Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:10

 

Entretien (virtuel) de Claude Lizt avec  Brigitte Lahaie et Odile Buisson.

 

Brigitte Lahaie (BL) est journaliste de radio (RMC), essayiste et ex-actrice X

Odile Buisson (OB) gynécologue et échographe.

Les propositions avec lesquelles Claude Lizt (CL) dialogue sont tirées d’une interview donnée en Aout 2011 par Lahaie et Buisson au magazine :  « Femmes Majuscules »

 

BL : le premier conseil que je donnerai donc aux femmes qui veulent plus de plaisir serait déjà de s’occuper d’elle-même  et d’arrêter d’attendre le prince charmant qui leur apportera l’orgasme sur un plateau. On sait qu’une femme qui se masturbe  parvient plus facilement à la  jouissance que celles qui ne le fait pas.

CL : entièrement d’accord. Il est même préférable que la masturbation et le plaisir clitoridien  qu’elle donne surviennent le plus tôt possible dans la vie de la jeune fille ( et  d’ailleurs, car le conseil vaut pour eux aussi bien, du jeune garçon) La masturbation, qui procure aux deux des plaisirs que je qualifierai ci dessous de « masculins » est une excellente chose. Le plus tôt et le plus souvent c’est le mieux. Il faut cependant rappeler qu’elle s’accompagne d’une intense acticité imaginaire, et que c’est celle là qui est importante. C’est largement d’elle en effet que viendra, pour la fille comme pour le garçon, la possibilité de découvrir d’AUTRES plaisirs avec l’autre (de fait  des plaisirs féminins, pour lui comme pour elle).

 

BL : pour des raisons culturelles, on a toujours défendu l’idée que la sexualité masculine allait de soi et que la sexualité féminine était compliquée. La conviction persiste que le plaisir masculin est mécanique, automatique et peut se passer de sentiments, tandis qu’une femme ne peut atteindre le plaisir qu’en étant amoureuse. Et que si elle a des difficultés à jouir, cela ne peut être due qu’à des causes psychologiques.

(Or, par exemple, les hommes aussi sont affectés par leur psychisme qui peuvent les rendre impuissants…)

Et les femmes peuvent parfois avoir du plaisir sans amour, même sans désir, de manière très mécanique. Il faut dire que beaucoup de femmes ont du mal à avouer une telle réalité qui va à contre-courant de la pensée dominante.

BL : sur un sujet si important et que vous connaissez si bien, je regrette de dire que vous adoptez, chère Brigitte Lahaie une position bien moyenne ! Il faut au contraire affirmer que l’homme comme la femme peuvent connaitre deux types de plaisirs : les plaisirs masculins qui sont en tension et en décharge, avec une décharge et qui tue le désir pour un moment, et les plaisirs féminins, qui sont des « chants du corps » et qui peut se prolonger de manière quasi illimitée.

La réalité, que peu de monde encore, il est vrai, est parvenu à entrevoir, c’est :

1)   qu’il y a en vérité très peu de différence « physique », « sensuelle», dans le plaisir que peut atteindre un corps d’homme et un corps de femme, parvenus à une maturité sexuelle : les deux peuvent connaître plusieurs formes de plaisirs masculins et des plaisirs féminins illimités.

2)   Ces plaisirs sont liés à des imaginaires spécifiques, chez le sujet à dominante « homme » et chez le sujet à dominante « femme ». Ces imaginaires sont cependant liés entre eux ( il y a un « rapport » des imaginaires sexuels) et ils partagent un fond commun «  anthropologique » qui est l’histoire millénaire de la domination des hommes sur les femmes.

Bon, d’accord, c’est un peu abstrait dit comme cela, je le reconnais, mais c’est développé sur mon blog.

 

OB: grâce à des échographies, j’ai pu démontrer en effet la réalité physiologique du point G  même si je préfère parler de zone G. L’échographie montre que pendant un rapport sexuel,  sous les pressions et mouvements répétés de la verge en érection le clitoris se trouve ascensionné (quel vilain mot, remarque de CL) et comprimé contre la paroi antérieure du vagin d’ou la sensibilité particulière de cette zone. Lors de ces va-et-vient, le clitoris - aussi bien dans sa partie externe que l’on connait bien  que dans sa partie interne méconnue et que l’on pourrait comparer aux racines d’une dent- augmente de  volume  car son tissu se gorge de sang. On peut alors observer une érection du clitoris externe ainsi que l’apparition d’une petite tumescence dans le vagin. Les nombreuses femmes  qui attestent d’un plaisir plus intense dans cette zone précise vont peut être enfin cessé d’être dénigrées et moquées.

 

CL :  Ah la là, docteur ! Vous tombez hélas dans un des pires lieux communs  réactionnaires à l’égard du plaisir féminin, adossé comme il se doit à une pseudo « science » ( comme si l’échographie était une science…) : démontrer avec force observations physiologiques, qu’il n’y a qu’UN  seul organe sexuel féminin, un grand clitoris, qui s’étend grâce à ses racines jusqu’à cette partie appelée point G de la paroi vaginale,  point – ou zone - située à l’antérieur de cette paroi. Puisqu’il n’y a qu’UN seul organe à jouir, le clitoris  « prolongé », il n’y a donc de jouissance que clitoridienne.  Certes, la partie antérieure du vagin communique avec le clitoris, certes, la contraction du périnée peut provoquer des orgasmes clitoridiens, mais il est évident à toute femme féminine qu’il existe d’autres ( et nombreuses) formes de  jouissance, toutes classables en une catégorie bien distincte des orgasmes clitoridienns : la jouissance proprement féminine, en onde irradiante continues de plaisir, en plateau,  en « chants de plaisirs », dont l’origine vient de la stimulation d’autres parties du vagin, de l’anneau anal et du rectum, et à travers eux de l’utérus.

 

Heureusement que notre autre interlocutrice, BL, précise  aussitôt :

 

BL : certaines femmes sont plutôt vaginale, d’autres plutôt clitoridiennes, d’autres plutôt anales d’autres encore les deux ou les trois à la fois, il existe des femmes qui ont un orgasme parce qu’elles font un rêve érotiques ou qu’on leur titille le globe de l’oreille.

 

CL : En effet, on peut atteindre la jouissance autrement que par le clitoris et un point G qui ne ferait en réalité que stimuler le clitoris ! On peut rajouter à vos exemples les femmes qui sont capables, après avoir été merveilleusement baisée par leur homme et l’avoir quitté, de déclencher des orgasmes ( internes, vaginaux ou anaux) rien qu’en pensant à ce qui viens de se passer, ou qui sont capables d’anticiper une rencontre très désirée en commençant à jouir ainsi…

Mais chère BL, vous n’affirmez pas assez vigoureusement, à mon sens, qu’il existe plusieurs formes de plaisirs, que chacune et chacun jouit donc différemment, car il connaît une composition particulière et évolutive DES plaisirs ! Et surtout, mais cela vous le dites, qu’aucune hiérarchie ne peut être faite entre les plaisirs. Il existe par exemple chez l’homme comme chez la femme, un plaisir « englobant » les autres formes de plaisirs, le plaisir que donne tout simplement l’acte de « prendre » et « d’être prise ». Ce simple  plaisir là, même sans aucune forme d’orgasme, peut être immense, indépassable !  Souvenez vous du premier baiser, souvenez vous de la première fois où vous avez posé votre main sur le sexe de l’autre, souvenez vous de la première fois où vous avez pénétré le corps de l’autre, de la première fois où vous vous êtes ouverte à l’autre (je précise pour les féministes que j’ai délibérément dit ouvertE : trouver du plaisir à être « ouverte », « prise », « comblée » par l’autre est en effet  le propre de la POSITION féminine, qui peut bien sûr être tenue par un CORPS d’homme : le corps de l’homme n’a après tout qu’une voie de pénétration de moins que celui de la femme, il lui en reste deux qui suffisent largement à pratiquer la position femme!!!!)

 

Par claude lizt - Publié dans : Commentaires de C.L.
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:08

 

 

Kin P'ing Mei, ou la merveilleuse histoire de Hsi Mei et de ses six femmes

 

chinoisEtant donné le succès sur ce blog de « Jeou P’ou T’ouan : la chair comme tapis de prière », voici pour les amateurs des extraits d’un autre grand classique de la littérature chinoise. Brève remarque « féministe » de Claude Lizt à la fin.

 

Ce texte est attribué à Hsu Wei (1520-1593).

L'action se passe sous Hsou Tsung (1100-1126), un ( des nombreux) âge d'or de la Chine.

Traduction publiée par le Club Français du Livre en 1949.

 

Extraits

Grâce à une entremetteuse, la mère Wang chez qui la scène se passe, Hsi Mei séduit  Lotus d'or, une très jolie dame mal mariée…

« Tous deux adhéraient l'un à l'autre comme la colle et la laque. »

Il resta muet un certain temps, comme égaré. Puis il poursuivit en s'écriant avec force :

- Quelle injustice!

- Que vous a-t-on fait? demanda-t-elle ingénument, mais avec un sourire amusé.

- C'est à vous que je pensais, pas à moi!

Et il entreprit un boniment subtil où il ne marchanda pas les « gracieuse dame » et les « honorée » et les « vénérée madame », Elle suivait ses discours en jouant avec sa jupe et en mâchonnant l'ourlet de sa manche; et, toujours mâchonnant, parfois l'interrompait par une remarque aguichante ou un clin d'œil mutin.

Soudain, il se débarrassa de sa tunique de soie verte, en prétextant la chaleur, puis il la pria de la poser sur le lit de la mère Wang.

- Pourquoi n'y allez-vous pas vous-même? dit-elle en lui tournant le dos, mais sans cesser de mâchonner sa manche.

- Bon, tant pis !

Il allongea le bras par-dessus la table pour lancer la tunique sur le lit, en ayant soin de frôler une des baguettes pour la balayer de la table. Et, ô Providence ! la baguette roula juste sous la jupe de Lotus d'Or. Hsi Men alors resservit à boire et à manger, et fit comme s'il découvrait qu'une baguette manquait.

- C'est cela? demanda-t-elle en riant et en indiquant la baguette qu'elle venait de couvrir de son petit pied.

- En effet, la voilà! fit-il, tout étonné. Mais au lieu de la ramasser, il pressa doucement la pantoufle coloriée de broderies.

Elle éclata de rire et dit :

- Qu'est-ce qui vous prend? Je vais appeler!

Il tomba à genoux. - Gracieuse dame, ayez pitié du pauvre homme que je suis, dit-il en soupirant tandis que sa main caressante remontait le long de sa cuisse. - Vilain polisson! cria-t-elle en se débattant. Et

elle ajouta en brandissant sa main aux doigts bien écartés: Je vais vous donner un coup de poing.

- Ah, gracieuse dame, vous me tueriez, que ce serait un délice !

Et sans lui donner le temps de répliquer, il la prit dans ses bras pour aller la déposer sur le lit de la mère Wang. Il lui ôta sa ceinture et la dévêtit. Et ainsi ils partagèrent les mêmes joies sur le même coussin.

Souvenez-vous, honorable lecteur, que c'était un faible vieillard, Tchang le vieux sac à sous, qui avait eu la primeur de Lotus d'Or. Alors, ce faible vieillard avec sa goutte au nez, sa terne sauce de farine de fèves  - quel plaisir vouliez-vous qu'il lui donnât? Ensuite de quoi elle avait épousé le Bonhomme Trois Pouces. Faites donc l'effort de vous imaginer la force qu'il pouvait avoir! Or, maintenant qu'elle trouvait en Hsi Men un homme rompu depuis longtemps au jeu de la lune et des vents, avec un outil haut et vigoureux, est-ce qu'il n'était pas fatal qu'elle en éprouvât de la satisfaction?

 

Poitrine contre poitrine, comme deux canards-mandarins

amoureux,

qui s'ébattent dans l'eau,

Tête contre tête, comme un couple tendre de phénix

Qui construit avec zèle son nid de brindilles,

Elle presse ses lèvres vermeilles sur la joue de l'amant;

Il tient entre ses mains vigoureuses la tête penchée dé l'amante,

Dont les jambes gainées de soie cherchent appui sur les épaules de l'ami

En dévoilant ainsi les deux arcs d'une faucille de nouvelle lune

Les agrafes d'or se défont sur sa tête

Et sa chevelure s'épand sur les coussins

Comme un nuage sombre.

Il profère des serments profonds comme la mer,

Puissants comme les montagnes 

Et ses caresses mille fois variées

Dispersent les dernières craintes

Comme le vent disperse les nuages.

Assaillie de tendresse impétueuse,

Elle pousse un cri de bonheur semblable au cri du bruant;

Sa bouche s'emplit de suave salive

Et, luxurieuse, elle darde sa langue sous le plaisir. Dans chaque artère, dans chaque veine

De son corps souple et élancé,

Elle sent rouler lourdement

 

Un sombre flot de volupté.

Mais le souffle de ses lèvres vermeilles

Halète et va s'affaiblissant.

Sur ses yeux descend la nuit,

Sa peau se mouille de perles fines,

Scintillantes.

Sa gorge lisse palpite

Comme les vagues de la mer.

Ah les voilà consommées

Toutes les délices de l'amour volé :

Deux amants ont parfait leur étreinte.

 

Le nuage avait crevé. Ils étaient tous deux en train d'arranger leurs vêtements lorsque la mère Wang fit soudain irruption dans la chambre.

- Eh bien, voilà du joli! Et elle ajouta pour Lotus d'Or qui se tenait bien penaude: - Je vous avais priée de venir faire de la couture, et non l'amour. Le mieux qui me reste à faire, c'est d'aller de ce pas raconter la chose à votre mari, car je ne veux pas qu'il l'apprenne par d'autres et m'en fasse des reproches.

Elle fit mine de s'en aller. Mais Lotus d'Or, les joues rouges de honte, la retint vivement par la jupe et l'implora doucement :

- Mère adoptive, soyez indulgente.

- Je veux bien, mais à une condition : dorénavant vous vous tiendrez à la disposition de Monsieur Hsi Men à toute heure. Tôt le matin ou tard le soir, il faudra que vous veniez dès que je vous appellerai. C'est la condition de mon silence. Autrement, je dirai tout à votre mari.

La honte retint Lotus d'Or de proférer un seul mot.

La vieille insista :

- Eh bien, qu'en dites-vous? Répondez-moi, je vous prie.

- Je suis d'accord, dit Lotus d'Or d'une voix à peine perceptible.

- Seigneur, dit la vieille à Hsi Men, vos désirs sont comblés aux dix dixièmes; c'est le moment de tenir vos promesses. Sans quoi...

- Soyez sans crainte, mère adoptive, je n'ai qu'une parole.

- iI reste encore un point à liquider, poursuivit la vieille. J'ai bien entendu vos déclarations réciproques, mais elles sont de peu de poids tangible. Je propose que vous vous offriez mutuellement un souvenir comme gage de votre sincérité. .

Hsi Men défit en un clin d'œil une agrafe en or qu'il fixa dans le chignon de Lotus d'Or. Elle l'en ôta prestement et la cacha dans sa manche, car elle craignait que son mari ne la découvrît et n'en conçût des soupçons. Elle eût volontiers refusé l'échange, mais elle ne put empêcher la mère Wang de lui tirer de la manche un petit mouchoir en fine mousseline de Hang Tchou et de le passer à Hsi Men. On but encore quelques gobelets de vin, puis Lotus d'Or se leva et rentra chez elle en se glissant par la petite porte.

- Eh bien, dit la mère Wang, ai-je bien réussi mon affaire ?

- A la perfection. Je vous en ai beaucoup d'obligation.

- Est-elle bonne au jeu d'amour?

- Ah, c'est la fille de la volupté en personne !

C'est inexprimable.

- Alors, n'oubliez pas que vous m'avez juré d'être reconnaissant.

- Sitôt rentré, je vous ferai porter votre récompense.

La vieille cita en riant:

 

L'œil déjà voit flotter les drapeaux du triomphe,

L'oreille entend de loin les sons de la victoire.

 

- J'espère, ajouta-t-elle, n'avoir pas besoin de sortir de la tombe pour venir vous demander de payer les honoraires des chanteurs à la cérémonie de mes funérailles.

Le lendemain, elle touchait ses dix pièces d'argent que Hsi Men lui porta en personne. On sait depuis longtemps que l'argent rend accommodant: les yeux de la mère Wang étincelèrent de joie dès qu'ils perçurent l'.éclat du précieux métal. Elle ne se borna pas à remercier Hsi Men avec volubilité, mais lui proposa même d'aller querir sur-le-champ sa belle voisine. Sans doute était-il encore trop tôt, le Bonhomme Trois Pouces était sûrement à la maison, mais elle essaierait au moins de prévenir la jeune femme, sous le prétexte de lui emprunter une calebasse. Et la voilà partie !

Lotus d'Or servait le déjeuner de son mari lorsque la petite Ying vint lui dire que la mère Wang avait frappé à la porte de la cuisine et qu'elle la priait de lui prêter sa louche. Lotus d'Or se dépêcha de descendre, tendit la louche à la vieille et l'invita à monter. La mère Wang s'excusa sur ce qu'elle n'avait personne pour garder sa maison. Elle lui pressa discrètement la main en même temps, pour signifier que Hsi Men était là. Lotus d'Or comprit. Elle engagea son mari à se hâter et attendit à peine qu'il fût parti avec son chargement pour sauter dans sa chambre. Elle mit ses plus beaux vêtements et se para de son mieux. Elle fit quelques recommandations à la petite Ying avant de sortir:

- Je vais un moment chez la mère Wang. Prends bien soin de la maison et viens tout de suite me prévenir si mon mari rentre. As-tu compris ce que je t'ordonne? Si tu ne m'écoutes pas, je te briserai les os, vaurienne !

Hsi Men crut voir une apparition céleste lorsqu'elle entra. Les deux amants furent bientôt tendrement installés joue contre joue et cuisse contre cuisse. - Dites-moi si monsieur votre mari a fait une observation hier, s'enquit la mère Wang qui servait du thé et du vin avant de s'en aller.

- Il m'a demandé, répondit Lotus d'Or, si nous avions terminé le vêtement mortuaire. J'ai dit que oui, mais que j'aurais encore à travailler aux bas et aux pantoufles que vous porterez à votre dernier voyage. 

De son côté, Hsi Men prenait tout son temps pour examiner sa maîtresse en détail. Il la trouvait plus séduisante encore et elle lui paraissait d'une beauté surhumaine, telle une Fée de la Lune.

Dans son ravissement, il la pressa contre lui. Le bas de sa jupe s'écarta sur de charmants petits pieds chaussés de mignonnes pantoufles de satin noir corbeau.

Hsi Men souleva la jupe un peu plus et il ressentit aussitôt un picotement dans sa chair qui annonçait l'éveil de ses sens. Ils burent amoureusement dans la même coupe.

- Que âge avez-vous, questionna Lotus d'Or

négligemment. .

- Trente-cinq ans. Mon anniversaire tombe le vingt-huit du septième mois.

- Et combien de femmes avez-vous?

- En plus de mon épouse, je n'ai que trois ou quatre concubines. Mais aucune ne me plaît parfaitement.

- Combien d'enfants?

-Une fille seulement, sur le point de se marier. Il tira de sa manche une petite boîte en argent, dorée à l'intérieur et emplie d'une fine pâte parfumée de thé et d'olives. Il en mit sur la pointe de sa langue, l'offrit aux lèvres de Lotus d'Or et ils se pressèrent l'un contre l'autre avec de grands soupirs et de profonds gémissements.

La vieille les laissa à leurs ébats amoureux.

Le couple éprouvait une agitation croissante. Soudain, dressé au centre de son corps, le membre de Hsi Men apparut. Formé depuis longtemps à l'école de toutes les maisons de joie, c'était un outil entraîné et éprouvé, long et fort, ferme et dur, bref: un honnête et excellent outil. Muette, Lotus d'Or y glissa sa main délicate. Alors, pendant qu'elle se débarrassait de ses vêtements, Hsi Men tâta son sexe d'une main tremblante. Presque sans poils, il était lisse, rond et tendre comme de la pâte à faire le pain qui fermente avant la cuisson; comme une délicieuse pâte de fruit aussi, qui déborderait légèrement le gâteau; un objet merveilleux enfin, tout offert aux convoitises d'un cœur d'homme.

 

Doux, mais ferme, ce calice!- une fleur de lotus fraîche et parfumée-

Souple et soyeux, que les mots ne sauraient dire.

S'il te veut du bien, il s'ouvre délicieusement,

Dardant une languette exquise;

S'il te veut du mal, il s'endort avec maussaderie,

Dûment serré entre les cuisses.

 

Où se loge-t-il sinon dans les plis d'une culotte?

Son petit jardin est planté d'herbe clairsemée.

S'il trouve un galant jeune, lascif et audacieux,

Il évite les palabres et s'attend à la lutte.

 

Pour reprendre les rênes de notre récit, nous dirons que, de ce jour, Lotus d'Or établit avec Hsi Men des relations quotidiennes et toujours clandestines chez la mère Wang. Tous deux adhéraient l'un à l'autre comme la colle et la laque….

 

 

 

 

P128

Lotus d’or est devenue la cinquième épouse de Hsi Men

 

Notre honorable lecteur se souviendra peut-être que ce neveu, Houa Tsé Hsou, appartenait à la bande des neuf amis qui s'étaient réunis avec Hsi Men au temple de l'Empereur de Jade pour former une ligue fraternelle. Hsi Men rencontrait quotidiennement Ying Po Koué, Hsié Hsi Ta, ou n'importe quel autre membre de la confrérie, pour organiser des orgies collectives dans quelque cabaret ou maison de joie. Comme, à l'exception de Hsi Men, les huit autres membres de l'association étaient tous de très pauvres diables, ils encourageaient de leur mieux le riche Houa à mener joyeuse vie et à dépenser sans compter son argent. Aussi arrivait-il fréquemment qu'il ne rentrait pas chez lui de trois ou cinq nuits.

 

Qu'il est beau de flâner au printemps Le long de la rue Purpurine,

De boire à la Tour Rouge

Au son des flûtes et des guitares.

Pourquoi donc être chagrin?

Profitons du jour qui s'enfuit !

Qui n'éprouve point de joie

Tant qu'il reste l'espoir,

Est un fou!

 

La fête dura jusqu'au soir au Pavillon des Nénuphars. Lorsque les invités se furent dispersés, Hsi Men se sentit attiré vers la chambre de sa favorite. Il était légèrement ivre et le vin avait éveillé en lui des velléités amoureuses.

Lotus d'Or prépara la couche et alluma les bougies d'encens. Ils s'entre-dévêtirent avant de se glisser sous les tentures de soie. Hsi Men ne se sentait pas de goût pour le jeu ordinaire des nuages et de la pluie; mais il savait que Lotus d'Or était experte au jeu de la flûte. Elle se mit donc à califourchon sur son corps, formant un cercle doré de ses mains délicatement jointes. La tenant d'une prise ferme, elle prit la flûte dans sa bouche et, d'un mouvement de haut en bas bien rythmé, la fit entrer, sortir et rentrer. Inondé de bien-être, Hsi Men subissait béatement la caresse de ces lèvres si douces et habiles, et plus le jeu durait et plus il en éprouvait de plaisir.

Il se reprit brusquement pour demander du thé et Prune de Printemps entra au premier son de son appel. Lotus d'Or gênée tira vivement le rideau du lit.

- Pourquoi te gênes-tu devant elle? demanda Hsi Men en souriant. Mme Houa n'éprouve pas le moindre sentiment de honte, si son mari fréquente l'aînée de ses femmes de chambre. Cette jeune personne, d'ailleurs, a très exactement l'âge de notre Prune de Printemps. L'autre,' plus jeune, tu l'as vue aujourd'hui: c'est elle qui portait les fleurs. Ce sont de belles petites, toutes les deux ! Quel bonhomme, ce Houa ! Qui aurait cru qu'il s'attaquait à des fillettes si jeunes?

- Ah coquin! dit Lotus d'Or en le regardant calmement. N'ayons pas de querelle. Tu désires Prune de Printemps, naturellement ! Eh bien, prends-là! Pourquoi ces détours? A quoi bon parler de la montagne, quand tu ne penses qu'au moulin qui est derrière? Ce n'est pas la peine de me donner d'autres femmes en exemple. Je n'exige rien, rien du tout. Demain, je céderai ma place à la petite.

.- Comme tu sais bien m'être agréable, mon enfant, dit Hsi Men, enchanté et attendri. Il est impossible de ne pas t'aimer.

La conversation s'acheva en pleine harmonie.

Lorsque le jeu de la flûte eut cessé, ils s'endormirent l'un près de l'autre, tête contre tête et cuisse contre cuisse.

 

P147

L’infidèle  est punie…

Découragée ( de ce que son mari la néglige), Lotus d'Or rentra dans son pavillon.

Le temps passait avec une lenteur insupportable, les heures Iui paraissaient des mois. Enfin elle prit une résolution. Absolument certaine qu'il ne rentrerait plus de ce jour, elle renvoya ses deux servantes et elle sortit dans le parc, comme pour une de ses promenades habituelles. Mais pour cette fois, elle avait un but : la maisonnette du jeune jardinier. A voix basse, elle commanda au garçon de la suivre au pavillon. Après l'avoir fait entrer, elle verrouilla soigneusement la porte, puis lui servit à boire jusqu'à ce qu'il fût ivre. Alors elle défit sa ceinture, quitta ses vêtements et se donna à lui.

 

Elle méprise les lois éternelles,

Car la nature nous enseigne

Qu'il faut séparer les grands d'avec les petits, .

Qu'il faut distinguer ce qui est noble de ce qui est vulgaIre.

Aveuglée par la chaleur de son sang,

Elle oublie de craindre la colère de l'époux.

Pour obéir à la frénésie de son désir,

Elle ne prête plus l'oreille qu'à sa voix.

Dans le parc des Cent Fleurs,

Règne aujourd'hui l'impulsion vulgaire.

La belle transforme en mauvais lieu

Le foyer que sa vertu devait garder.

Elle appelle son passe-temps l'amour

Et de l'ignoble sperme' d'un âne

Elle souffre que son corps de jade soit pollué.

 

De ce moment, Lotus d'Or reçut tous les soirs le Jeune Jardinier au pavillon, le congédiant chaque matin avant le Jour. En témoignage de faveur, elle lui fit

 

présent d'un cercle d'or, de trois fléchettes d'argent pour les cheveux et d'un sachet de parfum en soie. Elle croyait pouvoir compter sur la discrétion de son jeune amant et elle ignorait que le jeune garçon allait souvent boire et jouer aux dés avec ses camarades et qu'il se trahissait en bavardant. Le vent des racontars finit par souffler aux oreilles des deux ennemies, Sun Hsué  et Li Kiao, que Lotus d'Or ne prenait pas actuellement sa fidélité plus au sérieux que lors de son premier mariage. Elles allèrent naturellement trouver Mme Lune pour lui rapporter les bruits qui couraient sur le compte de l'odieuse Cinquième. Mme Lune refusa d'y ajouter foi.

- Bah ! fit-elle, c'est tout simplement parce que vous la détestez. Et elle les renvoya.

Le malheur voulut que Lotus d'Or oublia, quelques jours plus tard, de verrouiller sa porte, si bien qu'Aster d'Automne, que le hasard amenait à pénétrer fort tard dans la maison, la surprit en flagrant délit. Le lendemain elle l'apprenait à Petit Bijou, qui le transmit aussitôt à San Hsué, qui en fit part à Mme Li Kiao; puis les deux dernières allèrent trouver Mme Lune.

- Sa servante en est témoin, dirent-elles avec assurance. Si vous ne voulez pas en informer M. Hsi Men, c'est nous qui le ferons. Il vaudrait mieux laisser courir les scorpions en liberté, plutôt que de témoigner de l'indulgence à une pareille créature.

Mme Lune leur conseilla de se taire; afin de ne pas compromettre les fêtes d'anniversaire; ce fut en vain. Lorsque Hsi Men rentra, deux jours avant, soit le vingtième jour du septième mois, les deux femmes s'exécutèrent et lui firent part de la nouvelle.

Hsi Men se sentit envahi par un flot de bile. Les mille affaires que son absence avaient laissées pendantes cessèrent brusquement d'exister à ses yeux. Il hurla qu'on lui amenât le malfaiteur. Mme Lotus d'Or, à qui l'on avait annoncé l'orage qui était sur le point d'éclater, eut tout juste le temps de faire venir le jeune garçon au pavillon. Elle lui ordonna de se taire à tout prix et le dépouilla de tous les cadeaux qu'elle lui avait faits. Son émotion, toutefois, l'empêcha de penser au sachet de parfum.

Le coupable alla s'agenouiller devant son maître dans la grande salle sur le devant de la maison, et l'interrogatoire commença.

- Avoueras-tu, misérable? Kin Toung fit le muet.

- Arrachez les épingles de ses cheveux ! et montrez les-moi, cria Hsi Men aux quatre valets armés de gourdins qui entouraient le garçon.

On ne trouva pas d'épingles.

- Où as-tu caché les épingles et le cercle d'or?

- Je n'ai jamais possédé rien de pareil.

- Tu divagues? Otez-lui ses vêtements!

Des poings vigoureux le saisirent, le dépouillèrent de sa jaquette, de sa culotte - et soudain apparut, attaché à la ceinture du caleçon, un sachet de parfum en soie multicolore. Hsi Men le reconnut au premier coup d'œil.

- Eh bien, manant ! d'où tiens-tu cet objet?

Kin Toung consterné eut quelque peine à rassembler ses esprits. Puis il finit par inventer un mensonge : - Je l'ai trouvé en balayant le jardin.

- Ligotez-le! cria Hsi Men qui grinçait des dents de fureur. Donnez-lui ce qu'il mérite!

Les serviteurs lui obéirent et ils appliquèrent trente lourds coups de bambou sur le dos de Kin Toung. La peau éclata et se colora de sang. Après quoi, ordre fut donné au domestique Lai Pao de lui arracher deux touffes de cheveux des tempes. Finalement on le chassa de la maison.

Lotus d'Or eut l'impression qu'elle culbutait dans une cuve d'eau glacée lorsqu'elle entendit de loin les hurlements du supplicié. Mais Hsi Men arrivait chez elle. La peur lui ramollit les membres, le sang se figea dans ses veines, le souffle lui manqua; cependant elle fit un effort immense pour le débarrasser comme d'habitude de son surtout. Elle reçut une gifle brutale. On appela Tchoun Mei qui reçut l'ordre de fermer toutes les portes extérieures et de ne laisser entrer personne dans le pavillon. Le fouet à la main, Hsi Men s'assit dans le vestibule et il ordonna rudement à Lotus d'Or de se dévêtir et de s'agenouiller devant lui. Elle baissa la tête et obéit, sans un mot.

 

Brève remarque de Claude Lizt

Rappelons ici le commentaire de J.J. Pauvert sur un autre grand classique de la littérature chinoise, le « Jeou P’ou T’ouan (La Chair comme Tapis de Prière)» :

« Rien n'est moins occidental, rien n'est moins chrétien que cette littérature hors du péché, déliée de toute pudibonderie, candide dans sa crudité. La recherche de la volupté, minutieusement détaillée, ne s'y accompagne d'aucune perversion morbide. Le tendre souci du plaisir de l'autre y est toujours présent ».

On voit cependant que, malgré la liberté de mœurs et l’absence de sens du pêché, il valait tout de même mieux être un homme qu’une femme dans la Chine du 12ème siècle… et encore aujourd’hui. Or selon nous, une femme ne peut jouir  de la totalité des plaisirs, et en particulier des plaisirs féminins, que si elle est libre dans la société. Ce qui n’était, à l’extrême rigueur, le cas que des riches veuves dans la Chine ancienne. Il faut donc en conclure que les femmes ne jouissaient qu’à minimum, donc d’orgasmes clitoridiens uniquement. Il est d’ailleurs symptomatique que cette littérature nous en dit assez peu sur le plaisir lui même et quasi rien du plaisir féminin…

Par claude lizt - Publié dans : Citations Litterature
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:07

Qui a écrit Esmeralda ? Nin ou Miller ?

 

Ce texte, « Esmeralda », publié en anglais à New York, a depuis été attribué à Anaïs Nin. Mais certains commentateurs, dont son éditeur en français, pensent qu’il pourrait  bien être de Henri Miller, qui écrivit à l’époque, comme Nin et d’autres de leurs ami(e)s, des textes érotiques rémunérés pour amateurs éclairés…

 

Qu’en pensez Vous ? Qui a écrit ce texte ? Quel imaginaire des plaisirs reflète-il ? Celui d’un homme ou  celui d’une femme ?

L’hypothèse de Claude Lizt  est en fin de texte….

 

Esmeralda

 

La femme posa la lampe sur une vieille table, descendit l'escalier et referma la trappe derrière elle. Tandis que s'éloignait le craquement des marches de l'escalier sordide, Phoebus se hâta d'aller pousser le verrou. Percevant le bruit, la vieille rit toute seule et dit: «Maître Phoebus va lui apprendre plus d'une leçon, d'ici l'aube.»

À présent, l'officier se retrouvait seul avec le joli butin qu'il avait convaincu de venir avec lui dans cette soupente isolée. Bien que vierge, elle connaissait l'objet de son désir. Et maintenant, seule avec le séduisant soldat, et malgré son amour pour lui, elle rougissait, tremblante, confuse, tandis qu'il revenait, ayant verrouillé la porte, et s'asseyait à ses côtés sur un immense coffre ancien. Jouxtant le coffre, se trouvait un vieux lit avachi.

Pendant quelques instants, il tînt sa main délicate, sans un mot. Elle avait le sang aux joues; ses longs cils baissés voilaient ses yeux. L'officier, vers qui elle osait à peine jeter un regard, arborait un visage radieux. La chaleur de la luxure commençait déjà de brouiller son regard. «Oh, maître Phoebus, fit-elle enfin d'une voix tremblante, ne me méprisez pas. Je sais bien que je me conduis très mal.

- Vous mépriser, ma chère enfant, mais pourquoi?

- Pour vous avoir accompagné jusqu'ici.

- Sur ce point, ma beauté, nous ne sommes pas d'accord. Je ne devrais pas vous mépriser, mais vous haïr.

- Me haïr!, s'exclama-t-elle, stupéfaite, éperdue.

Mais qu'ai-je fait?

- Il m'a fallu tant insister, répondit-il.

- Hélas, dit-elle, c'est que je brise un vœu sacré. Mais quelle importance cela a-t-il? Pourquoi devrais-je demander aide à mon père et à ma mère, à présent? »

Ce disant, elle leva vers le capitaine ses grands yeux sombres, le fixant; elle demeura un moment silencieuse, puis une larme tomba de ses yeux, un soupir s'échappa de ses lèvres, et elle conclut: «Je vous aime. »

De la jeune fille, émanait un tel parfum de chasteté, un charme si vertueux que, jusqu'alors, Phoebus ne s'était pas senti totalement à son aise. Mais ces mots le galvanisèrent.

«Vous m'aimez», répéta-t-il d'une voix extasiée, et avec élan, il lui entoura la taille de ses bras. Il n'avait attendu qu'une telle occasion.

«Phoebus », dit-elle, écartant doucement ses mains de sa ceinture, «j'aime votre nom; j'aime votre épée. Tirez votre épée, Phoebus, que je puisse l'admirer. »

Avec un sourire, il dégaina sa rapière. Elle en examina le manche, la lame, déchiffra les lettres gravées sur la garde avec une adorable curiosité, et embrassa

l'épée en déclarant: «Vous êtes l'arme d'un homme brave. J'aime mon capitaine.»

Phoebus profita de la situation pour poser sur sa ravissante nuque penchée un baiser qui la fit sursauter, et rougir comme une cerise.

«Phoebus », reprit-elle bientôt, «marchez un peu, que je puisse bien vous voir, et entendre tinter vos éperons. Comme vous êtes beau! »

Il se leva, se pliant à sa demande, et fit quelques pas, sans quitter des yeux le visage et la silhouette de la magnifique créature; puis il revint s'asseoir à ses côtés. Un désir passionné commençait de se lever en lui.

«Qu'il fait chaud, on étouffe dans ce vieux grenier », dit-il. «Vous êtes plus légèrement vêtue que moi, et je suffoque, sans m'en rendre compte. Cette nuit de mai ressemble à un début d'été.»

Sur quoi, sans que la jeune fille fit la moindre remarque, il se redressa et ôta le lourd collier, la ceinture, l'épée, et autres parures et vêtements que la coutume de l'époque imposait à un officier, ainsi que ses lourdes bottes aux éperons tintinnabulants, ne gardant que son pantalon à mi-jambes et ses bas, tandis que son torse n'était plus voilé que par une fine chemise. Le voyant faire, Esmeralda sursauta malgré elle, avant de retomber dans sa rêverie. Puis il revint s'asseoir à côté d'elle, tout proche cette fois. La chaleur du corps de la jeune fille ne tarda pas à traverser la finesse de sa chemise, l'enivrant plus encore.

Des mots d'amour lui venaient aux lèvres, que la jeune fille écouta avec un ravissement croissant. Perdue dans ses pensées, elle demeura quelques instants rêveuse, bercée par le son de sa voix. Un bras passé autour de sa taille, et sans qu'elle l'eût écarté cette fois, il la serra contre lui, lui répétant à quel point il l'aimait.

«Oh, tu vas être tellement heureuse, ce soir, tellement heureuse!» murmura-t-il enfin, tout en défaisant doucement le nœud de sa ceinture. Elle tressaillit à ce geste déplacé, brusquement arrachée à sa rêverie, puis redevînt pensive et silencieuse. Enhardi par sa douceur, il pressa tendrement son bras autour de sa taille, puis ôta silencieusement sa ceinture. Elle demeurait perdue dans ses pensées et, le regard brûlant, la main tremblante, il commença de dégrafer son corsage. Il était à peine à mi-chemin de cette tâche délicieuse quand le léger vêtement se détacha du châle qui le maintenait. L'amoureux, aux anges, et prompt à saisir l'occasion, écarta la jeune fille du mur contre lequel elle s'appuyait, tira l'épingle qui réunissait les plis du foulard, et l'ôta d'un seul geste. Les épaules adorables, roses et lisses, rayonnaient à présent au-dessus du corsage dégrafé. Elle tressaillit de nouveau, tel un faon effrayé, en voyant le regard avide de l'homme se repaissant de sa relative nudité, mais presque aussitôt reprit sa rêverie et le laissa faire ce que bon lui semblait.

Le capitaine s'employa aussitôt à défaire les derniers lacets du corsage, avec des doigts agiles; ce fut bientôt chose faite; il était à présent entièrement ouvert et, au travers de la gaze vaporeuse de la chemise, il voyait se dessiner les adorables reliefs de son buste magnifique. Avec une exclamation de joie, il fit glisser le

corsage, une manche après l'autre, et le jeta au loin d'un geste fou, sans quitter des yeux son amante voluptueuse, dont les bras blancs paraissaient dignes de Vénus elle-même.

Le souffle court, il tourna son attention vers les jupes, qu'il dégrafa avec empressement. Puis il s'agenouilla devant elle, lui ôta ses chaussons. Et, sans hésiter à présent, il remonta sous ses jupes, jusqu'à ses genoux, pour défaire ses bas qu'il lui ôta. Elle sursauta malgré elle, quand ses mains rencontrèrent sa chair, mais se fit de nouveau passive, bien que le sang affluât de plus belle à ses joues.

Alors il lui murmura de rester calme et, se redressant brusquement, il arracha ses propres vêtements, avec une impatience folle. En l'espace d'une seconde, il était totalement nu, et se révélait blanc et robuste comme Apollon lui-même, magnifique exemple d'énergie virile.

Il demeura debout devant elle, sûr de lui et, tendant les mains vers elle, s'écria: «Esmeralda, sois à moi !» Le son de sa voix tira la jeune file de sa rêverie; elle ouvrit de grands yeux, vit le témoignage hideux, gonflé de sang de son désir et, l'espace d'un instant, hésita, détournant la tête, dernière résistance de la pudeur virginale confrontée pour la première fois au désir de l'homme (réaction fréquente en cet instant). Puis il parla, d'une voix tout à la fois tendre et passionnée; et la nature balaya cette hésitation d'un instant; le désir inné de la chair s'affirma en elle; elle le fixa un instant droit dans les yeux, les larmes au bord des paupières; il avait toujours les mains tendues vers elle; alors, elle se leva pour les saisir avec avidité. Dans ce mouvement, ses jupes dégrafées tombèrent au sol, et la gaze de sa chemise, qui s'arrêtait à ses genoux, fut le dernier rempart de sa beauté tremblante. Il lui prit les mains, et elle fit un pas pour se dégager de ces vêtements perfides. Un bref instant, il but du regard le doux visage, y vit le miroir de sa propre passion flamboyante; alors, les mains tremblant d'excitation, il dégrafa l'ultime vêtement qui s'ouvrit, dénudant le cou de la jeune fille; il s'arrêta encore une seconde, avant de dévoiler enfin ses charmes adorables, puis dégagea les bretelles de ses épaules; le vêtement, aussi doux que de la soie, glissa au sol comme un voile.

Tout son corps frémissait, tandis qu'il contemplait la chair nue de la jeune fille. Elle possédait les mains et les pieds les plus délicats qui soient; ses bras, ses jambes, étaient exquise ment fuselés; la fraîcheur rosée de sa peau était édénique. En outre, elle arborait des seins pleins, plus voluptueux que classiques ; des hanches d'une lourdeur presque orientale, et il émanait de son maintien une souplesse, une vigueur qui confirmèrent, à l'œil exercé de Phoebus, que c'était là le trophée le plus somptueux qu'il eût jamais pris entre ses bras.

Non sans effort, il se retînt de saisir la jeune femme qui demeurait là, les yeux mi-clos, mais posa les mains sur ces épaules lisses, frémissant au simple contact de sa peau blanche, et s'écria d'une voix brisée par la passion: «Esmeralda, dis-moi encore que tu m'aimes !»

Et elle, le souffle court, répondit du même ton:

«Oh, venez, faites de moi ce que vous voudrez; je suis à vous. Prenez-moi, prenez-moi toute. Qu'est ma mère pour moi, à présent? C'est vous qui êtes ma mère, car je vous aime, Phoebus, mon capitaine adoré; c'est moi, regardez-moi, c'est bien moi, cette petite fille qui vient vers vous. Mon âme, ma vie, mon corps vous appartiennent. Je suis tout à vous, mon capitaine. Je serai votre maîtresse, votre plaisir, quand vous le voudrez; à vous, toujours à vous. Prenez-moi, Phoebus, tout vous appartient. »

Tout en disant cela, la voix étranglée par la passion, elle accrochait ses deux bras tendres au cou de l'officier, le fixant d'un regard implorant, ses yeux magnifiques noyés de larmes, avec sur les lèvres un sourire inexprimable. Le capitaine, enivré, posa ses lèvres sur les superbes épaules, tout en prenant soin de ne pas laisser son corps toucher le sien. La jeune fille, la tête rejetée en arrière, les yeux au plafond, tremblait sous les caresses ardentes. Enfin, il unit ses lèvres brûlantes aux siennes, et chacun but à la bouche de l'autre une longue gorgée d'amour. Les paupières moites à présent, ils s'embrassèrent sans fin, profondément, jusqu'à ce qu'enfin, resserrant un peu son étreinte, il presse pour la première fois contre son torse les seins adorables, tout en évitant que leurs hanches ne se rencontrent, et même que son pieu palpitant de désir approche de la silhouette blanche comme neige. Mais pour elle, cette pression contre ses seins voluptueux était une délicieuse introduction à la belle histoire qu'elle allait lire cette nuit, le véritable début de ce ravissement de la chair, le premier pas vers cette union divine de la force et de la beauté qui s'achève dans un baiser suprême, indicible; ce couronnement vertigineux de Vénus dans toute sa gloire.

Et comme ses seins joignaient leurs frissons de plaisir à la sensation divine dont elle s'abreuvait à ses lèvres, ces jouissances inconnues furent trop pour la jeune fille, qui se laissa aller contre son amant. Il comprit et la guida vers le vieux divan, dont la literie fatiguée serait le lit nuptial d'Esmeralda, si belle qu'elle conférerait au meuble défraîchi le charme de la couche du roi lui-même.

Elle s'y étendit et se glissa vers le mur, sachant qu'il ne tarderait pas à la rejoindre. Il demeura un instant debout, à demi détourné, caressant son membre d'acier, brûlant de posséder le trésor de l'adorable vierge. Puis il s'approcha du lit et baissa les yeux vers elle. Les lèvres sèches, les narines dilatées, les yeux noyés, il caressa du regard les petits seins bien ronds, les cuisses et les hanches opulentes et, au milieu de toute cette fastueuse blancheur, le nid mousseux de poils noirs entourant le lieu où bientôt leur désir mutuel trouverait son assouvissement.

La langueur de la jeune fille faisait place à l'ardeur.

Elle ouvrit les yeux et se tourna légèrement vers lui, remarquant ses yeux brillants de désir posés sur son temple sacré; l'espace d'un dernier instant, comme elle contemplait la verge qui allait ravir sa virginité, un vague sentiment d'angoisse s'empara d'elle, puis le désir reprit le dessus, et elle fut de nouveau prête, non, impatiente à présent de savoir quelles sensations pouvait susciter cet instrument de torture cramoisi et, souriant, elle tendit vers lui ses bras rayonnants.

Immédiatement, il s'allongea à ses côtés, glissa un bras sous sa nuque et ses épaules, enlaça de l'autre son corps brûlant, et l'attira tout contre lui. Elle, également, l'entoura de ses jolis bras, pressant son corps souple contre le sien, sur quoi tous deux, grisés au-delà du dicible par ce divin contact des chairs, demeurèrent longtemps ainsi, étendus, silencieux, immobiles, dans une pose d'amour statufié, exceptés le soulèvement régulier des deux poitrines pressées l'une contre l'autre et la palpitation de son dard raidi entre son ventre et la chair blanche de la jeune fille.

Enfin, après ce qui leur parut des siècles de plaisir, la jeune fille n'ayant cessé de goûter davantage les délices de cette étreinte, il se laissa glisser un peu, passa une jambe au-dessus des siennes, et nicha doucement le gland de sa verge dans ce petit nid mousseux, juste au dessus de ce centre des délices où ils allaient bientôt consacrer leur amour suprême. C'était trop, elle perdit pied; à cette approche si intime du membre viril, elle laissa échapper un cri et pressa ses lèvres brûlantes contre les siennes. Elle écrasa son corps contre le membre d'acier. Et lui, pour la taquiner, recula légèrement, mais elle se colla à lui de plus belle, ne voulant perdre aucune parcelle de ce contact. Ils jouèrent ainsi plusieurs fois; les cuisses velues et musculeuses de l'homme enlaçaient celles, blanches et lisses de la jeune fille et, quand il se retirait, c'était elle qui l'enlaçait à son

 

tour. Mais tous deux prenaient soin de ne pas trop s'éloigner pour ne pas ôter trop longtemps l'éperon brûlant du nid mousseux où son gland revenait se nicher, à quelques centimètres à peine des lèvres d'amour au-delà desquelles s'ouvrait le paradis et juste au-dessous de ce tapis de mousse, de son clitoris divinement sensible, déjà érigé, palpitant d'une impatience folle, ressentant déjà au travers de la peau, les vibrations magnétiques du membre d'acier. À présent, la jeune fille soupirait et gémissait de plaisir, et Phoebus était infiniment séduit par son indescriptible beauté, et la vitesse à laquelle elle s'acheminait vers le début de l'acte proprement dit, tout proche maintenant.

Car la chaleur de ses hanches couvertes d'une pellicule de sueur, l'odeur de sexe que commençait d'exhaler tout son corps, la pression régulière de ses seins généreux contre lui, les larmes qui emplissaient ses yeux et, de temps à autre, roulaient sur ses joues, lui disaient que le temps était venu de prendre totalement possession de cette beauté.

Doucement, il la tourna sur le dos, la tenant toujours serrée contre lui, mais en allégeant la poussée contre son bouton d'amour tandis qu'il s'allongeait sur elle et en reculant un peu son membre, de sorte que quand il eut recouvert de tout son corps le corps délicieux, celui-ci se trouva suspendu, raidi entre les cuisses neigeuses et opulentes de la jeune fille. Ils restèrent un moment ainsi, jusqu'à ce qu'elle s'accoutume au poids d'un corps d'homme sur elle et constate que ce poids même, sur les seins d'une jeune fille peu habituée à être ainsi traitée, est générateur d'une agréable sensation.

Puis, quand il pensa qu'elle était prête pour la leçon capitale, il se souleva doucement et, de sa main droite, chercha le point secret et écarta délicatement les poils qui pouvaient dissimuler l'accès au temple sacré. Alors, il approcha de l'entrée son membre gonflé de désir. De sa main droite, il l'abaissa légèrement, de manière à le positionner juste en face, et avança encore un peu. À présent, il touchait les lèvres humides. Encore un peu, encore un peu; la jeune fille laissa échapper un cri étouffé, tandis que le gland pénétrait à l'intérieur.

Il lui fallait dépenser des trésors d'habileté pour ne pas s'abandonner maintenant; elle avait failli avoir raison de lui, avec ce magnétisme incroyable qu'elle dégageait; il demeura donc un instant immobile; il avait à présent passé ses deux mains sous les épaules de la fille. Ils restaient totalement immobiles, et il put sentir distinctement, sous lui, le battement effréné de son cœur. Ils ne bougèrent pas jusqu'à ce qu'il ait totalement retrouvé le contrôle de lui-même, car il savait ce qu'elle, dans son innocence, ne pouvait qu'ignorer: cette dure épreuve qui les attendait, afin que leur passion puisse s'assouvir. Elle devrait faire le sacrifice de la douleur avant de pouvoir récolter les fruits du plaisir.

Et donc, plus calmement, il commença doucement d'enfoncer son membre dans l'étui virginal. Elle, dépassée par ses propres sensations, gémissait et haletait à chaque nouveau mouvement. Le membre d'acier distendant son sexe lui procurait une sensation de pur plaisir, jusqu'à ce que - il était à demi entré - elle recule brusquement, malgré elle. Il avait atteint son hymen. Et, pour la première fois, il dût la rassurer, en lui disant qu'il lui faudrait avoir un peu mal avant que leur plaisir pût être consommé, mais cette fois seulement, et qu'après cela, elle ne connaîtrait plus que le bonheur de l'acte. Avec des mots, il la tranquillisa autant qu'il le pouvait puis, la saisissant fermement par ses tendres épaules, il donna le premier assaut, assez violent. La barrière résista; la jeune fille laissa échapper un cri de douleur. Il savait qu'il était désormais inutile de parler, car il fallait en passer par là, douleur ou pas, pour qu'ils puissent parachever leur union divine. De nouveau, il se retira légèrement, puis revînt à la charge. La membrane résistait toujours, et la malheureuse Esmeralda poussa un grand cri. Nouveau recul, nouvel assaut, nouvel échec, mais à présent, la pauvre créature était épouvantée. «Oh, Phoebus, épargnez-moi », gémit-elle, «épargnez-moi. Oh, je ferai tout, tout pour vous, mais laissez-moi. Je vous en prie, laissez-moi, oh, oh, oh ... » Il ne pouvait pas la laisser, car ceci devait forcément être fait un jour et, s'il abandonnait à présent, elle demeurerait trop effrayée pour subir ce calvaire une autre fois. Il attendit donc un instant, et tenta de la convaincre, de la consoler du mieux qu'il le pût, d'apaiser ses craintes, sans y parvenir tout à fait.

Mais lorsqu’elle se fût quelque peu calmée, il se prépara, sans un mot, à une autre tentative; de nouveau, ses mains brûlantes la saisirent aux épaules, il appuya ses pieds nus contre le coffre, recula les reins de quelques centimètres, et chargea derechef. Et une fois de plus, sans autre résultat qu'un cri de douleur de la jeune fille pantelante; derrière ses bras blancs serrés autour du cou de l'homme, elle maudissait son sort à présent. Mais lui, toujours silencieux, se retirait de nouveau; cinquième tentative, et encore des cris et des sanglots. Combien il avait pitié de ce pauvre agneau qu'il était contraint de sacrifier ainsi ! Les larmes affluèrent à ses yeux comme, levant la tête, il contemplait le cher visage aux traits tirés par la douleur, les yeux adorables brouillés de larmes, et il nicha sa tête au creux de son cou, mêlant ses larmes à celles de la jeune fille. Mais la nature s'éveillait de nouveau. Il recula son membre toujours humilié; s'immobilisa à environ un centimètre; donna une nouvelle poussée; hélas, malheureuse, malheureuse enfant, seuls tes cris désolés répondirent à l'assaut. «Oh, Phoebus, mon chéri. Je ne peux pas. Je ne peux pas supporter ça, je ne peux pas. Je vous en prie, je vous en supplie, laissez-moi. Oh, Phoebus, par pitié; aidez-moi; je vous en supplie! Par pitié! PAR PITIÉ!!!»

Mais il ne répondit pas; il se disait qu'il fallait mettre fin à la torture de cette pauvre fille, à tout prix; il ne supportait plus ces cris pitoyables; il n'y avait qu'une manière, la seule bonne manière, aussi cruelle fût-elle. Ilia saisit sous les épaules, plus fermement que jamais, recula d'environ deux centimètres de la barrière, ses jambes musclées prirent solidement appui contre le coffre, et la jeune fille redoubla de sanglots; mais sa résolution était inflexible; et son pieu également était inflexible, car cette fois, donnant un furieux coup de reins, il déchira la membrane et s'enfonça au-delà de trois bons centimètres, tandis que la malheureuse criait de plus belle. Un étranger, entendant ces hurlements, aurait cru que la pauvre recevait une terrible correction, alors même qu'on la préparait au plus grand bonheur qui puisse lui advenir. Sa douleur, cependant, était parfaitement réelle et, longtemps après avoir vu tomber ses dernières résistances au viol, elle demeura là, sanglotante, son corps adorable tout secoué, encore sous le choc.

Mais tout a une fin, et elle finit par s'apaiser. Ilia rasséréna du mieux qu'il pût, et peu à peu le désir recommença de s'infiltrer dans ses veines. Il remua lentement dans le fourreau si étroit, et le baume calmant dont il avait pris soin d'enduire son engin avant de la posséder ayant produit son effet, ce mouvement ne lui procura que du plaisir. Dès l'instant où elle s'en rendit compte, son ardeur se réveilla rapidement, et il se sentit bientôt encouragé à continuer vers le but ultime. Comme il pénétrait plus profondément le temple d'amour, la pression se fit plus forte sur le mont de Vénus; l'organe exquisément sensible qui se dissimulait au-dessous du nid mousseux se voyait compressé par force, et chaque nouvelle pression ajoutait au plaisir de la jeune fille.

À présent, tous deux étaient impatients d'atteindre l'orgasme. La chaleur toujours plus dense qui émanait du corps de cette beauté provisoirement domptée suscitait en Phoebus un désir irrésistible de mettre à l'épreuve du plaisir le corps immaculé qu'il enlaçait, et d'offrir à l'adorable vierge le premier torrent brûlant de passion qui jaillit des reins d'un homme; quant à Esmeralda, maintenant que la douleur avait fui, elle se révélait non seulement physiquement impatiente, mais également curieuse, mentalement, de voir comment cet instrument allait définitivement mettre fin à son état de vierge.

Il l’a saisit de nouveau sous les épaules, fermement, mais cette fois, c'était pour lui donner le plaisir le plus divin qui fût; elle le savait, et l'enlaça de toute la force de ses jolis bras, un passé autour de son cou, l'autre juste au-dessous des épaules. Un observateur aurait remarqué l'expression extatique de la jeune fille, tandis que l'homme raidissait ses bras, les jambes appuyées contre le vieux coffre, et enfonçait son pieu d'acier d'un centimètre ou deux dans le fourreau de sa virginité. Alors, pour la première fois, ces lèvres intactes qui gardaient l'entrée du sanctuaire connurent ce suprême baiser d'un homme; et ce baiser la fit frissonner des pieds à la tête; elle poussa un cri de bonheur. L'espace d'un instant, inquiet devant un résultat si rapide, il se retira légèrement; puis, quand tous deux eurent récupéré de ce premier choc, il plaça de nouveau son gland à l'entrée du sanctuaire. Et à présent, au contact de ces deux parties de leur corps, un tremblement délicieux commençait de les unir, par vagues. Montant de ses lèvres vierges pressées par le gland brûlant, elle sentait ce tremblement exquis de la jouissance fulgurer dans sa colonne vertébrale, jusqu'à son cerveau, tandis que les images les plus magnifiques passaient devant ses yeux; puis, elle sentait distinctement le frisson redescendre jusqu'à son temple d'amour et pénétrer, telle une vibration électrique, l'éperon brûlant, et à son tour, l'homme tremblait légèrement, tandis que le plaisir montait à son cerveau et que la même volupté l'envahissait. Sans cesse, elle passait ainsi de l'un à l'autre, à chaque retour plus intense, plus délicieuse. Elle l'enserra plus fermement de ses bras, pressant ses jolies jambes contre lui; son plaisir montait encore; elle s'accrochait à lui, plus fort; son souffle brûlant se précipitait. Lui faisait appel à toutes les ressources de sa volonté pour ne pas laisser jaillir le torrent de sa passion en elle, qui haletait, vibrait, s'agrippait éperdument à lui. Et soudain, comme il s'y attendait, les membres de la jeune fille se détendirent, sa rigidité disparut soudain, et elle demeura immobile et sans réaction. Il leva la tête; elle avait les yeux mi-clos; ses joues étaient cramoisies; elle versait pour la première fois les larmes de sa fontaine d'amour; l'huile virginale, qui ne coule jamais deux fois, s'échappait de sa coupe pour venir oindre l'instrument vainqueur de l'heureux Phoebus. Il en sentit rapidement les effets sur son gland; il avait peine à se contenir; il haletait; ses hanches commencèrent de se contracter malgré lui, tant ses muscles étaient impatients d'éperonner cette beauté. Son gland était à présent baigné de ce baume qui incessamment fulgurait en frissons brûlants dans tous ses nerfs. Il n'allait pas tenir bien longtemps, mais la jeune fille reprenait rapidement des forces; il leva de nouveau la tête vers elle; elle ouvrit de grands yeux brillants de larmes, mais c'étaient cette fois des larmes

d'ivresse et de bonheur anticipé. Elle l'enlaça encore de ses bras somptueux; pressa derechef ses jambes d'ivoire contre les siennes. Ayant payé son tribut à la virginité, elle était maintenant impatiente d'en finir avec celle-ci.

Avec un cri éperdu, il raidit les bras, appuya ses pieds contre le coffre; pressa son instrument conquérant contre sa victime trois fois consentante.

Indescriptible vision que celle de ces deux corps blancs unis dans cette étreinte divine.

Chaque muscle, chaque nerf tendu à se rompre, ils se fondirent l'un dans l'autre.

Il y eut un dernier instant de silence, d'immobilité, d'exaltation suspendue.

Puis un spasme puissant saisit tout le membre

vigoureux, au creux de ses lèvres virginales.

Elle comprit que l'orgasme était tout proche. Ils haletèrent, une fois, le souffle court.

Un deuxième spasme, plus intense encore que le précédent; la semence était prête de jaillir.

Elle allait connaître le secret de la vie.

Car, dans une troisième, sublime convulsion, le premier flot de cette sève de la passion ruissela dans le temple d'amour.

Sa pureté s'était enfuie à jamais. Mais la gloire divine du paradis lui-même était à présent sienne.

Elle poussa un grand cri en sentant cette première vague destructrice et revivifiante de la passion; le cri le plus merveilleux qu'un homme pût entendre, celui d'une vierge déflorée, et heureuse.

Lui aussi avait crié; c'était un son étrange aux oreilles de la jeune femme; une fille ne l'entend qu'une seule fois; c'est le cri du ravissement devant le bonheur délicieux d'une vierge impatiente de connaître tout ce que la vie lui réserve.

Un deuxième spasme fit jaillir le liquide chaud dans le temple à présent défloré, et elle poussa un nouveau cri d'extase mais, cette fois, c'était celui de la connaissance aboutie et du désir consommé.

Puis, comme l'homme continuait de déverser en elle sa semence brûlante, elle commença de se débattre de plaisir sous ses assauts lubriques. Elle se mit à crier, encore et encore:

«Oh, Phoebus, laisse-moi, je t'en prie. Laisse-moi.

Laisse-moi. Tu me tues, Phoebus. Oh, Phoebus, je t'aime, je t'aime, je t'aime tant. Oh, Phoebus, par pitié laisse moi. Par pitié. »

L'amant avait déjà entendu de telles paroles, mais certainement jamais d'une bouche aussi ravissante. Il arqua légèrement le dos et commença d'aller et venir en elle. Ce mouvement rendit folle la jeune fille déjà aux abois. Elle poussa un cri de passion éperdue sous cette torture. Il continua à la fourrer, de plus en plus fermement; et de nouveau, elle gémit, et ce fut comme une douce musique à son oreille:

«Oh, Phoebus, mon amour, laisse-moi. Je t'en prie!

Je t'en prie! Oh, mon amour, mon Phoebus, que fais-tu, que me fais-tu? Ne me tue pas! Ne me tue pas! Oh non ... non ... par pitié, PAR PITIÉ ... NON!!!»

Elle défaillit, comme il cessait ses assauts. La souillure était consommée.

Ils reprirent lentement conscience, tandis que l'ardeur brûlante de leur passion tiédissait peu à peu. Mais la jeune épousée au regard de l'amour demeura un moment serrée dans les bras de celui qui avait dérobé sa chasteté; puis, après avoir échangé de nombreux murmures amoureux, elle soupirant encore de bonheur, il dégagea doucement ses bras ravissants, et se retira avec précaution.

Elle gisait là, la poitrine toujours soulevée par le souffle puissant de l'émotion. Les deux globes si ronds, si pleins lorsque la chemise de gaze les avait dévoilés en glissant, étaient à présent comme écrasés par la violence de l'assaut. Elle gardait les yeux fixes, grand ouverts; sa chevelure défaite s'étalait sur ses épaules; ses bras blancs, si tendres, demeuraient sagement allongés contre ses flancs. En un court moment, juste le temps nécessaire à le raconter, elle s'était vue transformée. Mais ses pensées, quand la pensée lui revînt, ne furent nullement empreintes de regret. Le monde s'était révélé à elle dans une nouvelle lumière et, quoique physiquement épuisée en cet instant, elle se sentait suprêmement heureuse. La vierge timide, tremblante, qui était entrée dans cette soupente si peu de temps auparavant avait été touchée par cette baguette magique de la force virile, et gisait là à présent, recelant dans le trésor de ses entrailles si brutalement profanées la sève revigorante des reins de son amant. Sa pureté de jeune fille s'était enfuie, mais cette expérience divine lui avait révélé la richesse de ses charmes, le prix qu'ils avaient aux yeux d'un amant, et cette découverte ne l'accablait aucunement.

Au bout d'un moment, elle se leva quelques instants puis, quand elle se sentit prête, revint s'allonger, dans son exquise nudité. Elle savait bien que leur nuit d'amour ne faisait que commencer; que bientôt, son amant empressé guérirait de nouveau son corps magnifique, pour leur plus grand bonheur à tous deux.

Alors, Phoebus s'approcha du lit, et elle tourna vers lui ses grands yeux noirs, puis tout son corps blanc, avec une aisance, une liberté fort différente de ce qu'elle avait ressenti la première fois. L'homme avait retrouvé son énergie, gonflé de santé, de désir, et c'est d'un œil brillant de sensualité qu'il parcourut la chair adorable de la fille qu'il avait si furieusement outragée. Et ces yeux brillants, ces lèvres chaudes, ces seins magnifiques, ces jambes d'ivoire, ces bras immaculés, ces hanches généreuses, ce sombre nid d'amour au milieu de toute cette chair blanche et voluptueuse, l'appelaient irrésistiblement. Il se coucha bientôt près d'elle, et ils s'enlacèrent de nouveau. Il embrassa ses lèvres brûlantes, encore et encore. Cette fois, ce n'était plus une novice qu'il tenait serrée contre lui, mais une jeune beauté ardente; elle avait goûté au fruit de la luxure, que l'on appelle si sottement péché, et n'avait qu'un désir, répéter ce festin. La nature la pressait; les baisers ardents, l'haleine brûlante de son amant excitaient son désir d'obtenir de lui un nouvel hommage de sa force à sa beauté. Lui-même était grandement stimulé par la chaleur toujours croissante de la femme ravie qui haletait maintenant sur sa poitrine, à demi couchée sur lui, s'offrant encore à l'amour. De nouveau, son membre trouva le corps blanc, se pressa contre lui. Elle le sentait, brûlant, sur sa chair. Une vive curiosité, que ne refrénait plus la pudeur, la poussa à glisser sa main délicate jusqu'à lui, et à saisir l'objet de désir qui avait profané sa virginité. Elle l'entoura doucement de ses doigts et le pressa légèrement, puis glissa jusqu'aux bourses velues qu'elle saisit de sa main brûlante. Plusieurs fois elle les serra d'une paume inexpérimentée, et il faut là lui accorder ton pardon, cher lecteur, car elle n'avait encore jamais connu d'homme livré à elle, et son intérêt pour sa constitution était parfaitement naturel. Elle pressa, disais-je, les bourses poilues de ses doigts fins, tandis que le gland brûlant et palpitant frôlait son bras tendre et immaculé. Et à chaque pression sur les bourses, un frisson émanant du membre érigé traversait le corps de l'homme, des pieds à la tête. Elle le remarqua, et se mit à rire devant son trouble. Car bientôt, il tremblait de passion, avide de la prendre de nouveau. Ses hanches commençaient d'aller et venir en un mouvement compulsif, frottant sa verge contre le bras adorable, tandis qu'il la serrait contre lui.

Elle savait à présent ce que signifiait ce va-et-vient, et ne tenait pas à voir gaspiller la précieuse semence, sinon comme la nature le commandait. Immédiatement, elle abandonna les bourses, retira sa main et entoura son cou des deux bras, pressant son bassin voluptueux contre le pieu de l'homme. Toujours enlacés, ils roulèrent sur le lit. Sous lui, elle poussa un cri de jouissance en sentant la pression sur son mons veneris. De nouveau, la main de l'homme chercha l'entrée du temple; elle demeura totalement silencieuse, haletant d'impatience, tandis qu'il pressait son gland contre ses grandes lèvres; cette fois, c'est avec ardeur qu'elles accueillirent le glaive d'acier, non plus comme un intrus, un ravisseur, mais comme un ami précieux, prêt à soulager les tourments de la belle.

C'est avec des cris de bonheur qu'elle le reçut, tandis qu'il pénétrait dans le fourreau brûlant, avançant vers le sanctuaire que nulle barrière ne protégeait plus; il n'y avait plus que volupté pour tous deux; elle enserrait l'homme de ses bras, se pressait contre lui de tout son corps, dans l'ivresse de sa deuxième reddition. Non seulement elle était plus réceptive à présent, mais elle se montrait désireuse de l'aider.

Et l'amant, submergé de joie devant l'ardeur de la jeune beauté, décida de porter le plaisir jusqu'à des sommets encore jamais atteints, de répondre au désir par les sensations les plus invraisemblables que l'on put tirer de ses hanches luxurieuses et de son tempérament de feu.

Il s'avança vers la jeune fille, et bientôt, son membre vînt de nouveau se nicher contre son vase d'amour; il pressa son gland vibrant contre les lèvres; des vagues de plaisir recommençaient de rouler de l'un à l'autre, comme auparavant; le bonheur parcourait la femme, de son visage empourpré jusqu'au bout de ses pieds délicats, et au cœur de toutes ces sensations, entre ses jambes superbes, semblaient résider toutes les bénédictions du paradis.

Il lui dit alors que leur passion devait maintenant atteindre des hauteurs encore plus grandes que la fois précédente; avec son aide, ils parviendraient à des sommets d'extase vertigineux. Ces paroles suscitèrent des pensées indescriptibles chez la jeune fille, débordant déjà de désir. Il lui semblait avoir appris tout ce qu'il y avait à savoir; elle ne se rendait pas compte qu'elle avait pour amant un homme qui possédait une grande expérience de l'art de l'amour. S'il existait des délices supérieurs à ceux qu'elle avait connus la première fois, elle ne se pensait pas capable de les supporter. Mais elle se décida à tenter l'expérience, et s'aperçut que sa force lui permettait de suivre l'homme jusqu'au bout.

Il glissa ses deux mains sous ses hanches, tenant fermement ses fesses généreuses et commença de se frotter doucement contre elle. Elle passa les bras autour de son cou. De ses mains puissantes, il pressa ses hanches et lui enjoignit de se cambrer un peu, pour que ses hanches rencontrent ses bras. Ils continuèrent ainsi un moment, elle frissonnant de plaisir à chaque caresse. Puis, sans interrompre son mouvement de va-et-vient (relativement frustrant, certes), il lui expliqua comment participer. Alors, s'aidant de ses mains, elle souleva les hanches pour venir à sa rencontre et bientôt, tous deux se frottèrent l'un contre l'autre, tanguant dans une union divine. La délicieuse jeune femme vibrait déjà de désir, mais son bon sens lui enjoignit de rester aussi calme que possible, et de goûter cela aussi longtemps que la nature le lui permettrait. Et ainsi, ils ondulèrent ensemble comme autant de vagues sans fin, laissant monter l'irrépressible marée du désir. Elle finit par crier tant la sensation était forte; il craignait que l'huile de son désir ne déborde, alors ils se reposèrent.

Ils demeurèrent allongés et silencieux, jusqu'à ce que le calme soit revenu en eux, puis Phoebus lui chuchota quelque chose; un observateur aurait remarqué que, tout en lui parlant à l'oreille, il écartait légèrement les jambes, prenant toujours fermement appui contre le coffre, puis qu'elle levait ses jambes fuselées et les croisait sur celles de l'homme, ses mollets rebondis posés sur le dos velu de ses cuisses, ses pieds délicats se rejoignant. Alors, au contact de cette chair tendre et douce pressée contre lui, Phoebus sentit un torrent de désir l'envahir, et son éperon ardent pénétra sans hésiter le trésor de la créature de rêves; aussitôt saisie par l'incroyable sensation qu'il provoquait, elle frémit sous l'étreinte, s'accrochant à lui de plus en plus frénétiquement, puis, avec des gémissements de plaisir, ouvrit grand les généreuses fontaines de son sanctuaire d'amour, et laissa follement s'épancher ses fluides sur le gland gonflé en elle. Préparée à cela, elle ne se laissa pas aller autant cette fois, et garda beaucoup de force. Ayant versé en abondance l'huile glorieuse du plaisir, elle ne tarda pas à retrouver sa vivacité, tout au service de leur plaisir mutuel.

Tous deux savaient à présent que les hauteurs vertigineuses étaient à leur portée.

Ils se prirent dans une étreinte immobile, insensée. Déjà affolés de désir, ils écrasèrent éperdument l'un contre l'autre leurs deux corps haletants.

Il noua ses bras plus étroitement, si possible, autour

de ses hanches desquelles semblait émaner une vapeur.

Frénétiquement, elle glissa les bras jusqu'au milieu de son dos et l'attira vers elle, de toutes ses forces.

De ses mollets exquis, de ses jambes lisses, elle enserra encore les muscles bandés de l'homme.

Et, au plus fort de cette étreinte, il commença de presser son membre contre son calice d'amour.

C'était là le premier élan qui les mènerait, follement, vers les joies paradisiaques.

Elle cambra son dos si souple, se soulevant à chaque frottement du membre; une vingtaine de fois ils se soulevèrent ainsi, puis il sut que le moment était venu.

Il lui dit quoi faire.

Immédiatement, elle inversa son mouvement. Elle demeura soulevée jusqu'à ce qu'il se retire. Puis, guidée par un mot, elle descendit sur lui. Un cri lui échappa à cette première poussée.

Il se retira, elle se souleva, le bélier était à moins de deux centimètres de la porte du temple.

Comme il donnait un coup de reins, elle descendit de nouveau, et son sexe pénétra presque entièrement le fourreau, jusqu'à presser les lèvres sacrées.

Comment une fille aurait-elle pu supporter un tel assaut !!!

Il se retira de nouveau; de nouveau elle se souleva, et il s'approcha des grandes lèvres; de nouveau il la pénétra; et un nouveau cri d'agonie délicieuse résonna dans la pièce.

Il fallait à l'homme une volonté inconcevable pour lui permettre de tenir si longtemps.

 

Il se retira pour la quatrième fois; revint à l'entrée du sexe; donna un nouveau coup de bassin, tandis qu'elle faisait de même; son gland s'enfonça encore jusqu'au fond du fourreau lubrifié, brûlant, et il se pressa contre sa motte.

Elle cria plus fort encore; elle sanglotait aussi, mais c'étaient des larmes de passion.

Cinquième fois; il se retirait; il s'avançait; elle s'avançait, il la pénétrait, pressé contre les lèvres tendres du vagin; elle poussait des gémissements éperdus.

Et soudain, de ses entrailles devenues folles, s'écoula le fluide d'une deuxième jouissance

Mais cela ne lui ôta aucune force.

Pourtant, lorsqu'il se retira pour la sixième fois, avec un cri presque douloureux de volupté, et qu'il revînt en elle, elle n'eut pas ce mouvement de s'avancer pour le prendre.

Elle était comme statufiée par trop de plaisir.

Son gland, noyé de fluide, envoya instantanément le message à son cerveau, qui le répercuta dans tout son système nerveux.

C'était là un superbe démon de féminité déchaînée; toute son âme se concentrait dans les sensations d'un plaisir affolant.

Sept fois il se retira; elle demeurait tendue, le dos arqué en arrière.

Ilia pénétrait jusqu'au fond de la cavité lubrifiée, d'un seul mouvement de désir et, pour la deuxième fois, plongeait son gland rouge sombre dans le merveilleux fluide.

Il la comprenait.

Elle se laissa glisser plus bas encore, le saisit aux hanches, l'enserrant encore plus fort de ses mollets.

Il enlaça ses hanches de deux bras puissants, et elle se cambra davantage, son dos décrivant une courbe admirable.

Elle banda chaque muscle de ses bras et jambes somptueux pour le presser plus fort encore contre ses cuisses.

Et, dans cette étreinte suprême, ils atteignirent les sommets paradisiaques.

Sans palpitation préliminaire, mais dans un jaillissement puissant de sperme brûlant, dans le premier instant de cet orgasme délirant, ils donnèrent enfin libre cours à l'aboutissement de leur désir.

Avec un cri sauvage, leurs âmes mêmes se ruèrent vers une extase mutuelle.

Ils ne faisaient plus qu'un; ils ne connaissaient plus rien que l'amour, l'amour fou, la passion déchaînée.

Ils n'avaient plus guère conscience de leurs corps, car leur existence même était tout entière contenue dans ce fourreau de chair où ils réalisaient l'apothéose des désirs de ce monde.

Ils ne connaissaient nulle autre sensation, que celles qui leur parvenaient de ce centre de la passion.

Lui ne pouvait plus donner que de courts mouvements de reins, tant ils étaient accrochés l'un à l'autre.

Mais les sensations n'étaient plus intermittentes. Elles ne cessaient pas.

Généralement, la volupté de l'union sexuelle vient par vagues coïncidant avec les giclées de l'éjaculation.

Mais tels étaient leur corps, et leur âme, que dès l'instant où ce torrent de semence eût jailli sur le fruit déjà exquisément torturé, cette sensation de joie damnée, de plaisir suprême, cette sublime intensité de la passion, ce bonheur exalté de la possession, ce délice affolé de l'acte réalisé, ce délire insensé dans l'union de deux âmes ardentes, ne cessa pas, et ce longtemps après que le flot puissant du désir, jailli des reins enflammés de Phoebus, eût fini d'inonder le corps glorieux d'Esmeralda!

Et maintenant, nous n'avons plus qu'à laisser la belle Esmeralda et le séduisant Phoebus terminer ensemble cette nuit. Nous n'avons pas le temps de raconter comment, après cette magnifique rencontre de deux passions, ils se reposèrent longtemps dans les bras l'un de l'autre, échangeant de tendres et innocentes paroles. Tous deux étaient épuisés par ce séisme qu'avait engendré leur passion mutuelle, et en outre, Phoebus savait que le meilleur moyen d'obtenir encore les faveurs d'une femme est de ne pas les solliciter trop fréquemment. Mais avant qu'ils ne se préparent enfin à dormir, leur désir s'imposa de nouveau, et de nouveau ils s'envolèrent ensemble au paradis. Puis la jeune femme épuisée, mais non rassasiée, sombra dans le sommeil, où il la rejoignit bientôt.

Mais quand, le lendemain matin, le soleil les réveilla tous deux en même temps, chacun contempla avec délices la nudité de l'autre, et il ne fallut guère de temps pour que cette attention laisse place au désir. Les yeux de la jeune femme se mirent à briller en voyant son pieu se dresser fièrement, tandis que Phoebus la dévorait du regard, et, après avoir bien observé son conquérant, en pleine lumière du jour, c'est sans réticence aucune qu'elle se laissa envelopper par les bras de son amant, afin de dissimuler ce monstre à la lumière, au cœur de l'ardent fourreau niché au creux de son corps divin.

Cet acte délicieux accompli, ils se levèrent et commencèrent de réunir leurs effets épars, que l'ardeur de la nuit précédente avait abandonnés là où ils tombaient. Et il leur fallut si longtemps pour tout retrouver et pour commencer de se vêtir, tout en plaisantant, que le membre de l'homme se dressa de nouveau. Et elle, seulement vêtue de sa chemise impalpable et d'un jupon léger, n'eut pas un murmure de protestation quand il la jeta sur lit, comme cela, ouvrit la chemise pour faire jaillir les seins glorieux et presser contre eux son torse encore dénudé, releva le léger jupon jusqu'au dessus de sa taille, et une fois encore, enfonça son membre amoureux dans le temple tant convoité; ainsi, de manière imprévue, ils s'agrippèrent l'un à l'autre, jusqu'à ce que la nature obtienne de nouveau ce qu'elle voulait de l'amoureux Phoebus et de la délicieuse Esmeralda.

Combien de fois cette bienheureuse histoire devait-elle se répéter, au cours de la longue amitié qui les unit, je vous laisse le soin de l'imaginer.

 

 

Qui a écrit ce texte ? par Claude Lizt 

 

En vérité, ce n’est pas la bonne question. Cependant s’il faut répondre à cette question précise, nous pencherions plutôt pour Miller. Il est vrai qu’au début surtout, l’auteur met dans la bouche d’Esmeralda des mots qui sont ceux d’une femme très féminine. Mais Miller était un homme qui connaissait le féminin. Si c’est Anaïs Nin en revanche, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle avait en elle une bonne dose de masculin !

Car la bonne question est : « de quel imaginaire ce texte témoigne-t-il ? » La réponse est alors à nos yeux est évidente. C’est  (une fois de plus) un pur imaginaire masculin : le jeune officier, dans la minute qui suit la défloration violente qui fait hurler Esmeralda de douleur, la fait jouir plus qu’une femme qui aurait connu le meilleur amant du monde, et encore, au bout de trente ans d’amour fou. De plus, Esmeralda jouit comme un homme, par orgasmes en spasmes violents, avec éjaculations de liquides, etc….

Le fantasme masculin est ici qu’après la phase de violence de la prise, le plaisir vient automatiquement à la femme, si la queue est belle et « dure comme de l’acier », et que par surcroit, la femme aime cette phase de violence et de douleur, car elle amplifierait son plaisir.

Rien n’est plus éloigné de l’imaginaire féminin : pour la femme, il y a une séparation très nette et une antinomie absolue entre douleur et plaisir. Même s’il est vrai que cette ligne peut se déplacer au moment de l’acte d’amour et dans la vie d’une femme, elle est très précise ne doit jamais être franchie ! La scène de défloration qui nous est ici présentée confond et superpose deux âges de la vie d’une femme, c’est du pur imaginaire masculin.

 

Par claude lizt - Publié dans : Citations Litterature
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:06

 

Houellebecq: Description d’un « soixante-huitard »

Les Particules élémentaires, Flammarion

 

 

« Au petit déjeuner, il fit la connaissance d'une sorte de soixante-huitard breton qui animait l'atelier d' aquarelle. Il s'appelait Paul Le Dantec, c'était le frère de l'actuel directeur de l'Espace, il faisait partie du premier noyau de fondateurs. Avec sa veste indienne, sa longue barbe grise et son triskèle en sautoir, il évoquait à merveille une aimable préhistoire baba. À cinquante-cinq ans passés, le vieux débris menait maintenant une existence paisible. Il se levait à l'aube, marchait entre les collines, observait les oiseaux. Puis il s'installait devant un bol de café-calva, se roulait des cigarettes au milieu des mouvements humains. L'atelier d'aquarelle n'était qu'à dix heures, il avait tout à fait le temps de discuter.

« En tant que vieil espacien... (Bruno rit pour établir une complicité au moins fictive), tu dois te souvenir des débuts de l'endroit, la libération sexuelle, les années 70...

      Libération de ma queue ! gronda l'ancêtre. Y a toujours eu des nanas qui faisaient tapisserie dans les partouzes. Y a toujours eu des mecs qui se secouaient la nouille. Y a rien de changé, mon bonhomme.

      Pourtant, insista Bruno, j'ai entendu dire que le sida avait changé les choses...

      Pour les hommes, reconnut l'aquarelliste en se raclant la gorge, c'est vrai que c'était plus simple. Parfois il y avait des bouches ou des vagins ouverts, on pouvait rentrer direct, sans se présenter. Mais il fallait déjà une vraie partouze, et là il y avait sélection à l'entrée, en général on venait en couple. Et des fois j'ai vu des femmes ouvertes, lubrifiées à mort, qui passaient leur soirée à se branler; personne venait les pénétrer, mon bonhomme. Même pour leur faire plaisir, c'était pas possible ; il fallait déjà bander un minimum.

      En somme, interjeta Bruno, pensif, il n'y a jamais eu de communisme sexuel, mais simplement un système de séduction élargi.

            Ça oui... en convint la vieille croûte, de la séduction, y en a toujours eu. »

 

Où l’on voit que Houellebecq n’a pas connu Benny Levy… ( CL)

 

Par claude lizt - Publié dans : Citations Litterature
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:05

Françoise Simpère et le nécessaire abandon

Des désirs et des hommes, Pocket 2000

 

Même la littérature érotique de gare touche à des points essentiels. En dehors d’une description  de scène sexuelle qui en vaut bien une autre du même genre ( voir sur ce blog, dans le commentaire du « Château de Céne » de Bernard Noël, ce que Claude Lizt pense de la manière de décrire l’acte sexuel), ce qui est dit ici à la fin est on ne peut plus vrai : le  grand plaisir de la femme vient de l’abandon à la domination d’un homme (au moment de l’acte sexuel uniquement, et jamais le reste du temps)  mais avec quel homme une femme peut elle  vraiment s’abandonner ? (CL)

 

Extrait P.143

….

J'entrouvre les paupières, à peine, aperçois son torse large au-dessus de moi. Sa poitrine se soulève et s'abaisse, sa bouche est ouverte comme s'il cher­chait de l'air, ses lèvres silencieuses et mobiles sem­blent murmurer une incantation. On le croirait en prière ou en méditation, cet homme fait l'amour comme un rite sacré dont je serais l'icône, la déesse. Laissons-le faire. En moi, ses doigts s' aventurent, il en a mis quatre qui s'écartent peu à peu et m'élar­gissent. Il prend tout son temps pour explorer mes parois qui se contractent et se relâchent, haletantes. Il en évalue les sillons, les creux, les aspérités... Mon vagin n'est plus un simple passage, il devient un monde souterrain qui livre peu à peu ses secrets. Voici que le pouce pénètre à son tour et je sens la main de l'homme tournoyer, l'une de ses phalanges heurte un point inédit qui me foudroie de plaisir. Je pousse un cri, étouffé gentiment de son autre main posée sur mes lèvres. Il semble maître de lui et maître de moi. Sa main touche le fond de mon ventre, qui s'arc-boute et pousse avec une force qui m'étonne, comme si je voulais qu'il me transperce encore plus loin, encore plus fort. Mon coeur se précipite et la tête me tourne...

C'est à ce moment-là qu'elle a lâché prise. Elle ne vous racontera pas comment elle s'est empalée pro­fondément sur la main de l'homme qui lui disait « Oui, viens, laisse-toi aller », comment, à travers le brouillard qui enveloppait ses oreilles, elle a entendu son sexe clapoter comme si le plaisir se déversait en lac si liquide, si salé qu'elle a cru une seconde que l'homme l'avait blessée et qu'elle se vidait de son sang. Mais elle coulait de plaisir et aimait ça à la

folie. Elle ne vous dira pas le moment où lui aussi s'est emballé, a fait aller et venir sa main dans un va-et-vient sauvage, puis s'est agrippé à son vagin comme aux pentes ruisselantes d'une caverne, spéléologue de l'amour qui ne voulait plus sortir d'elle mais aller jusqu'au fond de son corps, lui saisir le coeur et sor­tir par sa bouche. Sa bouche, justement, qui tout à coup lui échappait et disait à l'homme des mots d'amour « Mon chéri, je t'aime, prends-moi mon amour, je suis à toi, défonce-moi, ouvre-moi, je t'aime... » toutes ces phrases réfrénées d'ordinaire et qu'elle osait dire à cet homme parce qu'elle ne le reverrait pas et qu'ainsi il ne la décevrait jamais, tous ces mots d'amour dont elle rêvait parce que eux seuls lui permettaient de se donner sans réserves, eux seuls faisaient l'unité entre son désir et sa ten­dresse. Elle ne vous dira pas, parce qu'elle l'a à peine entendu, comment l'homme à son tour lui mur­murait des mots tendres et crus à l'oreille tout en enfonçant un doigt dans son cul, comment il l'a sai­sie par les hanches, l'a soulevée comme une plume, plaquée au mur et baisée bien profond en écoutant ses sanglots de plaisir qui le sacraient roi du monde et de l'amour.

Elle ne le dira pas, parce que au moment où elle a cru exploser, elle est revenue à elle. Les murs de la chambre sont redevenus réels, la vague qui montait au-dessus de sa tête ne l'a pas submergée. Elle s'est retrouvée dans un lit froissé avec un homme bien carré dont elle a regardé s'enfoncer la bite en elle, belle tige rose et beige comme elle en avait déjà vu beaucoup, en les trouvant toujours aussi belles. Elle a crispé sur lui son vagin pour qu'il soit bien serré dedans et l'homme a gémi de plaisir. Lorsqu'elle l'a senti près de jouir, elle l'a repoussé en arrière, et l'a regardé jaillir. Puis elle a pris dans sa bouche une gorgée de lui. Sur son ventre, elle a étalé le sperme et a léché ses doigts. L'homme l'a enveloppée de ses bras avec douceur, avec tendresse. Il a caressé ses cheveux, rêveur. Quelques mots d'amour restaient suspendus à ses lèvres, qu'elle n'a pas osé lui dire. Toujours cette vieille peur... Elle a senti qu'il avait ouvert une porte de son plaisir, puis une autre, puis une autre... peut-être davantage que ses prédéces­seurs, mais qu'il n'était pas allé au bout du chemin.

« Allons, se dit-elle, ce sera peut-être le prochain. »

 

….

 

Par claude lizt - Publié dans : Citations Litterature
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