Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:05

Françoise Simpère et le nécessaire abandon

Des désirs et des hommes, Pocket 2000

 

Même la littérature érotique de gare touche à des points essentiels. En dehors d’une description  de scène sexuelle qui en vaut bien une autre du même genre ( voir sur ce blog, dans le commentaire du « Château de Céne » de Bernard Noël, ce que Claude Lizt pense de la manière de décrire l’acte sexuel), ce qui est dit ici à la fin est on ne peut plus vrai : le  grand plaisir de la femme vient de l’abandon à la domination d’un homme (au moment de l’acte sexuel uniquement, et jamais le reste du temps)  mais avec quel homme une femme peut elle  vraiment s’abandonner ? (CL)

 

Extrait P.143

….

J'entrouvre les paupières, à peine, aperçois son torse large au-dessus de moi. Sa poitrine se soulève et s'abaisse, sa bouche est ouverte comme s'il cher­chait de l'air, ses lèvres silencieuses et mobiles sem­blent murmurer une incantation. On le croirait en prière ou en méditation, cet homme fait l'amour comme un rite sacré dont je serais l'icône, la déesse. Laissons-le faire. En moi, ses doigts s' aventurent, il en a mis quatre qui s'écartent peu à peu et m'élar­gissent. Il prend tout son temps pour explorer mes parois qui se contractent et se relâchent, haletantes. Il en évalue les sillons, les creux, les aspérités... Mon vagin n'est plus un simple passage, il devient un monde souterrain qui livre peu à peu ses secrets. Voici que le pouce pénètre à son tour et je sens la main de l'homme tournoyer, l'une de ses phalanges heurte un point inédit qui me foudroie de plaisir. Je pousse un cri, étouffé gentiment de son autre main posée sur mes lèvres. Il semble maître de lui et maître de moi. Sa main touche le fond de mon ventre, qui s'arc-boute et pousse avec une force qui m'étonne, comme si je voulais qu'il me transperce encore plus loin, encore plus fort. Mon coeur se précipite et la tête me tourne...

C'est à ce moment-là qu'elle a lâché prise. Elle ne vous racontera pas comment elle s'est empalée pro­fondément sur la main de l'homme qui lui disait « Oui, viens, laisse-toi aller », comment, à travers le brouillard qui enveloppait ses oreilles, elle a entendu son sexe clapoter comme si le plaisir se déversait en lac si liquide, si salé qu'elle a cru une seconde que l'homme l'avait blessée et qu'elle se vidait de son sang. Mais elle coulait de plaisir et aimait ça à la

folie. Elle ne vous dira pas le moment où lui aussi s'est emballé, a fait aller et venir sa main dans un va-et-vient sauvage, puis s'est agrippé à son vagin comme aux pentes ruisselantes d'une caverne, spéléologue de l'amour qui ne voulait plus sortir d'elle mais aller jusqu'au fond de son corps, lui saisir le coeur et sor­tir par sa bouche. Sa bouche, justement, qui tout à coup lui échappait et disait à l'homme des mots d'amour « Mon chéri, je t'aime, prends-moi mon amour, je suis à toi, défonce-moi, ouvre-moi, je t'aime... » toutes ces phrases réfrénées d'ordinaire et qu'elle osait dire à cet homme parce qu'elle ne le reverrait pas et qu'ainsi il ne la décevrait jamais, tous ces mots d'amour dont elle rêvait parce que eux seuls lui permettaient de se donner sans réserves, eux seuls faisaient l'unité entre son désir et sa ten­dresse. Elle ne vous dira pas, parce qu'elle l'a à peine entendu, comment l'homme à son tour lui mur­murait des mots tendres et crus à l'oreille tout en enfonçant un doigt dans son cul, comment il l'a sai­sie par les hanches, l'a soulevée comme une plume, plaquée au mur et baisée bien profond en écoutant ses sanglots de plaisir qui le sacraient roi du monde et de l'amour.

Elle ne le dira pas, parce que au moment où elle a cru exploser, elle est revenue à elle. Les murs de la chambre sont redevenus réels, la vague qui montait au-dessus de sa tête ne l'a pas submergée. Elle s'est retrouvée dans un lit froissé avec un homme bien carré dont elle a regardé s'enfoncer la bite en elle, belle tige rose et beige comme elle en avait déjà vu beaucoup, en les trouvant toujours aussi belles. Elle a crispé sur lui son vagin pour qu'il soit bien serré dedans et l'homme a gémi de plaisir. Lorsqu'elle l'a senti près de jouir, elle l'a repoussé en arrière, et l'a regardé jaillir. Puis elle a pris dans sa bouche une gorgée de lui. Sur son ventre, elle a étalé le sperme et a léché ses doigts. L'homme l'a enveloppée de ses bras avec douceur, avec tendresse. Il a caressé ses cheveux, rêveur. Quelques mots d'amour restaient suspendus à ses lèvres, qu'elle n'a pas osé lui dire. Toujours cette vieille peur... Elle a senti qu'il avait ouvert une porte de son plaisir, puis une autre, puis une autre... peut-être davantage que ses prédéces­seurs, mais qu'il n'était pas allé au bout du chemin.

« Allons, se dit-elle, ce sera peut-être le prochain. »

 

….

 

Par claude lizt - Publié dans : Citations Litterature
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