Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:10

 

Entretien (virtuel) de Claude Lizt avec  Brigitte Lahaie et Odile Buisson.

 

Brigitte Lahaie (BL) est journaliste de radio (RMC), essayiste et ex-actrice X

Odile Buisson (OB) gynécologue et échographe.

Les propositions avec lesquelles Claude Lizt (CL) dialogue sont tirées d’une interview donnée en Aout 2011 par Lahaie et Buisson au magazine :  « Femmes Majuscules »

 

BL : le premier conseil que je donnerai donc aux femmes qui veulent plus de plaisir serait déjà de s’occuper d’elle-même  et d’arrêter d’attendre le prince charmant qui leur apportera l’orgasme sur un plateau. On sait qu’une femme qui se masturbe  parvient plus facilement à la  jouissance que celles qui ne le fait pas.

CL : entièrement d’accord. Il est même préférable que la masturbation et le plaisir clitoridien  qu’elle donne surviennent le plus tôt possible dans la vie de la jeune fille ( et  d’ailleurs, car le conseil vaut pour eux aussi bien, du jeune garçon) La masturbation, qui procure aux deux des plaisirs que je qualifierai ci dessous de « masculins » est une excellente chose. Le plus tôt et le plus souvent c’est le mieux. Il faut cependant rappeler qu’elle s’accompagne d’une intense acticité imaginaire, et que c’est celle là qui est importante. C’est largement d’elle en effet que viendra, pour la fille comme pour le garçon, la possibilité de découvrir d’AUTRES plaisirs avec l’autre (de fait  des plaisirs féminins, pour lui comme pour elle).

 

BL : pour des raisons culturelles, on a toujours défendu l’idée que la sexualité masculine allait de soi et que la sexualité féminine était compliquée. La conviction persiste que le plaisir masculin est mécanique, automatique et peut se passer de sentiments, tandis qu’une femme ne peut atteindre le plaisir qu’en étant amoureuse. Et que si elle a des difficultés à jouir, cela ne peut être due qu’à des causes psychologiques.

(Or, par exemple, les hommes aussi sont affectés par leur psychisme qui peuvent les rendre impuissants…)

Et les femmes peuvent parfois avoir du plaisir sans amour, même sans désir, de manière très mécanique. Il faut dire que beaucoup de femmes ont du mal à avouer une telle réalité qui va à contre-courant de la pensée dominante.

BL : sur un sujet si important et que vous connaissez si bien, je regrette de dire que vous adoptez, chère Brigitte Lahaie une position bien moyenne ! Il faut au contraire affirmer que l’homme comme la femme peuvent connaitre deux types de plaisirs : les plaisirs masculins qui sont en tension et en décharge, avec une décharge et qui tue le désir pour un moment, et les plaisirs féminins, qui sont des « chants du corps » et qui peut se prolonger de manière quasi illimitée.

La réalité, que peu de monde encore, il est vrai, est parvenu à entrevoir, c’est :

1)   qu’il y a en vérité très peu de différence « physique », « sensuelle», dans le plaisir que peut atteindre un corps d’homme et un corps de femme, parvenus à une maturité sexuelle : les deux peuvent connaître plusieurs formes de plaisirs masculins et des plaisirs féminins illimités.

2)   Ces plaisirs sont liés à des imaginaires spécifiques, chez le sujet à dominante « homme » et chez le sujet à dominante « femme ». Ces imaginaires sont cependant liés entre eux ( il y a un « rapport » des imaginaires sexuels) et ils partagent un fond commun «  anthropologique » qui est l’histoire millénaire de la domination des hommes sur les femmes.

Bon, d’accord, c’est un peu abstrait dit comme cela, je le reconnais, mais c’est développé sur mon blog.

 

OB: grâce à des échographies, j’ai pu démontrer en effet la réalité physiologique du point G  même si je préfère parler de zone G. L’échographie montre que pendant un rapport sexuel,  sous les pressions et mouvements répétés de la verge en érection le clitoris se trouve ascensionné (quel vilain mot, remarque de CL) et comprimé contre la paroi antérieure du vagin d’ou la sensibilité particulière de cette zone. Lors de ces va-et-vient, le clitoris - aussi bien dans sa partie externe que l’on connait bien  que dans sa partie interne méconnue et que l’on pourrait comparer aux racines d’une dent- augmente de  volume  car son tissu se gorge de sang. On peut alors observer une érection du clitoris externe ainsi que l’apparition d’une petite tumescence dans le vagin. Les nombreuses femmes  qui attestent d’un plaisir plus intense dans cette zone précise vont peut être enfin cessé d’être dénigrées et moquées.

 

CL :  Ah la là, docteur ! Vous tombez hélas dans un des pires lieux communs  réactionnaires à l’égard du plaisir féminin, adossé comme il se doit à une pseudo « science » ( comme si l’échographie était une science…) : démontrer avec force observations physiologiques, qu’il n’y a qu’UN  seul organe sexuel féminin, un grand clitoris, qui s’étend grâce à ses racines jusqu’à cette partie appelée point G de la paroi vaginale,  point – ou zone - située à l’antérieur de cette paroi. Puisqu’il n’y a qu’UN seul organe à jouir, le clitoris  « prolongé », il n’y a donc de jouissance que clitoridienne.  Certes, la partie antérieure du vagin communique avec le clitoris, certes, la contraction du périnée peut provoquer des orgasmes clitoridiens, mais il est évident à toute femme féminine qu’il existe d’autres ( et nombreuses) formes de  jouissance, toutes classables en une catégorie bien distincte des orgasmes clitoridienns : la jouissance proprement féminine, en onde irradiante continues de plaisir, en plateau,  en « chants de plaisirs », dont l’origine vient de la stimulation d’autres parties du vagin, de l’anneau anal et du rectum, et à travers eux de l’utérus.

 

Heureusement que notre autre interlocutrice, BL, précise  aussitôt :

 

BL : certaines femmes sont plutôt vaginale, d’autres plutôt clitoridiennes, d’autres plutôt anales d’autres encore les deux ou les trois à la fois, il existe des femmes qui ont un orgasme parce qu’elles font un rêve érotiques ou qu’on leur titille le globe de l’oreille.

 

CL : En effet, on peut atteindre la jouissance autrement que par le clitoris et un point G qui ne ferait en réalité que stimuler le clitoris ! On peut rajouter à vos exemples les femmes qui sont capables, après avoir été merveilleusement baisée par leur homme et l’avoir quitté, de déclencher des orgasmes ( internes, vaginaux ou anaux) rien qu’en pensant à ce qui viens de se passer, ou qui sont capables d’anticiper une rencontre très désirée en commençant à jouir ainsi…

Mais chère BL, vous n’affirmez pas assez vigoureusement, à mon sens, qu’il existe plusieurs formes de plaisirs, que chacune et chacun jouit donc différemment, car il connaît une composition particulière et évolutive DES plaisirs ! Et surtout, mais cela vous le dites, qu’aucune hiérarchie ne peut être faite entre les plaisirs. Il existe par exemple chez l’homme comme chez la femme, un plaisir « englobant » les autres formes de plaisirs, le plaisir que donne tout simplement l’acte de « prendre » et « d’être prise ». Ce simple  plaisir là, même sans aucune forme d’orgasme, peut être immense, indépassable !  Souvenez vous du premier baiser, souvenez vous de la première fois où vous avez posé votre main sur le sexe de l’autre, souvenez vous de la première fois où vous avez pénétré le corps de l’autre, de la première fois où vous vous êtes ouverte à l’autre (je précise pour les féministes que j’ai délibérément dit ouvertE : trouver du plaisir à être « ouverte », « prise », « comblée » par l’autre est en effet  le propre de la POSITION féminine, qui peut bien sûr être tenue par un CORPS d’homme : le corps de l’homme n’a après tout qu’une voie de pénétration de moins que celui de la femme, il lui en reste deux qui suffisent largement à pratiquer la position femme!!!!)

 

Par claude lizt - Publié dans : Commentaires de C.L.
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