femme?

Elle dit ce qu'elle pense que l'homme veut entendre d'une femme. Elle dit donc la domination, mais vue par Lui. Elle adopte en conséquence le comportement professionnel de la prostituée, dont le travail consiste à faire croire au client qu'elle veut plus que tout ( sous entendu : encore plus que de son proxénète qui est censé la tenir par là…)  être son objet sexuel et que cela va la faire exploser de plaisir, avec râles à ébranler les murs.

Par ailleurs Elle tient un propos féministe égalitariste standard, puisque sa requête, pour ce qui est du monde, est qu'ils partagent les tâches domestiques « également » (ni « équitablement » ni « selon les capacités », etc…)

Conclusion :

  •  se faire volontairement à l'image d’un objet sexuel capteur d'homme, se faire donc le simple miroir de  la « position » masculine et
  • prôner l'égalité dans le monde, non par les responsabilités, mais par les taches de la vie courante :

nous avons là l’exemple même d’une « femme-homme », une battante de la guerre des sexes, le type de femme qui dirige de fait et oriente idéologiquement la grande cohorte des féministes, elle même avant garde de la tribu des femmes.

 

Les autres femmes

Voici  maintenant ce que pourraient dire les trois autres types de femmes que distingue Claude Lizt ( en plus du sujet au corps d’homme mais à identité dominante femme, la « fomme » qui se comporte comme en femme car elle a un imaginaire dominant féminin), à savoir :

  • La femme-femme-femme
  • La femme-femme
  • La bonne-femme

 

La femme-femme-femme.

C'est la femme très féminine et très libre. A condition de rencontrer un « homme qui aime le féminin » ( l’une des trois catégories d’hommes -voir « Le Plaisir Description V2 » sur ce blog),  elle peut atteindre, dans un long apprentissage, les plus grands plaisirs féminins. Et ceci parce qu'elle accepte imaginairement la domination absolue de l'homme dans l’acte sexuel, d’autant plus qu’étant aussi une femme moderne, elle exige en retour la plus absolue liberté tout le reste du temps. C'est ce que nous avons appelé, dans d'autres textes les : «Ambiguïtés et Paradoxes du plaisir féminin » ( voir le texte sous ce titre sur ce blog)

 

 

Que dit-elle pendant l’acte ?

Que dit-elle ou pense-t-elle juste après ?

Prends-moi, remplit moi, fais-moi moi !

Tu veux ce plaisir-là de moi? dit !

Dis-moi que tu es content de nous !

Tu me fais sentir à quel point je suis à toi.

 

En revanche elle ne dira pas directement « je veux être à toi ». Car sa volonté directe, c'est d’aimer. Aimer est une volonté et c’est ce qui entraîne le « vouloir être à ».

 

J'adore glisser votre manteau sur vos épaules (car ainsi je montre que je suis à vous.)

J'adore que vous m’ouvriez les portières.

J’adore que vous appréciez mes nouvelles chaussures.

J'adore discuter psychanalyse avec vous

 

 

 

Les deux autres types de femmes constituent,  avec les femmes-hommes qui en sont l’aile combattante, la « tribu des femmes », les femmes qui depuis la nuit des temps se révoltent en permanence contre la domination des hommes et le « marché des femmes » qu’ils leur imposent et qui résulte de la prohibition de l’inceste. Se sont les femmes plongées dans la guerres des sexes. Il s’agit de : la femme-femme et la bonne femme.

 

La femme-femme.

Elle voudrait bien être une femme-femme-femme. Elle est donc féminine, mais reste prise dans la guerre des sexes. Elle n'a pas accepté l'ambiguïté de la domination de l’homme. Elle est ainsi d’une jalousie insupportable. Elle n'accède que difficilement  et exceptionnellement au grand plaisir, mais elle le devine et l’envie..

 

Que dit-elle pendant l’acte ?

Que dit-elle ou pense-t-elle juste après ?

Baisse moi

C'est bon, n’est ce pas ?

Tu me fais jouir !

Tu m'exploses !

 Ah! quel magnifique fouteur tu es!

 

Ah, qu’est ce qu’on baise bien !

Mais pourquoi donc aller chercher ailleurs ?

Mais qu'est-ce qu'elles ont de plus que moi ?

Parce que je le vaux bien !

 

(Ce dernier peut aussi être dit par la femme-homme)

 

 

 

La bonne-femme.

« Ooui ! je sais bien, il a des « amies »… Mais il revient toujours, c'est donc que la soupe est bien meilleure ici….. Mais enfin on ne me la fait pas ! Alors si l'occasion se présente, je me réponds pas de moi… »

 

Que dit-elle pendant l’acte ?

Que dit-elle ou pense-t-elle juste après ?

T’est le meilleur doudou

C’est bon ça mon gros tigre

 

Je vais te faire un bon p'tit plat.

Je vais te faire une bonne banane flambée, pas te faire flamber la banane, mais une vraie, avec du bon rhum

Mais tu pourrais m'acheter des fleurs plus souvent …

Après ça on va faire fort, toi à la pêche, moi au cours de gym !

Si tu vas encore  à la pêche dimanche, alors moi je fais un barbecue avec mes copines.

 

 

Le lecteur intéressé peut aussi aller voir : « L'Affaire DSK vue par les femmes », où l’on retrouvera nos quatre types de femmes réagir fort différemment

 

Par claude lizt - Publié dans : Inédits de C. Lizt
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:14

Entretien (virtuel) de Claude Lizt avec Catherine Millet.

 

 CMCatherine Millet (CM), rédacteur en chef de Art Press, est l’auteur de « La vie sexuelle de Catherine M. », Seuil, Fictions and Co,2001, un de ces succès de librairie exceptionnels qui permettent ensuite à de bons éditeurs, comme Denis Roche, directeur de Fictions and Co à l'époque, de publier à perte de la littérature moins  immédiatement accessible.

La point de départ de cet entretien virtuel est une interview donné par CM cet été dans « Rue 89 », pour le dixième anniversaire de son succès. Claude Lizt (CL) a sélectionné ci-dessous des propositions de Catherine Millet avec lesquelles il est d’accord, mais qui sont encore peu répandues, et d’autres avec lesquelles il n’est pas d’accord et privilégie un point de vue différent.

 

CM : mon sentiment ( je le dit avec des pincettes)  c’est que les mentalités  sont plus ouvertes qu’avant, mais par rapport à nos pratiques de 68, il me semble que c’est moins ludique qu’il manque la liberté de la chose improvisée. On dinait avec  des copains, rien n’était prévu, on se déshabillait  et tout le monde baisait ensemble.

 

CL : Je vous vois là, et je le regrette,  reprenant la chanson favorite du jeunisme ambiant, initié par Houellebecq en France : l’idée qu’il aurait existé une « génération 68 » caractérisée par sa liberté de mœurs. Ce fut certainement le cas de certains, dont vous, je n’en doute pas, mais vous savez bien que les acteurs politiques de cette période, les «révolutionnaires », étaient pour l’essentiel très austères, voire puritains.  Et qu’ils ne détestait rien tant que les «anarchos-désirants », sauf peut être les  «révisionnistes » traitres à la classe ouvrière. Identifier ces deux populations est une grosse ficelle déjà bien usée.

Il n’en est pas moins vrai que dans ces deux tribus, ce qui était profondément remis en question était entre autres choses le rapport entre les hommes et les femmes. Incontestablement par des détours extrêmement différents, les deux visaient au  même but : l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est sans doute pourquoi a pu se produire, dans une branche du  féminisme, l’union monstrueuse des anarchos-désirants et des révolutionnaires puritains, dont l’apogée fut le groupe dont le gouru fut Antoinette Fouque.

 

CM : plus on vieillit, plus on est libre, oui, mais j’ai l’impression que les jeunes générations sont plus libres en parole qu’en acte.

 

CL : Deux fois d’accord, et cette fois je vous rejoins contre le jeunisme ambiant. La maturité sexuelle ne s’atteint qu’après un (très) long apprentissage, c’est vrai pour la femme, comme vous le dites, c’est également vrai pour l’homme. L’apogée sexuelle tant de l’homme que de la femme se situe très certainement au-delà des 50 ans et pour certain(e)s encore plus tard.

En revanche, je ne dirai pas que les jeunes gens et les jeunes filles sont aujourd’hui plus libres en paroles qu’en acte. Etre libre « en parole » ne veut strictement rien dire du tout. La liberté, c’est une affaire de corps, cela relève du réel, je suis d’accord avec Jean Claude Milner là dessus. Quant aux actes, le nouveau n’est pas que les « jeunes » oseraient moins, le  nouveau c’est le mouvement d’androgynisation croissante d’une société où les individus  sont de plus en plus composés d’un mélange de « position  homme »  et de « position femme » dans des propositions proches et qui s’équilibrent. D’où la coucherie et la pornographie universelles, en même temps qu’une raréfaction du très grand plaisir sexuel et amoureux, lequel exige la rencontre de deux sujets dotés de positions fortement dominantes : « un homme, un vrai » ( très masculin) avec une « femme très féminine, mais parfaitement libre »... ( la femme pouvant avoir un corps d’homme et réciproquement, bien évidemment)

 

CM : vivre simultanément plusieurs relations amoureuses. J’adorerai que ça se passe comme ça, mais je ne suis pas sur que l’humanité y soit prête. Je trouve bien qu’on fasse des expériences, mais je suis sceptique sur leur pérennité.

 

CL : Vous qui vous fîtes le chantre de la sexualité multiple et de groupe et  qui avez tenté d’en analyser l’imaginaire associé, vous n’avez cependant heureusement pas perdu, me semble-t-il, la conviction que la véritable libération sexuelle est la possibilité pour deux sujets d’aller ensemble, avec ou sans d’autres, « encore plus loin » dans le plaisir. Or ceci suppose, à mon avis,  non la dispersion des relations amoureuses mais  au contraire leur centration, au moins en tant que « processus ». Il y a là entre nous sans doute une divergence que nous allons retrouver sur les rapports entre amour et plaisirs sexuels.

 

CM : la sexualité est plus exclusive que le sentiment. Ce qui rend jaloux, c’est un besoin de possession sexuelle.

 

CL : Certes, c’est trop évident, mais cela engage la question des rapports entre l’amour et le  plaisir sexuel. Vous pensez que l’amour peut ne pas être  jaloux, que seul le plaisir sexuel engendre la jalousie. Or, selon moi dans tous les cas - ou alors il ne s’agit pas d’amour entre un homme et une femme adulte - l’amour est étroitement lié au plaisir sexuel, en sorte qu’il n’existe en réalité que l’un et l’autre ensemble, articulés sous la modalité d’une spirale ascendante ou  descendante, jamais stagnante au même niveau. Si la jalousie est au cœur du plaisir sexuel, elle est au cœur de l’amour. Tout l’art consiste à faire de la jalousie le moteur même  de la spirale ascendante du plaisir et de l’amour, grâce à ce que j’ai appelé l’ambiguïté et le paradoxe du plaisir (voir le texte « Ambiguïté et paradoxe du plaisir féminin sur ce blog).

 

CM :( à propos d’Anne Sinclair). J’admire cette femme,  elle est digne,  je ne vois pas  pourquoi elle se sentirait humiliée, il l’a épousée, ses multiples aventures apparemment ne remettaient pas en cause leur lien. C’est une intellectuelle, une femme qui a fait ses preuves professionnellement, il doit avoir de l’estime, de l’admiration pour cette femme, ils sont sur un même plan d’égalité.

 ...

Cela dit, on ne sait pas quel est leur rapport sexuel, leur contrat sexuel.

 

CL : Si, chère Catherine Millet, on le sait, et sans aucun doute possible : elle comme lui se contentent de plaisirs éjaculatoires de type masculin.

Ce n’est pas ici le lieu de détailler la théorie des plaisirs masculins et féminins, puisque cela est fait dans un document de travail en évolution constante sur ce blog ( « Les plaisirs , description. V3 »).

Disons ici que lui ( DSK) n’étant qu’un « éjaculateur », même pas un « Don Juan moderne » et en aucune façon un « HAF » ( un « homme qui aime le féminin » et qui seul peut devenir « l’homme magnifique » pour une « femme-femme-femme »), elle ( AS) se situe probablement entre la « femme-femme » et la « femme-homme ». ( Tous ces termes sont explicités dans plusieurs textes du blog).

Avec comme conséquence qu’elle ne jouit  qu’exceptionnellement, voire pas du tout, de plaisirs féminins, et qu’elle jouit uniquement du ou des plaisirs clitoridiens, mais aussi qu’elle est en vérité probablement très jalouse, malgré les  apparences qu’elle tient à préserver en public. Elle ne peut que se sentir dans la position de la femme rédemptrice ( à la Dona Elvira de Don Juan) qui, par amour pour lui, va finir par sauver cet éjaculateur impénitent, cet onaniste qui pour son plus grand malheur est demeuré le phalle de sa mère.

 

CM : je n’ai jamais été victime d’un viol et j’espère que cela ne m’interdit pas d’avoir une opinion sur la question.  Je pense que s’il m’était arrivé de me voir  imposer  d’avoir un acte sexuel – et après tout ça m’est peut être arrivé et j’ai oublié-  j’aurai laissé faire en attendant que ça se passe et je m’en serai tiré en me disant que c’est moins grave que de perdre un œil ou une jambe. Je ne me serai pas  sentie atteinte, ma personne  ne se confond pas avec mon corps.

 

CL. Pour répondre sur ce point, il suffira de faire remarquer que tout dépend de la femme, chez la « femme-femme-femme », cette  séparation entre l’âme et le corps ne peut être faite, comme en témoigne la citation suivante de « Le Voyage à Genève- Elle», p12.

« Il me semble que ce sentiment-là -celui du risque, d’un danger- ne vous est pas étranger à vous non plus, embusqué derrière ces quelques mots qu’il vous arrivait de prononcer : « jusqu’où la passion ne nous mènera-t-elle pas ? » Sentiment ambigu car sur sa face opposée il porte, glorieusement, une sécurité intérieure profonde, une sérénité. Je vous en parlai il y a peu. Je vous avais rejoint dans l’un de nos refuges de la ville. Et voici que je vous demande de me coucher doucement sur le lit, très vite, et de vous allonger sur moi, de me couvrir de tout votre corps et de tenir mon visage entre vos mains. Vous souvient-il ? C’était un moment à la fois précis et confus, rêvé, un instant de tendresse. C’est qu’il me fallait vous faire part d’une découverte : à cet instant unique, l’amour exprime un indicible sentiment de protection. Car ainsi couchés ensemble sur le lit, enlacés de cette manière bien particulière où vous êtes allongé sur moi, faites rempart de tout votre corps entre le monde et moi, je ressens la plus grande sécurité dont une femme puisse rêver : vous me protégez du monde, de ses agressions, de ses abandons ; vous me protégez par votre seule présence, interposé de tout votre corps, dont je sens délicieusement le poids sur moi. Vos mains si chaudes, si belles, qui me tiennent la tête, comme si vous vouliez saisir mes pensées, toutes à vous dédiées. Et c’est tout le corps qui est ainsi abrité, ce corps fragile, ce corps vulnérable de la femme, ce corps ouvert et creux qu’elle ne saurait seule défendre… Immense, profonde protection !

Or se joue là, dans le même instant, le même absolument, une toute autre scène. Quel embrassement ! En est-il de plus tendre ? En est-il de plus sensuel ? Quel enlacement tiendrait une aussi belle promesse ? Celui-ci est prometteur de caresses, de baisers, d’étreintes folles et de baisers encore. Il est hommage, il est désir ; il est prémices de quels plaisirs ? Elle peut sourire, votre belle, touchante tentatrice, prisonnière volontaire, elle peut doucement gémir, laisser aller sa tête un peu vers la droite et là un baiser, un peu vers la gauche et ici elle soupire délicatement sous son homme. Homme adoré, homme désiré, homme attendu, tant et tant et qui là promet tout : il va la prendre, c’est sûr, son chevalier, son grand protecteur, il va la prendre, la faire sienne ; il la baise déjà.

Car ainsi allongé sur ce lit, sur moi, dans la ville, vous pouvez résoudre, par ce seul geste, un formidable paradoxe : il fait disparaître toutes les peurs, les peurs immenses de la femme. La plus grande peur de la femme, celle d’être ouverte, courant ainsi le risque fou d’être envahie, violée ; et l’autre peur, l’autre plus grande peur de la femme ouverte, creuse, celle de ne pas être habitée, de ne pas accueillir l’homme désiré, celle de ne pas être pleine, comblée. Pouvez-vous, mon Amour, concevoir un seul instant cet extraordinaire sentiment de paix : être « sous vous », couvée ; sentiment indicible né de ce que votre étreinte répond aux deux questions fondamentales posées par la peur de la femme. Vous faîtes-vous quelque idée du pouvoir de l’homme aimé ? Serez-vous alors surpris de l’amour que je vous porte, vous qui me donnez cette paix -protection et désir- exprimés par ce seul geste ? »

 

Pour une femme de ce genre, je vous assure, le viol est autre chose qu’un mauvais moment à passer en serrant les dents et en se disant que c’est moins grave que de se faire arracher une dent sans anesthésie. Mais on conçoit en revanche fort bien que chez d’autres femmes, dont la dimension masculine est plus affirmée, cela soit possible.

 

CM : les catholiques sont plus malins (que les musulmans) ils sont plus facilement dans la transgression, ils sont plus hypocrites, plus  tartuffes, de plus ils distinguent l’âme du corps.  Dans « La cité de Dieu »,  Saint-Augustin écrit : « Tant que se maintient ferme et inchangée cette volonté (vertueuse) , rien de ce qu’un autre peut faire du corps ou dans le corps et qu’on ne peut éviter sans pêcher soi-même n’entraine de faute pour qui le  subit ». C’est donc absoudre la victime de viol. C’est  ce qu’en effet ne semble pas  faire l’ Islam qui parle de femme « définitivement souillée » si elle a été violée.

 

le bernin extase de sainte thérèseCL : …on ne peut qu’être d’accord avec Saint Augustin (l’un de mes saints préférés)! Le catholicisme est de loin la religion la plus  permissive à l’égard du sexe , encore que sa fonction principale, comme celle de toute religion, reste quand même de le réprimer et de le canaliser pour en obtenir une symbolisation d’un  certain type, visant fondamentalement à l’ordre social. Il est cependant la religion la plus teintée de paganisme, c’est-à-dire la  plus pénétrable par le plaisir. N’est-il pas la religion où l’homme est aimé par Dieu, qui lui a donné sa chair et son sang, et où la passion des grandes saintes amoureuses de Jésus dans leurs extases mystique a de tout temps donné les plus belles représentations du plaisir féminin ? ( Voir Sainte Thérèse du Bernin).

Quant à l’Islam,  c’est très simple : seules les femmes islamisées vivant avec des hommes islamisés sauront  trouver le moyen se libérer de la morale patriarcale et réactionnaire ( dont l’Islam est loin d’être aujourd’hui l’unique propagateur) qu’ils leur imposent. Elles ont notre plus grande sympathie, notre soutien intellectuel et moral leur est acquis. Si elles estiment que cela passe par le droit à se voiler et si c’est elles qui le demandent, c’est leur affaire et on ne s’en mêle pas. Il serait temps d’en revenir à la saine conception de la politique qui domina les années 60 et 70, « le primat des causes internes » : les peuples ne sont jamais sauvés par d’autres, uniquement par eux même.

 

CM : il n’y a pas de solution idéale. On n’arrivera jamais à trouver la bonne formule entre un homme et une femme qui permet de s’aimer longtemps, d’avoir du plaisir longtemps et en même temps de sentir libre quand on fait d’autres rencontres. On ne trouvera jamais le bon équilibre de tout ça, on ne peut que bricoler. Jusqu’à la fin des temps, l’humanité bricolera pour se faire le moins de mal possible en prenant maximum de plaisir.

CL : c’est en effet la question principale. Les solutions  sont, j’en suis d’accord, spécifiques à chaque couple de sujets, et néanmoins trouvent place dans un cadre général dont je tente d’élaborer les grandes lignes dans le journal de travail qu’est ce blog. Des solutions possibles, qui éloignent le mal et la douleur en procurant le maximum de plaisir, existent. Il est vrai qu’elles durent rarement très longtemps. Pour durer très longtemps, il n’y a qu’une voie : se voir uniquement pour s’aimer, pour en parler, pour en faire directement quelque chose, écrire par exemple,  et pour rien d’autre, surtout pas de conjugalité ! Ceux qui ont trouvé « leur » solution ne peuvent que sourire au terme de « bricolage ». Mieux vaudrait dire un processus, une fuite sans fin, un chemin de crête toujours menacé de précipices …

Par claude lizt - Publié dans : Commentaires de C.L.
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:10

 

Entretien (virtuel) de Claude Lizt avec  Brigitte Lahaie et Odile Buisson.

 

Brigitte Lahaie (BL) est journaliste de radio (RMC), essayiste et ex-actrice X

Odile Buisson (OB) gynécologue et échographe.

Les propositions avec lesquelles Claude Lizt (CL) dialogue sont tirées d’une interview donnée en Aout 2011 par Lahaie et Buisson au magazine :  « Femmes Majuscules »

 

BL : le premier conseil que je donnerai donc aux femmes qui veulent plus de plaisir serait déjà de s’occuper d’elle-même  et d’arrêter d’attendre le prince charmant qui leur apportera l’orgasme sur un plateau. On sait qu’une femme qui se masturbe  parvient plus facilement à la  jouissance que celles qui ne le fait pas.

CL : entièrement d’accord. Il est même préférable que la masturbation et le plaisir clitoridien  qu’elle donne surviennent le plus tôt possible dans la vie de la jeune fille ( et  d’ailleurs, car le conseil vaut pour eux aussi bien, du jeune garçon) La masturbation, qui procure aux deux des plaisirs que je qualifierai ci dessous de « masculins » est une excellente chose. Le plus tôt et le plus souvent c’est le mieux. Il faut cependant rappeler qu’elle s’accompagne d’une intense acticité imaginaire, et que c’est celle là qui est importante. C’est largement d’elle en effet que viendra, pour la fille comme pour le garçon, la possibilité de découvrir d’AUTRES plaisirs avec l’autre (de fait  des plaisirs féminins, pour lui comme pour elle).

 

BL : pour des raisons culturelles, on a toujours défendu l’idée que la sexualité masculine allait de soi et que la sexualité féminine était compliquée. La conviction persiste que le plaisir masculin est mécanique, automatique et peut se passer de sentiments, tandis qu’une femme ne peut atteindre le plaisir qu’en étant amoureuse. Et que si elle a des difficultés à jouir, cela ne peut être due qu’à des causes psychologiques.

(Or, par exemple, les hommes aussi sont affectés par leur psychisme qui peuvent les rendre impuissants…)

Et les femmes peuvent parfois avoir du plaisir sans amour, même sans désir, de manière très mécanique. Il faut dire que beaucoup de femmes ont du mal à avouer une telle réalité qui va à contre-courant de la pensée dominante.

BL : sur un sujet si important et que vous connaissez si bien, je regrette de dire que vous adoptez, chère Brigitte Lahaie une position bien moyenne ! Il faut au contraire affirmer que l’homme comme la femme peuvent connaitre deux types de plaisirs : les plaisirs masculins qui sont en tension et en décharge, avec une décharge et qui tue le désir pour un moment, et les plaisirs féminins, qui sont des « chants du corps » et qui peut se prolonger de manière quasi illimitée.

La réalité, que peu de monde encore, il est vrai, est parvenu à entrevoir, c’est :

1)   qu’il y a en vérité très peu de différence « physique », « sensuelle», dans le plaisir que peut atteindre un corps d’homme et un corps de femme, parvenus à une maturité sexuelle : les deux peuvent connaître plusieurs formes de plaisirs masculins et des plaisirs féminins illimités.

2)   Ces plaisirs sont liés à des imaginaires spécifiques, chez le sujet à dominante « homme » et chez le sujet à dominante « femme ». Ces imaginaires sont cependant liés entre eux ( il y a un « rapport » des imaginaires sexuels) et ils partagent un fond commun «  anthropologique » qui est l’histoire millénaire de la domination des hommes sur les femmes.

Bon, d’accord, c’est un peu abstrait dit comme cela, je le reconnais, mais c’est développé sur mon blog.

 

OB: grâce à des échographies, j’ai pu démontrer en effet la réalité physiologique du point G  même si je préfère parler de zone G. L’échographie montre que pendant un rapport sexuel,  sous les pressions et mouvements répétés de la verge en érection le clitoris se trouve ascensionné (quel vilain mot, remarque de CL) et comprimé contre la paroi antérieure du vagin d’ou la sensibilité particulière de cette zone. Lors de ces va-et-vient, le clitoris - aussi bien dans sa partie externe que l’on connait bien  que dans sa partie interne méconnue et que l’on pourrait comparer aux racines d’une dent- augmente de  volume  car son tissu se gorge de sang. On peut alors observer une érection du clitoris externe ainsi que l’apparition d’une petite tumescence dans le vagin. Les nombreuses femmes  qui attestent d’un plaisir plus intense dans cette zone précise vont peut être enfin cessé d’être dénigrées et moquées.

 

CL :  Ah la là, docteur ! Vous tombez hélas dans un des pires lieux communs  réactionnaires à l’égard du plaisir féminin, adossé comme il se doit à une pseudo « science » ( comme si l’échographie était une science…) : démontrer avec force observations physiologiques, qu’il n’y a qu’UN  seul organe sexuel féminin, un grand clitoris, qui s’étend grâce à ses racines jusqu’à cette partie appelée point G de la paroi vaginale,  point – ou zone - située à l’antérieur de cette paroi. Puisqu’il n’y a qu’UN seul organe à jouir, le clitoris  « prolongé », il n’y a donc de jouissance que clitoridienne.  Certes, la partie antérieure du vagin communique avec le clitoris, certes, la contraction du périnée peut provoquer des orgasmes clitoridiens, mais il est évident à toute femme féminine qu’il existe d’autres ( et nombreuses) formes de  jouissance, toutes classables en une catégorie bien distincte des orgasmes clitoridienns : la jouissance proprement féminine, en onde irradiante continues de plaisir, en plateau,  en « chants de plaisirs », dont l’origine vient de la stimulation d’autres parties du vagin, de l’anneau anal et du rectum, et à travers eux de l’utérus.

 

Heureusement que notre autre interlocutrice, BL, précise  aussitôt :

 

BL : certaines femmes sont plutôt vaginale, d’autres plutôt clitoridiennes, d’autres plutôt anales d’autres encore les deux ou les trois à la fois, il existe des femmes qui ont un orgasme parce qu’elles font un rêve érotiques ou qu’on leur titille le globe de l’oreille.

 

CL : En effet, on peut atteindre la jouissance autrement que par le clitoris et un point G qui ne ferait en réalité que stimuler le clitoris ! On peut rajouter à vos exemples les femmes qui sont capables, après avoir été merveilleusement baisée par leur homme et l’avoir quitté, de déclencher des orgasmes ( internes, vaginaux ou anaux) rien qu’en pensant à ce qui viens de se passer, ou qui sont capables d’anticiper une rencontre très désirée en commençant à jouir ainsi…

Mais chère BL, vous n’affirmez pas assez vigoureusement, à mon sens, qu’il existe plusieurs formes de plaisirs, que chacune et chacun jouit donc différemment, car il connaît une composition particulière et évolutive DES plaisirs ! Et surtout, mais cela vous le dites, qu’aucune hiérarchie ne peut être faite entre les plaisirs. Il existe par exemple chez l’homme comme chez la femme, un plaisir « englobant » les autres formes de plaisirs, le plaisir que donne tout simplement l’acte de « prendre » et « d’être prise ». Ce simple  plaisir là, même sans aucune forme d’orgasme, peut être immense, indépassable !  Souvenez vous du premier baiser, souvenez vous de la première fois où vous avez posé votre main sur le sexe de l’autre, souvenez vous de la première fois où vous avez pénétré le corps de l’autre, de la première fois où vous vous êtes ouverte à l’autre (je précise pour les féministes que j’ai délibérément dit ouvertE : trouver du plaisir à être « ouverte », « prise », « comblée » par l’autre est en effet  le propre de la POSITION féminine, qui peut bien sûr être tenue par un CORPS d’homme : le corps de l’homme n’a après tout qu’une voie de pénétration de moins que celui de la femme, il lui en reste deux qui suffisent largement à pratiquer la position femme!!!!)

 

Par claude lizt - Publié dans : Commentaires de C.L.
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