Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 17:35

Les plaisirs, descriptions. V2.

© Claude Lizt

Juillet 2011

 

C2F--.jpgCe texte est un fragment inédit du prochain livre de Claude Lizt : « Dialogues sur le plaisir et l’amour…. »

 

Le dialogue entre Elle et Lui ne porte ici que sur la « description » des plaisirs. Sur leurs imaginaire et  leur nature profonde, voire un tout début l’élaboration dans le texte : « AmbiguIté et paradoxe du plaisir féminin ».

Voir aussi, en complément ludique : « Vocabulaire de tout Kama Soutra », avec son jeu et son concours, et « Quelle femme êtes vous ? » ainsi que « Quel homme êtes vous ? »

 


Lui

Je vous propose maintenant de simplement décrire le plaisir. Que sentons nous quand nous avons du plaisir l’un avec l’autre, l’un de l’autre ?

De ce qui le rend possible, de l’imaginaire qui le rend possible et l’accompagne, de l’amour, de tout ce qui est donc essentiel au plaisir, nous avons commencé de parler dans « Ambiguïté et paradoxe du plaisir féminin). Ici, nous en disons le moins possible, pour nous tenir au plus près des sensations. Et puisque c’est le plaisir féminin qui semble à tous le plus mystérieux, et le plus controversé, commençons par lui. Voulez vous ?

 

Le(s) plaisir(s) féminin(s) 

Elle :

Oui, je suis d’accord … Elle réfléchit longtemps, puis :

Je vais commencer par approches, par touches successives, tant le plaisir apparaît tout d’abord indicible... Comment ouvrir la discussion ? Car si cela exige une     réflexion profonde -ce fut la première pensée- cela se fait aussi dans un aimable désordre ; ce fut la seconde pensée : précisément comme le plaisir ! qui jaillit -ou pas- s’amplifie -ou pas- se stabilise en long plateau voluptueux -ou pas-, semble revenir au calme ou se met en sommeil discret, prêt à ressurgir à la première lueur sensuelle   - ou pas ... Nous tenons ainsi, à l’aube même de cette pensée du plaisir, sa métaphore créatrice : il va et il vient au gré des élans et humeurs, aux rythmes insoupçonnés du corps et de l’âme. Jamais le même, ni tout à fait un autre, il apparaît par touches imprévisibles : le plaisir est impressionniste. Par sa source originelle, son intensité, sa force vitale, sa mélodie sans fin, nous verrons qu’il est aussi impressionnant...

Penser le plaisir féminin c’est, de fait, révéler toute une gamme de plaisirs, fort différents les uns des autres : des sensations caractérisées par les lieux émetteurs du corps : le clitoris, « pénis en miniature », la vulve, le fourreau du vagin et ses milles facettes, zones ultra-sensibles, terrains érogènes privilégiés, le dispositif utérin sollicité « en sourdine », les anneaux concentriques de l’anus. Ces sensations dépendent aussi des attitudes de la femme dans la relation à l’autre, et s’expriment par des tonalités sensitives, des intensités vibratoires, une mélodie, une puissance qui sont propres à chacun de ces plaisirs, et même à chacun de ces moments de plaisir : est-elle disponible ? Est-elle encline au désir, porté par lui, ou an contraire est-elle à peine déprimée ou aux portes d’un désespoir ?

Sans prétendre les passer tous en revue de manière systématique, relever leurs principales manifestations, leurs caractères distinctifs est une étape nécessaire. Mentionnons tout d’abord les « plaisirs en tension » clitoridiens (1), aux explosions spectaculaires, qui peuvent être répétés à des rythmes variables : lent apprentissage du corps. On peut sans doute les rapprocher des plaisirs en érection et éjaculatoires masculins. Ils s’éduquent avec la maturité de la femme -nombre d’orgasmes successifs, force des sensations- et s’apprennent grâce à des stimulations appropriées.

 

Une précision à propos des plaisirs clitoridiens s’impose ici. Car si, exposé à la sollicitation qui convient, le clitoris en ce qu’il est un « petit pénis » jouit en érection et se décharge dans l’élan d’un vif orgasme, il peut aussi être, à maturité, le siège d’un plaisir en plateau, s‘il est soumis à une stimulation soutenue qui lui permet d’atteindre cet autre rythme de plaisir. Le plaisir clitoridien « explosif » peut en effet être dépassé par une sollicitation continue : une douche en pression forte -mais pas trop !- fait jaillir un « plaisir en tension » jusqu’à l’« orgasme continu », extrême, haut plateau de plaisir quasi sans fin (2). Le clitoris dépasse alors, sous la force soutenue de la stimulation, le stade érectile, exigeant un franchissement de barrières de sensations qui s’éduque avec le temps, au gré de l’appétit sexuel au plaisir de la femme. Elle atteint alors des sommets d’intensité jouissive à peine soutenable. Il faut pour cela aller au-delà de sensations fortes, en tension, qui apparaissent dans un premier temps comme indépassables : sorte de vertige certes délicieux, mais comportant l’appréhension  d’un risque du corps. Ce passage vertigineux qu’il faut franchir caractérise d’ailleurs l’accès aux formes les plus intenses des plaisirs féminins, quels qu’ils soient.

 

A ces plaisirs clitoridiens s’opposent par leurs voies d’accès les « plaisirs de pénétration » vaginale (3) et anale (4). Ce qui caractérise la femme, c’est le désir d’être pénétrée, quel que soit l’annonce apparente de son corps. La satisfaction de ce seul désir lui apporte ce que l’on pourrait nommer une « forme de plaisir ». Disons que l’accomplissement du désir de pénétration est en soi « un plaisir », en aucun cas LE plaisir, l’orgasme vaginal . Un désir satisfait est en soi une approche d’un « plaisir » : pour la femme, celui de la complétude ; alors qu’un désir non satisfait a un goût amer, créé une tension. Il y a bien de la résolution (des tensions, appétences) dans la satisfaction du désir de pénétration, c’est une une première consécration…

Mais au-delà de ces satisfactions, comment décrire ces plaisirs -en abandon et non en tension- de l’intérieur du corps de la femme pénétrée ? Ils se déploient en circularités plutôt qu’en flèches. Enveloppant tout le corps, ils s’expriment en lentes volutes de sensations profondes,  combinaisons uniques de force et de douceur conjointes. On parle à leur propos du « chants du corps » ainsi que les qualifie Claude Lizt dans « Le voyage à Genève », tant leurs variations sont chatoyantes et modulables, comme un « aria silencieux ». On peut d’ailleurs distinguer, pour chacun de ces plaisirs, des variantes reconnaissables qui décrivent l’éventail des sensations du corps de la femme, instrument de ses gammes de plaisir, plus ou moins virtuose et en constante progression. Le plaisir, « opéra du corps féminin ».

 

Ces formes du plaisir de l’intérieur du corps qui animent tantôt de manière alternative, tantôt à l’unisson les parois du sexe de la femme, ces chants du corps s’expriment de surcroît dans des tonalités variées. Au plaisir jaillissant des plaines antérieures du fourreau vaginal, les tonalités les plus aigües, proches des vibrations brillantes du roc du clitoris dressé par le plaisir vif qui le caractérise, auquel elles sont adossées. A l’anneau central qui entoure jalousement le col utérin, les tonalités intermédiaires, rondes, mélodieuses : elles remplissent l’espace intérieur de leurs intonations subtiles ; tandis que les graves, si sensuelles, presque rocailleuses, aux accents dramatiques parfois entrent en résonnance avec les chants rituels aux longues vibrations du tunnel anal.

 

Un mot sur ce plaisir anal, sujet de tant de tabous. Sa musique si particulière résonne d’intonations graves : notes vives parfois, d’autres plus longues. Alors que les vibratos du plaisir vaginal se rapprochent de la voix, celui-ci évoque les instruments de rythme, tambours des forêts tropicales : il fait tanguer, surtout quand le lent mouvement circulaire de la caresse attentive -pas de pression trop appuyée ni d’accélération- habile, explore l’espace offert, ouvre la voie, lentement, au phalle promis et dissuade toutes les défenses ici susceptibles à l’extrême : la main aimée rassure, tournoie lentement, donne le rythme. De sourdes notes graves se mettent à sonner, vibrer, tamtam du corps, pour la danse primitive, rite des temps premiers. C’est une danse de nature, simple et forte dans son lent tournoiement. L’autre main caresse le ventre, fait écho, déclare la possession absolue, la soumission du corps vaincu par les sensations brillantes du plaisir, le corps avide de cette musique rythmée. Ce geste de possession annonce l’intimité absolue, toujours plus profonde, plus exigeante car à ce rythme lent, la pénétration progresse. Quelques mots simples disent l’adoration, sans réticence aucune, celle qui a vaincu toutes les défenses, toutes les appréhensions : celles du corps, celles plus convenues du mental, celles susceptibles de la décence. Le corps jubile sans retenue : transe sexuelle extrême, source d’ivresse. L’adoration s’impose, l’intimité s’affiche, ce qui est un comble : l’amour cru surgi du corps-à-corps vient faire scintiller les sentiments. De l’instant extrême il se ressource, s’affirme, s’affiche, tous sens en oriflamme : c’est la fête sexuelle.

Des paysages sensuels intérieurs et autant d’univers vibratoires distincts. Imaginez les instants somptueux où tout cet orchestre symphonique intérieur donne tous ses instruments à la fois ! Voilà le chant du corps de la femme… Nous l’avons nommé simplement « plaisir », mais cela ne doit en aucun cas masquer sa complexité éblouissante.

 

Leurs combinaisons, créatrices d’autres plaisirs… 

 

Il n’est pas possible d’évoquer les plaisirs féminins sans parler de leurs combinaisons, au gré des désirs des deux partenaires, en échos délicieux : une pénétration anale ou vaginale (ou les deux ! quand la main s’en mêle…) et une stimulation clitoridienne continue, mais dans une « sensation d’abandon » (5) et non plus de tension ( le clitoris offre donc lui-même au moins trois modes de jouissance). C’est un plaisir qui s’installe en plateau, mais qui semble constamment promettre davantage, entraîner toujours plus loin. Cela éclot dans une combinaison subtile avec le plaisir de l’une ou l’autre des pénétrations, créant une polarité en écho qui provoque une volupté particulière.

Ainsi, par exemple,  un tel plaisir jaillit lorsque, dans une chevauchée vive de son homme allongé sur le dos, la femme se trouve profondément pénétrée en un mouvement de va et vient si complet que le clitoris, lui aussi balayé vigoureusement par le balancier de son corps, ajoute son propre plaisir en écho au vif plaisir vaginal ainsi déclenché.

 

Voici ce que j’en avais écrit dans notre journal :

Journal de travail de CL :

Elle :

 «  Faire l’amour ne cesse de réserver émerveillements et découvertes. Ainsi cette scène aussi jouissive qu’inattendue hier. Ils se sont déjà longuement aimés et leurs ébats les ont menés au coin du lit. Il s’y est assis, jambes allongées sur un fauteuil opportunément placé là et elle le chevauche avec enthousiasme. Elle s’essaye quelque peu à des attitudes de jolie cavalière bien cambrée sur son homme, lui offre ses seins à dévorer et se régale du rythme délicieux qu’il propose au gré de sa fantaisie. Il donne ici le rythme d’une ferme prise des reins ; là c’est elle qui va et vient sur son bel organe dressé. Elle sourit de son plaisir, le lui dit et le mouvement les berce sans relâche comme s’ils dansaient et qu’il leur suffisait de suivre, sans effort, le chant de leur corps. Elle plane légère dans son plaisir magnifique, long orgasme fameux. Lui, tout à sa joie sensuelle se laisse aller à quelques secondes d’inattention : il a dépassé soudain le plateau de plaisir dans lequel leur jeu subtil l’avait maintenu et il vient à son insu d’entrer dans la pulsion irrépressible de son propre orgasme. « Oui je veux ton plaisir », souffle-t-elle, soulevée par la puissance du plaisir de l’homme : il jouit sous elle, dans un balancement accru par le plaisir qu’il amplifie encore de son rugissement. Surpris (oh, elle en a oublié le « e » !), elle le voit jouir, le voit vraiment, ce qui n’est pas ce qu’elle connaît, d’être si souvent sous son homme. Soudain c’est bien lui qui crie son plaisir, mais elle, si surprise, le voit jouir en quelque sorte « comme une femme », dessous…

 

Elle, reprenant : 

Il est aussi un savoir-aimer une femme qui décuple davantage encore la puissance phallique et de là le plaisir. Ainsi, l’art d’allier prise douce par le sexe et surgissement possessif par la main. Il alterne dans un rythme parfait, parce que sans doute il tient compte – il s’est mis à l’unisson- de la vibration même du plaisir, pénétrations par le sexe puissant, possessif et doux, et pénétrations par la main, précise et forte. Tantôt en figures circulaires, il sollicite intensément tout l’anneau vaginal ; tantôt en va et vient vigoureux, il fait sentir sa détermination possessive. C’est lui ici, c’est encore lui là, et pourtant de ces manières si différentes et caractéristiques à la fois, et dans une rythme si soutenu qu’il ne permet plus de les vraiment distinguer l’une de l’autre. Dans les sensations de la femme, chacun de ces gestes de l’homme s’attribue ainsi tous les avantages : les siens propres et ceux de l’autre geste. L’amant habile s’approprie ainsi des suppléments de forces possessives, des surcroîts de vigueur conquérante. Jamais homme ne l’a possédée davantage, et à l’instant du grand abandon du plaisir, à cet instant unique où elle accepte sans réserve la loi ancestrale, initiatique de l’humanité qui reconnaît la puissance de l’homme, sa jouissance femelle explose de ce qu’il est paré de tous les attributs de la domination : jaillissement paradoxal du plaisir ! (voir le texte : « Ambiguïté et paradoxe du plaisir féminin », sur ce blog)

 

Il faut souligner à quel point les mots qui explicitent le plaisir sont ceux du chant, de la musique, de l’audition : on est bien dans le registre vibratoire -tonalité, vivacité, gravité-, mais à une intensité sonore que ne perçoit certes pas l’oreille destinée à capter certaines variations des sons extérieurs et dont l’amplitude varie entre les individus. Il s’agit d’un sens de perception interne ultra-sensible et dont sans doute la qualité perceptive s’éduque avec la maturité sexuelle.

Le plaisir, l’orgasme, est une « musique » produite de l’intérieur, orgasme mélodique, orgasme qui chante… Allusion à l’héroïne d’un roman érotique japonais de Mishima : celle qui n’entend pas la musique... Plus précisément le plaisir, plus qu’une musique, est un chant. Cela peut aller d’une sensation à peine perceptible, légèrement «acide » et de faible tonalité, quasi uniforme, à une intense production vibratoire qui se déploie en volutes puissantes et longues, largement modulées, atteignant des tonalité basses et intenses, rythmées jusqu’à des tons aigus. (Cela me fait penser à Chausson, Saint-Saëns, Debussy, Ravel, Puccini.)

 

A l’instant du grand plaisir, le corps « passe aux commandes », mais cela exige de s’affranchir de vertiges défensifs -le corps aussi a des prudences...- d’annihiler des résistances dont le corps semble l’auteur, mais qui sont sans doute bien davantage des constructions de l’inconscient, d’anéantir des obstacles d’origine mentale, qui se présentent dans une expérience première comme infranchissables... Et l’on peut atteindre là, avec un peu d’expérience et de maturité sexuelle, des sommets de plaisir, qu’aucun des plaisirs précédents pratiqués isolément ne permet de soupçonner. Insistons cependant pour chacun d’eux sur leur lent -voire très lent : dix, quinze ans ?- processus de maturation.

 

Les plaisirs féminins : orgasme ou ... ? 

Impossible cependant de chercher à caractériser ces plaisirs féminins sans se demander s’il est opportun, pertinent de parler d’« orgasme » à leur propos, plaisir  clitoridien en explosion mis à part. Et plus généralement sans examiner si le terme d’« orgasme » est approprié à un plaisir durable. Du côté de l’étymologie, le grec « orgaw  » évoque « ce qui est plein d’humidité, ce qui sue, ce qui chuinte, ce qui se diffuse... jusqu’à l’effervescence ». Rien n’évoque là, a priori, l’expression d’un jaillissement violent, mais plutôt ce qui s’exhalerait, s’ex-primerait lentement du corps. Lenteur, longueur : comment alors désigner ce phénomène qui sue, chuinte des vibrations, accompagnées de sécrétions : ce « chant du corps » qu’est le plaisir. Car il se pourrait qu’« orgasme » soit un mot désormais piégé par le rythme même du plaisir masculin, qu’il qualifie au premier chef. Il désigne les sensations vives qui accompagnent l’éjaculation à la suite d’une stimulation appropriée du sexe de l’homme en l’érection : l’éjaculation est ainsi libératrice du plaisir lui-même. Il désigne donc un plaisir « en explosion » intense mais de durée limitée dans le temps, suivi d’une détumescence, jusqu’ à un cycle ultérieur d’excitation et de jouissance. Telle en est aujourd’hui la représentation première. Alors, comment nommer un plaisir qui, comme le plaisir vaginal de la femme (sans parler ici du plaisir anal…), monte lentement en intensité, se renforce puis s’installe en un « plateau stable de plaisir », modulé selon les sollicitations de l’homme, et dont la femme jouit dans un doux abandon auquel il lui faut pouvoir accéder. Il est loisible de le laisser chanter un temps non limité, ou de le laisser sommeiller tranquillement après lui avoir laissé libre cours et de le retrouver là, exactement là où on l’a laissé, quelques temps plus tard. Non, il n’a pas faibli ; non il n’est pas nécessaire de relancer tout un cycle nouveau de montée en désir. Il suffit de respecter une approche douce favorable à la pénétration. Il est là, tapi dans le silence, prêt à résonner dans le corps en volutes enveloppantes et reconstituantes, disponible comme la femme, lui, chant de la féminité. Pourrait-on parler d’« orgasme long » ? Clin d’œil au phénomène de plaisir intense couplé à une belle longueur... Ou encore de plaisir multi-orgastique, si on veut davantage pointer l’espèce de longue sinusoïde de plaisir, fragmentée en ondes à fluctuations plus ou moins longues, avec pics et creux, centrées sur une ligne médiane d’intensité de jouissance, que constituent les plaisirs du (des) sexe(s) creux de la femme. A moins que l’on ne juge préférable de parler simplement de « plaisir en plateau » féminin, le distinguant ainsi clairement du plaisir jaillissant de l’homme d’une part, et d’autres formes des plaisirs de la femme, d’autre part.

 

De toute façon on ne saurait aborder sans prudence cette question du nom donné aux plaisirs féminins. Il s’agit en effet d’éviter la vieille idée à la vie dure, toujours prête à ressurgir, qui affirme qu’il n’y a pas de « plaisir » véritable de la femme. Il n’y en aurait pas vraiment, parce qu’on aurait affirmé que son plaisir se présente sous plusieurs facettes et qu’il n’est pas simplement ou uniquement un « orgasme » comparable à celui de l’homme, seule forme de plaisir traditionnellement identifiable de manière sûre. Revenons donc à  l’étymologie, en telle circonstance toujours bonne conseillère. Pour préciser qu’il s’agit ici d’un orgasme de longue durée, nous pourrions parler de « ménorgasme » ou orgasme « long » ; nous pourrions aussi qualifier l’orgasme clitoridien en tension explosive et l’orgasme masculin de l’éjaculation de « braxiorgasme » ou « orgasme court », masculin ou féminin. Quant à l’orgasme à durée quasi infinie de la femme très féminine et en grande maturité, nous le nommerions « chronorgasme » soulignant la manière unique dont il s’exprime « en plateau » dans une durée indéterminée…

 

 

Evènement, viol-ence, colère, orgasme, paix… 

 

Si l’orgasme a longtemps désigné le seul plaisir de l’homme, en forme de décharge, voici que l’évolution majeure en cours résiderait en ce que désormais l’orgasme serait féminin, féminisé, féminisant.... Certains ( Gérard Pommier par exemple dans «  Que veut dire « faire l’amour » ? ») font remarquer qu’une des approches étymologiques de l’« orgasme » désignerait une « colère »... Voilà ce qu’il convient de discuter et d’approfondir.

Car, s’il y a bien « colère » de la femme, l’orgasme n’en n’est pas l’expression : il en serait tout au contraire et précisément la résolution... En effet, pour qu’une femme ressente l’orgasme, il est nécessaire que se soit produit dans sa vie un « événement » qui va le déclencher. Ce serait un événement violent : un quasi-viol, une relation plutôt brutale, avec un homme éventuellement non aimé, une situation de violence - ou qui évoquerait une violence : être attachée, contrainte, etc. Quoiqu’il en soit, il y est question de « viol-ence ». Ainsi le fait qu’il y ait un événement violent à l’origine de l’orgasme ne fait pas de doute : mais c’est une violence qui peut prendre des formes extraordinairement variées : pour l’une, apprendre que l’homme qu’elle aime couche avec d’autres femmes. Pour une autre, découvrir qu’elle jouit beaucoup plus avec cet homme rencontré auquel elle a cédé -et qui lui fait connaître dans la joute sexuelle des situations de soumissions physiques inattendues, contraignantes, surprenantes et auxquelles elle ne peut que céder- qu’avec son mari que pourtant elle aime, etc. On peut en effet parler là d’une « colère » suscitée par quelque chose de violent, sans doute parce qu’il s’agit en réalité d’une transgression violente. La colère précèderait donc l’orgasme.

Quant à l’orgasme proprement dit, nous proposons tout au contraire d’envisager qu’il s’agit d’une « réconciliation », donc d’une situation qui se trouve à l’opposé de la violence parce que, consécutive à une colère, elle viendrait l’apaiser. Car la violence est présente dans l’histoire des hommes et des femmes, histoire qui se caractérise par des millénaires de domination masculine et d’asservissement ou d’aliénation des femmes, dont la réalité est encore présente absolument partout dans le monde : polygamie, prostitution (y compris prostitution moderne dite « volontaire » d’une femme qui serait prétendument « libérée », peut-être plus «  perverse » encore que la prostitution sous contrainte des hommes...). Cette « réconciliation » serait de fait, pour la femme confrontée à cette « viol-ence », vécue comme une mise en contact avec l’histoire ancestrale des femmes dominée par les hommes : l’histoire vraie de l’humanité. Jusqu’à l’instant de cette « viol-ence », même si la femme en a une connaissance, elle peut s’être maintenue elle-même à distance de ces faits. Or à l’instant de cette « viol-ence », c’est cette histoire de l’humanité qui fait irruption dans sa vie et vient la frapper au centre de son corps, de la manière la plus intime, la plus profonde, dans son sexe, dans son ventre. A cet instant-là, elle est mise en relation directe avec cette histoire, à cet instant-là, elle entre dans l’histoire des femmes : elle l’accepte et ce, à cet instant unique, exclusivement. Et c’est de cette acceptation que le plaisir jaillit !

Quant à la colère contre le sort des femmes, elle se manifeste dans le cœur des femmes tout le reste du temps ! Il y a colère contre le sort des femmes dans le monde, il y a colère contre l’inégalité persistante entre hommes et femmes, il y a colère contre le sort fait aux femmes encore asservies, aliénées, de mille manière, colère forte, cris : la voilà la colère de la femme !  Mais au moment même de l’acte sexuel, au moment où une femme entre en connexion profonde avec l’histoire des femmes dont elle est un membre à part entière, à cet instant là, elle se reconnaît l’une de ces femmes et en jouit : elle sue alors de ce chant du corps, elle vibre, elle entre dans le chœur des femmes... encore trop peu nombreuses, car l’accès en est tortueux... 

La signification symbolique de l’acceptation 

Disons qu’au moment du plaisir, la femme se réconcilie avec l’histoire « viol-ente » des hommes et des femmes, avec l’histoire de l’humanité. Le plaisir de la femme, c’est le moment de l’acceptation de l’histoire des hommes et des femmes telle qu’elle a été, telle qu’elle est encore, c’est l’acceptation de la vérité. C’est donc, tout au contraire de ce qui est proposé quand on se réfère à la colère, le moment hors des temps où la femme s’abandonne à l’homme ou la femme, quel qu’ait été le passé, le reconnaît pour ce qu’il est, l’accepte, qui sait le pardonne, le « par donne », tant à cet instant elle se donne : c’est l’instant de l’acceptation et de la paix entre la femme et l’homme, le moment où tous deux renoncent à la « guerre des sexes », celle qui est née de l’imposition par les hommes à l’humanité de la loi de conservation de l’espèce par l’« échanges des femmes »,  la loi de l’interdiction de l’inceste.

 

Apparaît à la réflexion dans la rencontre sexuelle une sorte de parité entre l’homme et la femme. Lui, dans l’infinie incertitude  de savoir si son phalle va se dresser, encore et encore comme il le désire. Elle, dans l’incertitude de savoir si, avec cet homme-là, désiré à l’instant de l‘aventure sexuelle, elle connaîtra -ou pas- l’orgasme avec un grand « O », tant attendu,... enfin.

 

L’avènement du plaisir… long, périlleux… prometteur 

Seules 30 % environ des femmes déclareraient connaître l’orgasme, sans toujours préciser ce dont il s’agit. Si les autres n’en manifestent pas outre mesure de frustration c’est qu’elles ressentent du « plaisir » dans les bras d’un homme. La femme croit, ou du moins espère, qu’elle connaît l’« orgasme »... et se contente de fait de l’orgasme clitoridien…

En effet, l’impératif pour la femme de ressentir un orgasme est aujourd’hui tellement fort qu’il est possible de le « simuler », en réaction (soupirs d’aise et de volupté, gémissements, halètements) à la moindre sensation ressentie et tellement désirée, attendue, et de se convaincre que la « simulation » qu’on en fait est l’orgasme tant désiré. D’autant que l’homme qui, lui aussi, ne désire que ça -la faire bien jouir- s’émeut au moindre de ses gémissement, les salue, lui dit qu’elle jouit de lui... Ainsi l’éjaculateur est un homme qui, à l’instant même où la femme exprime du plaisir, se laisse « absorber » par celui-ci, en quelque sorte se féminise et ne se retient pas davantage. Elle a jouit, du moins le croit-il : il jouit !

N’oublions pas que le « mensonge » dans l’âme humaine se transforme très vite en nouvelle réalité, en vérité de substitution... La femme et l’homme auraient dans cette rencontre tous-deux grand intérêt à se bercer mutuellement d’illusions sur leur plaisir...

Ne pas accéder au plaisir vaginal et anal multi-orgastique, ne pas ressentir ce « chronorgasme » signifie pour une femme que le corps n’est pas (encore ) en mesure d’émettre de telles vibrations. Comme une femme qui, n’ayant pas les cordes vocales en pleine possession de leurs moyens, ne pourrait émettre sons et chants vocaux.

 

Féminisation de l’homme, ou centration ? 

Or, ce qui intéresse l’homme c’est de provoquer cet orgasme long de la femme, ce chronorgasme : c’est cela qui, véritablement, le fait jouir lui, l’homme. Allons plus loin encore. C’est même là que réside son véritable accès à l’orgasme, au plaisir long, très au-delà de sa propre « décharge » : l’accès de l’homme aussi au chonorgasme. Peut-on dire alors que, ce faisant, l’homme se « féminise » ? Disons plutôt qu’il « se centre » ! Il se centre sur cette femme-là, parce qu’elle chante le plaisir, le chant fameux des sirènes : celui auquel aucun homme ne peut résister... Or la femme, elle, est « centrée ». Se centrer, est-ce se féminiser ?

Voilà le point qu’il s’agit de porter à la discussion. Se « centrer », ce pourrait être avoir atteint ensemble, homme et femme, l’équilibre parfait de masculinité et de féminité. Cela se fait-il forcément au prix d’une relative féminisation de l’homme ? Non sans doute. Cela voudrait signaler que, soit ce couple était encore en déséquilibre H/F et qu’un léger excès de H lui portait préjudice ? Soit que si l’homme y gagne en F en se centrant davantage, alors la femme parallèlement gagne en H de quelque manière ? Féminisation de l’homme ? Masculinisation de la femme ? Il devient un peu elle ; elle devient un peu lui, un peu plus ?

 

Discussion entre Elle et Lui sur les plaisirs féminins 

 

Lui:

J’adore la manière dont vous parlez maintenant de votre plaisir, car cela aussi résulte d’un long processus ! Et je voudrais citer  ici le récit de ma propre découverte de votre plaisir clitoridien «continu», grâce à la douche de l’Hôtel de la Cigogne, à Genève (« Le voyage à Genève. LUI » pages 50 ). :

 

«Après, elle me joua une superbe comédie. Timidement, elle me fit venir dans la salle de bains, me montra la douche qu’elle avait réglée en jet et la dirigea vers les lèvres de son con. Une minute après, elle tremblait de tout le corps et tombait dans mes bras. C’était parfaitement joué, car j’ai vraiment cru qu’elle venait de le découvrir en prenant sa douche ce matin. Heureusement je compris aussi que, pour la première fois, elle me demandait quelque chose de sexuel. Je la fis donc s’agenouiller dans la baignoire, sur une serviette roulée en prie-Dieu. Je m’agenouillai moi-même devant la baignoire, lui glissai le petit doigt de ma main droite  (« la meilleure » ! Je la fis beaucoup rire en lui disant un jour : « la main droite est décidemment plus adroite que la gauche ») entre les lèvres, l’annulaire et le majeur dans le con, l’index dans le cul, le pouce pressant tout cela sur le coccyx. Puis j’ondulai de la main comme un improbable poisson lune qui tanguerait dans la Baltique, pendant qu’elle dirigeait le jet d’eau sur son clitoris. Je compris aussitôt qu’il fallait que j’écarte le petit doigt pour laisser le jet l’atteindre, ce que je fis. Elle jouit en vibrant, puis jouit encore, puis encore. Au bout d’une dizaine de fois, je me révoltai. Ce qu’elle était en train de me montrer, je ne voulais pas le savoir ! 

Elle m’apprit alors que de la douche, elle se servait ainsi depuis qu’elle avait appris à se caresser, à huit ans ! Quand elle me le dit, je n’en revins pas. Je fut d’abord stupéfait qu’elle ait pu avoir un plaisir si violent et si constant depuis l’âge de huit ans sans d’aucune manière, disait-elle, le relier à l’amour avec un homme, même après son mariage, même après des mois avec moi ! Puis je me dis : au contraire c’est normal, je suis vraiment trop bête : à huit ans et au couvent, on ne pense pas à l’amour charnel entre adultes, et après, ce plaisir qu’on a découvert sur son corps par hasard, c’est quelque chose à soi, rien qu’à soi, sans doute bien plus profondément lié à son passé que tourné vers l’avenir. Lui trouver une place dans l’amour entre nous, ce fût long et hésitant. Je ne parvins que péniblement à la conscience que c’était un enjeu réel et important. Je fus comme toujours, un peu lent. De plus, et c’est très bien ainsi, cette fusion-là ne s’est jamais faîte. Aujourd’hui encore, elle se donne du plaisir en s’endormant ou en se réveillant, ou les deux, quand je ne suis pas là. C’est son plaisir, le sien, même si désormais j’y figure imaginairement, même s’il n’est convoqué que pour évoquer le nôtre, pallier son absence. »

Lui, reprenant :

Je voudrais, avant d’aborder les plaisirs masculins, vous suggérer une systématisation de votre description des plaisirs féminins et vous demander quelques précisions.

Vous proposez de distinguer d’abord les plaisirs par leur origine, c’est à dire le lieu de votre corps qui le déclenche. Nous adopterons pour ce lieu le code suivant : C : clitoridien, V :vaginal,  A : anal. S’il est nécessaire de préciser, soit le lieu d’origine lui-même (il peut y en avoir plusieurs, en particulier dans le vagin), soit la forme que prend ensuite le plaisir : explosion, plateau, puis la manière dont il se déploie dans le corps, nous le préciserons par des :1,2,3.

On peut donc selon vous distinguer trois plaisirs «clitoridiens» : C1, C2 et C3.

Clitoridien 1 (C1) est le plaisir clitoridien « classique », celui que la plupart des femmes connaissent : certaines l’ont découvert d’elle-même dès l’enfance, en se caressant, d’autres au cours de l’adolescence, d’autres encore dans l’âge adulte. Il est bref : c’est une intense secousse. Il doit ressembler beaucoup, dîtes-vous, au plaisir de l’homme dans l’éjaculation.

Clitoridien 2 (C2) est un plaisir clitoridien très proche en intensité et mode de propagation du précédent, mais continu, dites-vous. Cela m’a toujours paru contradictoire… Puisque C1 est une explosion brève, C2 change de nature s’il devient continu. Ne serait-ce pas plutôt qu’il se reproduit à un rythme rapide, répétant une succession saccadée de C1, qui peut ne pas cesser ? Je dois d’ailleurs dire que la main de l’homme s’y fatigue très vite et n’y suffit rapidement pas. Il y faut en effet la douche, comme à Genève…

Quand à clitoridien 3 (C3), c’est un plaisir clitoridien en plateau, et non en explosion, qui n’apparaît qu’associé à un plaisir vaginal ou anal. Il fait du clitoris un lieu de plaisir homogène à ces derniers, avec en horizon une montée vers C1, mais qui ne se produit pas.

Ce C3 m’intéresse énormément, car, on le verra tout à l’heure, il ressemble beaucoup au plaisir masculin « en plateau », nourrissant ainsi mon hypothèse la plus extrême : « s’agissant du corps, il n’y a pas de différence essentielle entre les plaisirs masculins et féminins ». Mais dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux ne pas qualifier de C3 ce plaisir, mais plutôt d’une combinaison de clitoridien avec vaginal ou anal, ou les deux : Clitoridien-vaginal, Clitoridien-anal, ou Clitoridien-vaginal-anal. Qu’en pensez-vous ?

 

cimg0161 modifiéElle- A votre première question, je réponds qu’il n’y a pas contradiction entre le jaillissement et la durée. Prenez l’exemple d’un jet d’eau. Il peut être jaillissant et s’interrompre, donc jaillissant et bref. Mais il peut aussi, si la source est restée ouverte, être tout aussi bien jaillissant et continu.

On pourrait même faire l’hypothèse que quelque chose se révolte, abasourdi devant l’intensité d’un plaisir qui est jaillissant et continu et que ce quelque chose se rétracte devant un plaisir d’une telle intensité et durée et l’interrompt. L’interruption vient de ce mouvement de peur, de rétractation, de refus de s’abandonner à cela. Dans votre notation, je dirai que C1 est un C2 interrompu.

 

Lui - Cette thèse est extrêmement intéressante puisque c’est pour cela même -l’impossibilité de soutenir le caractère continu du plaisir- que l’homme l’interrompt. Mais naturellement, je n’en ferai pas moins l’hypothèse que c’est une exigence du corps qui pourrait être surmontée, quand, comme vous le dites, « le corps prend les commandes » ou quand on « lâche les amarres », ou quand « on perd pied »...


Elle - Je suis entièrement d’accord, puisque ce quelque chose qui a peur n’est pas le corps : c’est le mental qui interrompt. C’est le mental qui a peur de la puissance de la jouissance du corps, et qui l’interrompt.


Lui - Bien, mais quelles sont les conditions pour que le mental cesse d’interrompre ? Sachant qu’il y a au moins une condition de nature physique, puisque l’intensité de la stimulation doit être telle qu’elle ne peut guère être fournie que par la douche.

 

Elle- C’est qu’il s’agit, comme d’ailleurs pour le plaisir anal, d’un long processus d’apprentissage. Il passe par au moins deux découvertes. La première est qu’il faut trouver un procédé pour maintenir la continuité de la stimulation, la douche par exemple. Il faut, très concrètement, la découvrir, ce qui est rarement immédiat ! En effet, la stimulation par soi-même (la masturbation) rencontre la limite de la fatigue de la main, et ne peut fournir la source de stimulation continue nécessaire au plaisir continu. La deuxième découverte à faire, c’est précisément que c’est le corps qui est entravé par le mental, que c’est le mental qui « ne peut pas y croire » et décide d’interrompre. Et là encore, il y a apprentissage : le mental commence d’abord par s’autoriser à « aller voir un peu plus loin », puis on réussit à faire un peu plus encore, et encore un peu plus ; puis le mental parvient à se convaincre que lui seul étant l’interrupteur, on peut museler une bonne fois pour toute l’interrupteur et laisser passer le courant de la jouissance continue... pour un temps au moins… Mais, puisque c’est l’homme qui est chargé d’interrompre (nous verrons pourquoi), la femme n’a pas trop à se soucier du: « combien de temps cela est-il supportable ? ». Elle ne se pose même pas la question… C’est en ce sens, et en ce sens seulement, qu’elle peut « jouir sans fin ».

Une autre précision que je tiens à donner est que ce plaisir est évidemment provoqué et accompagné d’un travail imaginaire intense. Il faut cet imaginaire puissamment déployé pour le créer, et il le faut pour le faire chatoyer, pour l’entretenir. Sans ce voyage dans imaginaire, il ne saurait jaillir et ne durerait peut-être pas très longtemps. (voir sur ce blog le texte : « Ambiguïté et paradoxe du plaisir féminin »)


Lui : Venons en maintenant à votre con, que j’adore. Pardonnez-moi, je sais que vous n’aimez pas le mot « con », en raison de son usage d’insulte par les hommes, mais pour moi, Aragon l’a magnifié (avec « Le con d’Irène »… pour celles et ceux qui, hélas, l’ignoreraient). De plus, puisque vous affectionnez les parenthèses étymologiques, je vous rappelle que « con » est le préfixe qui marque le lien, le « avec »... En y réfléchissant, d’ailleurs, je pense que j’adore votre con pour deux raisons : un, il vous fait jouir de multiples façons, comme nous allons le voir, et deux, j’adore son odeur et son goût, et donc y plonger le nez et le dévorer. Et puis bien sûr, c’est quand même là qu’on s’approche le plus de l’inceste…

Je distingue donc, parmi vos plaisirs dont l’origine est votre con, on dira désormais votre vagin, au moins trois « formes » : vaginal 1 (V1), vaginal 2 (V2) et vaginal 3 (V3), selon le lieu d’origine. V1 est déclenché par la stimulation de la paroi antérieure (devant), c’est ce qu’on appelle le « point G ». V2 est déclenché quand le bout de mon doigt, ou de ma queue mais c’est plus difficile, tourne autour du col de l’utérus en appuyant au fond du vagin. V3 est déclenché quand, de la main ou de la queue, je caresse, à travers la paroi arrière du vagin, votre anus et votre rectum.

Ici, il faut à nouveau que je cite « Le voyage à Genève » et l’une des adresses à mon cher « Rideur »,  adresse qui porte précisément sur la main et la queue. La voici (« Le Voyage à Genève. Lui » p. 79 ).

« Cette adresse, Rideur, concernait en effet la main, et constituait ainsi la dernière remarque technique dont je voulais te faire part, remarque succincte, car au point où nous en sommes, tu vois bien que la technique... Néanmoins, la supériorité de la main sur la queue est évidente : elle peut opérer en même temps dans le cul et dans le con tout en caressant le clitoris. On tient donc dans une seule main l’essentiel de l’appareil à jouir de la femme. Il ne reste plus qu’à en jouer subtilement, l’autre main donnant par ses caresses (sur le ventre, les fesses, les reins, les seins, la nuque, par exemple) de l’épaisseur à son corps, lui donnant son corps. À moins de jouer de cet appareil à deux mains, mais dans ce cas il faut, avec les lèvres par exemple, recréer une polarité, un arc électrique qu’empruntera le plaisir. L’argument en faveur de la queue, c’est qu’elle a une incontestable valeur symbolique et que si, comme le fait si facilement la main, elle combine les mouvements (par exemple tourne à l’intérieur tout en allant et venant), elle obtient tout de même d’excellents résultats. Mais si l’on en croit la littérature pornographique que je consulte, c’est-à-dire uniquement la presse magazine féminine, rares sont les hommes qui se donnent ce mal et en sont capables, semble-t-il. Et nombreux sont ceux qui se contentent d’un «Je vais et je viens... entre tes reins... ». Quoi qu’il en soit, c’est à la main que je lui donnais les plus beaux plaisirs et c’est aussi à la main, secondée de la bouche, qu’elle me donnait les plus grandes voluptés. »


Lui, reprenant- On va revenir là-dessus plus en détail. Mais d’abord, êtes-vous d’accord sur cette distinction d’au moins 3 plaisirs « vaginaux » -ce qui porte à 5 plaisirs différents le nombre des plaisirs élémentaires féminins (2 clitoridiens, 3 vaginaux et l’anal), puisque C3 n’apparaît qu’associé à un V ou à A. Pouvez-vous aussi en dire un peu plus sur ce qui les différencie ?


Elle- V1 est aigu, brillant, pas encore très « engageant », il est préparatoire, initiateur. Type de circulation des ondes du plaisir ? Jaillissant, l’onde est plus courte, plus aiguë, va moins loin. Pas de « longueur en bouche ». Plus ponctuelle.

V2 est plus grave, très engageant, engageant au sens de prenant : on se fait « embarquer », là. Plus fort. Sensation de pénétration profonde, onde puissante mais encore intérieure.

V3 me rend folle, c’est lui qui me « défait ». Tonalité encore plus grave. De V1 à V3 on va de l’aigu au grave. Type de circulation de V3 : l’onde cette fois est extérieure, elle enveloppe mon corps et même nos deux corps entiers ; on n’a plus pied, on tombe dans le fond du cône que forme l’onde de plaisir en nous enveloppant.

V2 est plus tourbillonnant, il prépare à V3. Dans V3 vous tombez dans l’enveloppe, impression d’être « défaite ». Vous n’avez plus pied. V3 exige un abandon plus grand.

Le sentiment de dépendance va croissant, surtout de V2 à V3. En fait ce sentiment est déjà présent en V1. Une femme qui ne connaîtrait que V1 est déjà dépendante. Entre V1 et V2, le sentiment de dépendance monte, mais encore plus de V2 à V3. Dans la même ligne cependant, alors qu’il y a une sorte de rupture du sentiment de dépendance entre V1 et V2.

Entre les clitoridiens C1 et C2 et V1 il y a aussi une rupture. C’est un autre monde. On passe de la tension à l’abandon. Il s’agit de deux mondes de plaisirs différents. Ils peuvent se cumuler en « Clitoridien 3 », que vous proposez d’appeler plutôt « Clitoridien – vaginal » ou anal ou les deux, car alors les deux gestes qui caressent et pénètrent sont faits ensemble.  Je préfère continuer à identifier C3, en précisant qu’il n’existe qu’associé à un V ou à A.

La sensibilité clitoridienne est extérieure, comme le toucher : c’est une sensation courante, familière. En revanche, les sensibilités intérieures des plaisirs vaginaux et anaux, on ne les connaît pas avant... l’homme. C’est très différent d’un toucher. Pourtant c’en est un, mais ce sont aussi des pressions contre les parois, des poussées vers ce qu’il y a au-delà des parois: vers l’utérus et l’anus par le vagin et vers le vagin et l’utérus par l’anus. Ces sensations intérieures, qui relèvent moins du toucher que du maniement, du massage, de la caresse en profondeur, sont des découvertes. Ne vous ai-je pas souvent demandé « que me faîtes-vous ? » et parfois même « que me fais-tu ? ». Car si l’homme le sait, elle ne le sait pas, car elle ne se touche pas ainsi elle-même.

Venons en à A : Anal

A n’est pas au-delà de V3, à côté, mais avec des traits communs et des différences.  Les traits communs. Dans V3, A est questionné. Un pas décisif est fait vers lui de l’intérieur. Décisif et à peine perceptible, car de l’intérieur. C’est très surprenant et cela le rend grave, engageant. « Qu’est ce que vous me faites ? ». Je ne le perçois pas parce que cela ne vient pas de l’extérieur, ce n’est pas une pénétration. Mais A !

Ah, A ! c’est d’abord une chose incroyable. On part d’une chose incroyable et on arrive à un deuxième sexe. Il se passe des années ! Une fois qu’on a suivi le protocole  des 3 V, A est prêt. A c’est le grand abandon. A comme Abandon. On est sur un fil entre l’abandon et la tension : se défendre. Un rien peut le tendre. Ceci n’existe pas dans V. La tension peut venir de la défense contre la pénétration, mais aussi de la fonction intérieure.

Origine des ondes : l’anneau (ce qui n’est pas du tout le cas du V où ce sont des points, des zones) et une fois qu’il est ouvert, l’espace intérieur : le corps ouvert. C’est cela être « défaite », presque une destruction désirée, être défaite par l’autre. Et puis l’utérus, réciproque de V3 : AV, et là je vous demande « qu’est ce que vous me faîtes ? ». Je vais dire « tu m’envahis ». C’est très troublant et fort parce que cela vient de l’intérieur. Ondes enveloppantes comme V3. On se sent tomber… au fond de la volute. 

Si les sensations issues du vagin viennent de différentes profondeurs et de régions variées, révélant une géographie insoupçonnée de ce long tunnel jusque-là silencieux, celles qui s’emparent de l’anneau anal s’en distinguent donc de manières diverses. Plus sourdes ou plutôt plus graves quant à leurs tonalités, plus lentes encore quant à leur éveil, elles exigent de passer une zone vertigineuse, celle de la douleur possible si quelque précipitation venait troubler la lenteur nécessaire de la pénétration - les premières sensations se tiennent en équilibre instable constamment menacées par une douleur potentielle. D’autres réticences interviennent sans doute, surtout dans les temps audacieux de la découverte de cette pénétration de l’intime extrême.

 

Lui : Ne pourrait-on essayer de classer tous ces plaisirs selon 1 ou 2 axes ?

 

Elle : Le premier axe serait sans conteste : intensité du sentiment de dépendance, d’ouverture, de don. 

Le second est plus difficile… Peut-être la forme des ondes : locales, perforantes ou enveloppantes ?

La combinaison des plaisirs, c’est le tressages des volutes de leurs ondes, en une volute unique, qui me fait perdre le sens d’une origine précise, qui me fait dire : « qu’est ce que tu me fais ? »


Lui : Je pense aussi que vous serrez d’accord pour dire que toutes les combinaisons ne sont pas possibles. En particulier C1 ne peut se combiner avec les autres, il les étouffe par sa violence brève, il les interrompt ! C’est en cela qu’il est le plaisir masculin de la femme. De même que l’éjaculation interrompt les autres plaisirs de l’homme qui sont, nous allons le voir, de nature féminine.

En conclusion, on a donc  la liste suivante des plaisirs féminins:

Plaisirs « simple » :C1, C2, V1, V2, V3, A.

Plaisirs combinés : VA, C3V, C3A, C3VA, sachant que dans ces combinaisons, V lui même peut connaître les variantes V1,V2,V3.

La femme parvenue à la maturité du plaisir (une « femme-femme-femme », comme nous l’appelons entre nous, mais ceci sera explicité plus tard) connaît l’ensemble de ces plaisirs et peut user sans fin autre que la fatigue et l’irritation des muqueuses… C’est l’homme qui interrompt.

 

En vérité d’ailleurs, qu’il n’ait pas d’autre fin, on ne le sait pas vraiment ! Car la seule chose observable est que « c’est toujours Lui qui interrompt le plaisir ».  Et quand il le fait, Elle est toujours d’accord pour continuer, jusqu’où ? On ne sait pas, puisque c’est toujours Lui qui interrompt. Si c’est la femme ( l’individu au corps de femme) qui  interrompt, c’est qu’elle s’est mise dans la « position » homme, ou qu’Il l’y a mise, par exemple en n’interrompant pas, se mettant ainsi en position femme…

 

On voit que la définition de la « position homme » est : « l’homme est celui qui interrompt un plaisir qui tant objectivement (dans les possibilités du corps) que subjectivement (le désir) pourrait se prolonger ».  Pourquoi ? Patience, nous y viendrons.

 

Par ailleurs,  n’y a pas de limite, semble-t-il, dans la progression possible de l’intensité de chacun de ces plaisirs, ni dans la découverte de subtiles combinaisons entre eux : on ne cesse de progresser… la « maturité » n’est qu’une étape, celle de la découverte de l’ensemble des instruments de l’opéra du plaisir, ensuite vient le temps de la composition des grands opéras.

 

Ma seconde thèse extrême est en effet que seule la décrépitude du corps interrompt cette progression. L’apogée sexuelle d’une femme existe donc pour cette raison, car le corps, c’est certain, dépérit, avant de mourir. Mais l’apogée n’intervient certes pas avant 60 ans, voire, si le corps tient bon, encore plus tard… Il en va de même pour l’homme. Même s’il fabrique en vieillissant moins de sperme, il bande toujours autant, ne serait-ce que grâce aux aides chimiques qui sont, avec internet, la plus merveilleuse invention de la fin du dernier siècle. Ce ne sont d’ailleurs que des problèmes de prostate qui, généralement, signent pour lui la fin.

Avis sans frais à l’arrogance de la jeunesse en la matière : jeunes gens, vous avez encore énormément à découvrir, et ne croyez pas qu’on puisse aller très vite et brûler les étapes ! Ce sera le cadeau de votre grande maturité, si vous avez fait ce qu’il faut avant...

 

Les plaisirs masculins


Lui : Venons en maintenant aux plaisirs masculins. On peut distinguer quatre types de plaisirs masculins. Commençons par le début et la fin, puis voyons ce qui peut prendre place entre les deux. Le lecteur remarquera que la description que je vais donner est d’entrée de jeu dominée par la question du temps, ce qui n’était pas vraiment sa préoccupation à Elle…

Quatre types de plaisir masculin


Le plaisir de la montée 

La montée du désir est en effet un plaisir. Sentir le fourmillement qui annonce la pulsion du sang dans la queue. Sentir la queue qui se prépare. Avoir une « belle érection » (ce qu'aimait par-dessus tout Henry Miller et il en donna de belles descriptions ( voir les citations sur le blog)), et surtout retrouver progressivement, au premier toucher, aux premiers baisers, aux premières caresses, la texture et la couleur de sa peau, la perception de ses formes, le goût et l’odeur de son corps. Cette phase de montée est un vrai délice. L’homme qui aime le féminin se prend toujours à penser, dans cette phase hélas éphémère par nature -puisque c’est celle de la re découverte du corps partiellement oublié, de l’éveil de milliers de sensations enfouies sous la peau- que c’est là, au début, qu’est le sommet du plaisir, que le reste ne va être qu’un effort harassant pour ne pas finir trop vite. Il ne peut s’empêcher de penser qu’il faudrait faire durer cette montée très, très longtemps, puisqu’on ne peut que s’y attarder. Mais bien sûr, c’est faux, c’est tout aussi somptueux ensuite.


Le plaisir de l’éjaculation.

Il est vraiment très, très violent ! Surtout s'il est lentement préparé par une longue séquence d'alternance des deux plaisirs suivants, et que l'homme se vide alors de sa -vraiment- dernière goutte de sperme, qui vient de loin, de très loin. L’éjaculation, c’est le plaisir terminal, la fin du désir et du plaisir. Très puissants, les spasmes étreignent toute la queue et sa racine. Les ondes de plaisir partent de là, sont réfléchies sur les parois intérieures du corps, guidées par elles jusqu’au cerveau qu’elles ébranlent. Le plaisir peut durer longtemps, avec de nombreux spasmes. Mais il décroît, remplacé par la douleur de la contraction. Puis, la détumescence.

Les deux autres plaisirs masculins sont dans l’horizon de l’éjaculation. Ils y conduisent inévitablement si on les laisse s’intensifier, mais ils se situent avant, ils jouent de -et avec- elle.


Le plaisir du spasme retenu

C'est le plaisir de l’éjaculation, mais stoppé « en plein vol » de manière à ne donner le passage qu'à un seul spasme « sec », c’est à dire sans éjaculation de sperme. L'effort pour se retenir est violent, du moins pour le débutant. Puis cela devient plus facile avec l'expérience. (Un homme expérimenté dans sa maturité stoppe aisément un départ d’éjaculation.) Le spasme peut éventuellement être suivi d'une ou deux répliques, moins intenses, et toujours sèches. L’homme se vide ainsi malgré tout peu à peu de son sperme. Car il parvient rarement à ce qu'il n'en n'échappe pas un peu dans le plaisir en spasme, simulation d’éjaculation. De fait, le sperme s’écoule lentement en permanence dès la première érection. Mais cette perte progressive peut durer fort longtemps et s’effectuer par un nombre « n » de montées au spasme, ce nombre « n » variant sans doute avec le volume de sperme initialement fabriqué, mais à mon avis surtout avec la maîtrise du sphincter et la qualité du contrôle des fuites…


Le plateau de volupté 

C’est un plaisir en tension soutenue, comme une note qu’un chanteur tiendrait très longuement, comme le son d’un tuba tibétain. L'entretien de la tension donne un plateau de volupté. On peut s'y tenir très longtemps, à condition qu'on s'y entretienne, en particulier en s'occupant de faire jouir aussi la femme. On verra ci-dessous, dans le texte intitulé : « Vocabulaire de tout Kama Soutra »,  quelles sont les positions qui le favorisent. L’homme assiste, lors de ce plateau de tension voluptueuse, à un fabuleux festival de visions intérieures érotiques qui sont le plaisir lui-même. Il est dans un sentiment de surpuissance. L’homme est un dieu olympien baisant Vénus immortelle elle-même, ou mieux, un dieu olympien baisant la plus somptueusement et voluptueusement superbe des mortelles, folle de désir pour le dieu qu’il est et jouissant mille fois plus qu’une déesse. On voit qu’on est bien dans un imaginaire de domination, mais sans violence…


Sur la « vision intérieure » de l’homme dans l’amour, voici de quoi il s’agit (Citation de « Le Voyage à Genève. Lui », p.22)


"Ah, Rideur, la vision intérieure ! Si j’ai fait un progrès, dans mon « parcours en amour assez lent », c’est d’avoir créé et perfectionné une admirable vision intérieure ! Dès qu’en amour je ferme les yeux, le relais est instantanément pris par d’autres capteurs : les mains d’abord, puis les lèvres, la queue, tout le corps. Ces capteurs envoient au cerveau des signaux qui forment une vision intérieure, en noir et blanc, mais en relief. La focale est extrêmement variable. Lorsque je « regarde » ainsi ma queue, comme je le disais à l’instant, je la vois en très gros plan dans son con, car la vision intérieure est échographique : elle voit à l’intérieur des corps. En gros plan, la vision n’éclaire qu’un halo, en forme de bulle ou de cône, autour du point qui la focalise. Si c’est ma queue bien fourrée dans son con qui la focalise, je verrai aussi : l’intérieur si blanc de ses cuisses, tout son con, extérieur et intérieur, le départ de son utérus, l’ébauche de son rectum, je verrai non seulement ma queue, mais aussi mes couilles, mon pubis qui vient se frotter à ses lèvres, et le bord de mes fesses. Tout autour, le halo s’estompe rapidement dans l’obscurité totale. Et bien sûr, la focale varie, et le halo s’agrandit ou rétrécit sans cesse. La vision de près est souvent binoculaire : dans un halo à gauche je vois ma main gauche caresser l’intérieur de son con, à droite le bout d’un de ses seins roulant sous deux de mes doigts, entre les deux halos un simple arc abstrait où circulent les ondes des plaisirs. A l’opposé de ces visions en gros plans, je puis aussi en avoir de la totalité des surfaces de peau qui sont en contact entre nous. De l’autre côté des surfaces, c’est le vide noir. Sauf quand ses mains se posent sur ma tête, mes épaules, mon dos, mes fesses, mes cuisses… Alors ses mains me donnent la sensation du volume de mon corps et je « vois » mon corps entier, en trois dimensions. Le processus d’apprentissage de la vision intérieure fut long et nourri en permanence de certains types de visions extérieures classiques, oculaires. D’abord, se regarder faire l’amour dans des miroirs. Puis nous prendre en photo et regarder ces photos en faisant l’amour. Puis écrire : décrire minutieusement ce que je me remémorais de mes visions intérieures avec elle, et ce faisant, les provoquer et les faire vivre en son absence, les façonner, les nourrir de quantité d’images, de souvenirs, de comparaisons, et ainsi, les rendre encore plus voluptueuses.

Il est certain, Rideur, comme l’a dit l’écrivain qui inaugura avec ses « Confessions » la modernité en littérature française, que j’écris cela parce que j’ai besoin de te le dire, alors que toi, tu n’as peut-être pas besoin de le savoir. Mais j’écris en vérité aussi pour moi seul, pour travailler mes visions intérieures de l’amour avec elle. Et si cela peut t’aider à embellir les tiennes, Rideur, tant mieux."

Trois types d’hommes


Ces quatre types de plaisirs : montée, spasme sec, plateau de volupté, éjaculation, auxquels il faut évidemment ajouter la fin : la détumescence, se composent et se succèdent dans le temps de manière différente selon les hommes. Les compositions  possibles définissent trois types d'hommes.

 

L'éjaculateur

Sa séquence est la suivante : montée, directement jusqu'à l’éjaculation, sans rien d'autre.

Il est rare qu’il parvienne à faire jouir une femme, même de C1 : pas le temps, ou alors il faut qu’il l’ai ou qu’elle se soit très bien préparée par des caresses ! Mais avec l’éjaculateur, un homme qui en est en fait resté aux plaisirs onanistes, il n’est pas question,  pour elle, de songer à autre chose.

 

Le Don Juan moderne

Il est moderne en ceci qu'il vit sous l'impératif de « faire jouir » la femme. Au moins une fois en tout cas. D'où l'importance idéologique majeure des théories masculines du  plaisir féminin, qui prétendent qu'il n'y a qu'un seul plaisir, le plaisir clitoridien, étendu pour la cause à toutes les autres formes de plaisir grâce à la thèse d’un « clitoris physiologique  de 10 cm qui serait à la fois intérieur et extérieur… ». Un seul plaisir donc pour la femme, comme pour l'homme, et cela suffit. Corollaire: toutes les femmes jouissent de la même manière. ( Voir sur le blog un autre texte sur cette question : Critique  du dernier manuel de sexologie paru chez Odile Jacob)

Le Don Juan moderne, par conséquent, monte puis se retient de manière à la faire jouir avant d’éjaculer lui même.  Le plus vite possible, évidemment, il n’a pas de temps à perdre, il y en a tellement d’autres à séduire et dans le joli con de qui décharger.

En théorie, il peut se retenir de deux façons. Soit il prend des risques et monte jusqu'au spasme, pour redescendre en suite.  Il fait durer les choses grâce à un ou deux spasmes, trois s’il le faut, avant de décharger complètement. Soit il s'installe sur un plateau de volupté et attend dans les délices le temps venu pour l'éjaculation.

En réalité, le Don Juan moderne use presque toujours de la première méthode. Se tenir dans un plateau de volupté exige généralement soit de se laisser passivement honorer par Elle (comment on verra ci dessous), soit de la faire jouir non seulement de C1, mais de C2, des V ou de A. Ce  dont ne se soucie pas le Don Juan moderne, pour qui faire jouir la femme est une satisfaction narcissique ( il se prouve ainsi qu’il est bon) et désormais une contrainte sociale.

Par conséquent, hors du moment où il est entièrement concentré sur l'effort de contrôler le spasme,  entre deux spasmes donc, il s'occupe activement de faire jouir la femme le plus vite possible, par conséquent en lui caressant le clitoris et en provoquant C1. On voit que le Don Juan moderne et un masturbateur pressé. Le Don Juan moderne travaille beaucoup à la main, pour expédier plus vite le plaisir C1 de la femme. Les plus savants et habiles vont jusqu’à V1  (savoir faire jouir du « point G », « çà vous pose  un  « mec » »)… avant d'éjaculer  lui-même.

 

L'homme qui aime le féminin

C’est le troisième type. Il compose les plus longues combinaisons possibles de montées au spasme entrecoupées de plateaux de volupté, jusqu'à l'éjaculation finale qui n’advient, comme nous le verrons plus bas, qu’en raison d'un épuisement métaphysique - et d'une déduction logique- et certainement pas d'une nécessité physiologique.

Pour l’homme qui aime le féminin, l’alternance de montées au spasme et de plateaux de volupté n’est pas quelconque.

Dans une première phase, il s’agit de dompter le plaisir, comme on dompte un étalon ou comme on discipline le taureau à la cape dans le toréo. Collines mouvementées, phases de montées rapides au bord de l’éjaculation, d’efforts violents pour se retenir, suivis de moments de calme dans sa main ou dans sa bouche, puis désir impérieux de la foutre à nouveau. Il s’agit dans cette phase d’émousser la fougue du désir de foutre et de décharger, et surtout de la discipliner.

Dans une seconde phase, il privilégie des plateaux longs et stables d’intense volupté, celle de « la chasse au plaisir » : poursuite d’une éjaculation qui fuit devant son désir, que l’on ne rattrape que très lentement, dont on peut alors s’approcher tellement lentement, sans craindre l’éjaculation intempestive, que l’on la maîtrise si parfaitement qu’on peut déclencher l’orgasme et l’arrêter au premier spasme. Capable donc de jouir sans fin.

On peut donc soutenir que le plateau de volupté de l’homme est « féminin »: c’est une chasse au plaisir éjaculatoire, mais il fuit au fur et à mesure.

Plaisir constant de type féminin, insupportable à l’homme au bout d’un temps. Tout d’abord parce qu’il est constant : il faut donc relâcher la tension assez souvent pour ne pas risquer de monter à l’éjaculation. Il est donc prudent de l’interrompre régulièrement, par exemple en changeant de position, et en la faisant jouir à la main entre deux positions ( voir dans le complément les différents « Cultes de Venus »). Mais ce qui devient alors insupportable c’est qu’une telle succession de plateaux n’a pas de raison de cesser ! Pourquoi un de plus ? Cela va être encore aussi bon, d’autant que le plaisir du précédent s’est déjà glissé derrière le rideau de scène de l’oubli, et alors ? La seule solution est de s’arrêter vraiment, en tuant le désir par l’éjaculation.

La métaphore du toréo n’est donc pas si mauvaise (Elle ne l’aime pas du tout ! Elle a horreur de la Corrida, la simple idée de cette « barbarie » peut la faire vomir. Mais c’est normal, c’est une affaire entre Lui et son désir sauvage). Le torero est l’homme, le taureau est son désir : il le dompte d’abord (à la cape), puis il joue avec lui au plus près (à la muleta) et enfin il doit le tuer d’un coup de queue-épée violent : éjaculation et plaisir terminal. Ce faisant, il se donne un plaisir immense. Le torero certes y frôle aussi la mort, mais ainsi fait tout homme dans le très grand plaisir, comme on le verra plus tard.

L’homme c’est l’interrupteur


Reste donc à parler de l’interruption nécessaire, même pour l’homme qui aime le féminin. Un plaisir sans fin est en effet physiologiquement accessible à l’homme. En fait c’est très simple : il suffit qu’il maîtrise son éjaculation. Les sagesses orientales  nous disent cela depuis fort longtemps. L’homme occidental moderne l’a peut-être un peu oublié, pressé qu’il est de faire jouir une femme si heureuse de voir enfin reconnue la légitimité de ses plaisirs qu’elle ne va pas toujours chercher lesquels elle peut connaître, et si tous sont aussi bien traités par l’homme pressé.

Pourquoi l’homme -c’est ce qui le définit en tant qu’homme dans la différence sexuelle- doit-il interrompre un plaisir qui se présente comme illimité? Telle est la question ! 

Première hypothèse : c’est pour l’homme qu’un plaisir sans fin s’identifierait à la mort, en ce qu’il serait une forme d’absence au monde, à la vie. Après un magnifique plaisir, Lui se dit parfois : «après cela, on peut mourir». Et il le pense réellement: après cela… on peut mourir, rien ne sert de vivre, car la vie ne peut rien apporter de plus que l’infinie répétition du même. Ayant retrouvé dans la volupté quelque chose qui doit rappeler le bonheur intra-utérin, on ne veut plus sortir, naître et aller affronter le monde. S’apercevoir qu’il n’y a rien au-delà d’un tel plaisir, c’est cela l’essentiel. Car « il n’y a rien au-delà» est  la plus simple et la plus exacte définition de la mort.  Le plaisir pourrait donc faire consentir à la mort, au minimum, et probablement même faire désirer sa propre mort. (Seuls les pervers associent, par inversion, le plaisir au désir de tuer). Et c’est pourquoi le plaisir doit être interrompu par l’instinct de vie, grâce à quoi Elle, qui volontiers n’en sortirait pas, à qui il ne vient en tout cas jamais l’idée d’en sortir la première,  peut donner la vie.

L’interruption du plaisir par l’homme peut donc être vue comme une révolte de l’instinct de vie. Econome de ses moyens, l’évolution aurait sélectionné en sapiens une espèce où seul l’un des deux se charge de cette tâche au premier abord très désagréable : interrompre le plaisir. Il n’est pas nécessaire d’être deux pour interrompre, alors qu’il est nécessaire d’être deux pour copuler et se reproduire.

Ceci ne signifie pas que la femme soit pour autant dominée par l’instinct de mort ! Non, simplement interrompre le plaisir ne la concerne pas, Elle se décharge de l’interruption sur Lui et obtient ainsi le maximum de plaisir sans avoir à s’en soucier. L’abandon est la condition de ce maximum de plaisir féminin, car il est clair que l’on ne peut à la fois s’abandonner ET prendre sur soi d’interrompre. C‘est le rôle du « maître du jeu amoureux », de la position homme, de tenir l’horloge du plaisir : c’est Lui qui doit en maîtriser le temps.

En revanche, dès qu'elle porte l'enfant et à partir de sa naissance, c'est la femme qui est porteuse de l'instinct de vie. L'évolution vers l'homme n'a donc pas distribué de manière identique l'instinct de vie. Il se pourrait bien qu'il s'agisse là d'une donnée anthropologique fondamentale. Une donnée qui, à travers la construction d'imaginaires eux-mêmes soumis à l'évolution historique des rapports dans le monde entre les hommes et femmes, expliquerait ultimement la différenciation sexuelle, et le fait qu'il existe sinon un « rapport sexuel», du moins une rencontre sexuelle, et un rapport des imaginaires.

 

(à suivre….)

 

Par claude lizt - Publié dans : Inédits de C. Lizt
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